vendredi 27 juin 2014

ABSTENTION Deuxième. partie



Bureau anti-parlementaire 1919
POUR NE PAS VOTER
La Brochure mensuelle, avril 1924 
Groupe de propagande par la brochure

DÉCLARATION

LIRE ET FAIRE
CIRCULER
Nous ne demandons rien.
Nous ne promettons rien.
Édité par
des Travailleurs
N'est-ce pas une raison suffisante pour nous écouter ?

 
Cinq années de guerre ont-elles apporté un seul argument contre ceux, déjà anciens, dont nous nous servions, nous antiparlementaires, pour démolir le parlementarisme. Aucun, au contraire. Tout n'avait pas été dit sur ce cadavre, qu'il nous faut tuer encore.On n'avait pas été jusqu'à dire que des députés, socialistes, dits révolutionnaires, auraient vécus sur les charniers, auraient collaboré à une politique «d'Union sacrée» avec les suppôts du capitalisme exploiteur de la Mort, en acceptant des portefeuilles ministériels les liant à des besognes bassement criminelles.
Jamais on n'aurait osé penser, dans notre critique, que l'on jugeait acerbe, que des députés socialistes auraient imposé à un pays à l'avant-garde de la pensée et de la civilisation, une censure et des lois scélérates, qui ont ravalé une nation comptant un 1789, au rôle de bourreau des Révolutions, mâtant tout ce qui parle de sagesse, de bonté, de justice, de liberté et d'humanité.
Que pouvait-il subsister, lorsque les vertus échouent à la prison ou au poteau ?
Les révélations des Painlevé nous le disent un peu: Incompétences, irresponsabilité, veulerie, hypocrisie, abdication, calcul, tripotage, corruption, abus et crimes, dont une bureaucratie maîtresse des destinées d'un peuple, fit toute la morale. Nous, antiparlementaires, avions-nous prévu les Thomas, les Compère-Morel, dans la guerre ? Avions-nous prévu qu'un Longuet aurait été vomi par les Révolutionnaires Russes et qu'il aurait mérité l'épithète de traître de la part de Lénine ?
Électeur !
Si nous t'avions dit «député socialiste = David, Scheidmann, Noske, mitrailleurs et assassins», tu aurais crié à l'infamie, et cependant il faut t'attendre à voir pire en France, si tu donnes de l'autorité à ces hommes et leurs semblables, qui se sont faits les instruments serviles d'une bourgeoisie homicide,qui avait internationalement intérêt à la guerre, ainsi que les événements le démontrent.Ces hommes, certes, ont des partisans, eux, guerriers jusqu'au-boutistes, dont les permanences étaient de vraies officines d'embusquage.
On voyait, dans la plupart de ces permanences, une foule de ces votards qui réclamaient le poteau pour les pacifistes de1914-1915, spéculant sur la volte-face de leurs élus, pour s'échapper de la tuerie qu'ils avaient divinisés et cependant... les places étaient comptées, limitées, un embusqué en chassait un autre et la comédie continuait, laissant tout le profit au député qui sait tout, et qui, aujourd'hui, compte sur l'idéal de tels... citoyens pour assurer le bonheur universel !
Coterie, intrigue, faveur, cupidité, chantage, combinaison, verbiage, timidité, surenchère, promesse, tromperie, fourberie, cynisme, trahison, voilà des mots qui caractérisent bien l'immoralité du bulletin de vote. Aussi, un député socialiste est bien perdu pour le Parti et pour lui, lorsqu'il pénètre au Palais-Bourbeux, pour n'y faire en somme que de la basse collaboration de classes.
Et c'est infiniment drôle de voir des syndicalistes minoritaires appartenant au P.S.U. reprocher aux Jouhaux leur collaboration de classe !
Ceci dit, non pour défendre Jouhaux qui, lui, use de cet argument. «C'est vous, syndiqués, qui me demandiez d'aller dans les ministères». Dans le parlement syndical, on est d'aussi mauvaise foi que dans tous les Parlements, car, si Jouhaux n'avait pas, au début de la guerre, accepté de banqueter en scellant l'Union sacrée, les syndiqués n'auraient pas été devant le fait accompli, de ne plus faire d'action sous peine de mort.
Les manitous socialistes demandent sans honte !un million Ñ non pour les Révolutions Ñ mais pour la foire électorale, en dehors des centaines de mille francs qu'ils obtiennent pour une statue et entretenir des journaux anti-communistes.
Nous, nous ne disposons pas de tant, hélas !, de quelques milliers de francs seulement.
N'ayant protégé aucun privilège, aucun monopole, n'ayant jamais accordé de concessions aux Houillères, Comité de Forges, Minières pour qui l'on a fait la guerre ; n'ayant jamais casé ni embusqué aucun ami influent, ni parent dans les administrations et ministères socialistes, surtout, n'ayant rien fait pour mâter les Révolutions nées du fait de la guerre, nous sommes pauvres. C'est pourquoi, ne pouvant disposer que de quelques sous, contre les 25 millions environ, que les parlementaires vont sacrifier pour s'assurer l'assiette au beurre (millions qu'il nous faudra suer) nous ne disposerons que de quelques brochures de huit pages, pour notre propagande libératrice.
C'est pourquoi aussi, nous en resterons là, de nos arguments contre le socialisme électoral, qui se déshonore encore un peu plus, en gaspillant tant d'argent et de temps précieux qui, dépensés au secours de la Révolution Russe, pourrait la sauver peut-être.
L'argent que nous consacrons à combattre cette immoralité, est bien placé  ; mais c'est avec le regret de constater qu'il nous faut faire de tels sacrifices, pour des individus qui n'ont pas pesé lourd dans les mains des Révolutionnaires Russes, Hongrois et de certains centres allemands. Aussi, en ce qui concerne la guerre, concluons : les députés socialistes sont pour leur part, et c'est déjà énorme, des fauteurs de la tuerie : 14 millions de morts leur demandent des comptes. D'autres morts : les nôtres, ouvriers des Révolutions et des mouvements pacifistes, sont à venger.
Électeur ! ne te fais pas leur complice en votant pour eux.
Les députés socialistes sont fauteurs de la vie chère ; sont responsables de la faillite des lois ouvrières : accidents de travail, huit heures, etc., alors que les lois profitables aux riches sont intangibles et toujours impitoyables, inhumaines. Les députés socialistes sont responsables des lois scélérates dont souffre tout spécialement le monde ouvrieret responsables aussi des effroyables tortures que subissent 100.000 hommes qui souffrent dans les bagnes militaires, et, qu'un Longuet ne voudra pas amnistier, car la plupart, les plus énergiques, ceux qui ont déserté la tuerie, le Chemin des Dames ! n'ont pas le pardon, de ce grand pacifiste (?) (voir ses déclarations à la chambre des députés).
Voter pour de tels hommes Ñ ils sont tous semblables et pires souvent Ñ c'est abandonner toute idée de justes représailles, de justice ; c'est plus qu'abdiquer, c'est un crime de trahison contre ceux qui, là-bas, souffrent et meurent parce qu'ils aimaient et ne voulaient pas être des bourreaux.
Voilà donc pour la guerre et pour une brochure de huit pages ; il faudrait un livre pour tout dire.
En temps de paix, combien de députés socialistes votent contre les autres profiteurs de la Mort : mastroquets, bouilleurs de crû et empoisonneurs de toutes catégories ?
43 députés seulement ont voté contre l'alcool et cependant les députés socialistes se comptent 100.
Un socialiste du Centre s'est élevé contre la suppression des casernes dans sa circonscription. Un autre, a défendu les courses de taureaux. Un élu socialiste du Puy-de-Dôme a demandé des mesures contre les marchandises allemandes, qui entrent chez nous à trop bas prix !Tartuffes qui parlez de vie chère !
Et qu'ont fait les élus socialistes contre la vague de cléricalisme, l'audace et l'autorité toujours grandissantes des Jésuites, eux qui accusent les antiparlementaires de faire le jeu de la Réaction ?
On voit une fédération de l'Est désavouer une de ses sections, qui avait voté un ordre du jour antireligieux. Et c'est en somme une attitude pour tout le Parti de ne pas faire ouvertement, officiellement, d'anticléricalisme, alors que c'est là tout le péril réactionnaire.
C'est vrai que prêtres et politiciens sont les dévoués serviteurs de l'État et de la Propriété, tout le mal dont souffrent les hommes à quelque classe qu'ils appartiennent.
Le rôle que la propriété réserve, assigne, à ces derniers, ce n'est pas de faire des lois ouvrières, ni des discours dont elle se moque, c'est de canaliser les colères, les haines du peuple, qui, hier, fournissait par son travail, 5 milliards d'impôts et qui, aujourd'hui, doit en payer 10 rien qu'à ceux qui ont profité de la guerre ! Oui, électeur ! Il te faut produire pour dix milliards à ceux qui édifiaient une fortune à chaque vague de sang et de malheur, avant qu'un seul grain de blé te reste, sans compter 10 ou 15 autres milliards que parlementaires et fonctionnaires, leurs créatures, ont mission de dépenser pour l'organisation des forces qui te mâteront si tu ne marches pas, si tu ne craches pas ! La bourgeoisie t'a donné le bulletin de vote, tes députés lui donnent des milliards, tes enfants, des mitrailleuses.
Électeur ! réfléchis. On dit le peuple trop ignorant pour se conduire et cependant il est reconnu capable de se choisir ceux qui devront le diriger !
Et ces élus, hommes cupides, incompétents, souvent ignorants, prétendent tout solutionner : agriculture, industrie, commerce, marine, finances, instruction publique, beaux-arts, législation, travaux publics et s'occuper aussi de la guerre, ainsi que du reste, nous l'avons constaté, pour le plus grand malheur des peuples.
Électeur ! réfléchis que lorsque tu as nommé des députés, tu n'as rien fait.
Nommes-tu les sénateurs qui s'opposent aux votes de la Chambre ou qui enterrent les lois dans des cartons d'où elles ne reviennent jamais ? Nommes-tu les ministres qui posent la question de confiance, seraient-ils socialistes ? Nommes-tu le Président de la République qui dissout les Parlements et peut se refuser à l'application des lois ? Nommes-tu le Conseil d'État dont tu connais le rôle néfaste ?
Nommes-tu les juges qui sont les pires illégaux ?
Nommes-tu les préfets et les maires qui appliquent la loi suivant l'intérêt des candidats officiels et des riches en général ?
Nommes-tu les huissiers, les policiers, les mouchards, les gendarmes et tous les bureaucrates, parasites, créatures et paravent de tes députés, chargés d'appliquer les lois et qui les interprètent selon leur bon plaisir ou le prix qu'on y met ? Alors?...
A quoi te sert d'envoyer un bon propagandiste socialiste, ou un bon militant syndicaliste, un bon éducateur dans une telle galère ?
Ah ! si les chefs socialistes n'étaient que seulement socialistes et s'ils ne se servaient pas d'un bel idéal comme étiquette pour couvrir l'infâme camelote électorale et disposer de notre liberté, de notre vie en votant,nous n'aurions pas à leur causer cette souffrance de les faire démériter à tes yeux !
Aussi, électeur, ne les écoute pas lorsqu'ils prétendent te faire épouser leur système, qui consiste à matérialiser un idéal socialiste surtout, dans la personne d'un député.
Un idéal est au-dessus de tous les hommes qui, féroces arrivistes, ou simplement faillibles, avilissent cet idéal.
Ton idéal est en toi, un homme ne peut représenter que lui-mêmeet les Soviets, les Conseils d'ouvriers syndiqués ont cela de supérieur : qu'ils répudient le parlementarisme et qu'ils ne placent pas à la base de leur système le citoyen, cette abstraction, mais le producteur qui est tout, qui est la réalité.
Les soviets sont élus pour trois mois, peuvent à tout moment être remplacés ; les mandataires sont des producteurs et restent responsables des dispositions qu'ils votent.
Les parlementaires français, eux, se désintéressent de l'application de leurs lois et c'est le fonctionnarisme bureaucratique qui reste le maître : il ne reste plus au député qu'à se décharger sur lui. Comédie ! Situation intolérable ! Système périmé !
En France, le système des Conseils d'ouvriers syndiqués, qui semble s'établir avec quelque succès, ne prévoit aucune forme parlementaire même soviétique. Au lieu que ce soit la commune qui soit la cellule sociale, c'est l'atelier, pour n'être au plus tôt que l'individu. Les conseils apprennent au peuple ouvrier, en plein capitalisme, sous la direction des techniciens affiliés à la C.G.T. à prendre toutes ses responsabilités révolutionnaires. Ne traitant pas avec le patronat, les C.O.S. ont un rôle d'éducation révolutionnaire technique. Ils s'organisent dans leurs ateliers, magasins, exploitations agricoles, écoles communistes, etc., etc. ; pour assurer la vie au lendemain d'une transformation sociale opérée par le peuple ouvrier et ayant le communisme comme but ; ne laissant aux organes d'action communiste, le soin d'organiser la propagande communiste, et c'est tout ce qui est propre à leur action (1)
Pour nous, antiparlementaires, notre idéal c'est le communisme intégral dont la Fédération anarchiste se réclame.
Après cet exposé malheureusement succinct, des systèmes reconstructeurs, vois, électeur, nous n'avons pas pensé qu'à démolir et nous t'avons fait voir que nous avons conscience des destinées d'un peuple travailleur et de la vérité aussi.
Nous n'avons pas fait besogne pour les réactionnaires, eux qui s'affichent antiparlementaires quelquefois, mais... qui ne s'attaquent pas au Sénat ni à toutes les institutions coercitives que nécessite le parasitisme dont ils vivent.
Quant aux députés radicaux et autres catégories, lorsque nous avons dit plus haut ce que nous pensions des députés socialistes «bouffe galette» nous avons fait le procès de tous les parlementaires.
Du reste, Blanqui,dans «La Patrie en danger» de novembre 1870, nous fixe sur l'attitude de tous les parlementaires, de quelque étiquette qu'ils se réclament, dans ces paroles mémorables :
«Le XIXe siècle a fait passer sous les yeux de l'Histoire une longue série de ces parlements, rendez-vous des cupidités, des bassesses, des servilités, qui grouillent aux pied de toutes les puissances.
» Lorsque l'un d'eux, par hasard, entre en lutte sérieuse contre le pouvoir, les événements issus de cet antagonisme ne tardent pas à dévoiler les petitesses cachées sous cette apparence de grandeur. Je ne vous parle pas de ces nobles âmes égarées au milieu de cette tourbe, elles ne peuvent qu'assister impuissantes à cet odieux spectacle.»
Électeur, après de telles vérités, on te dira «Vote bien, vote rouge ! Là est le secret de ton bonheur ! Tu n'as que les députés que tu mérites !»
Cela n'est pas vrai, car il n'y a pas, selon un Blanqui et selon notre raison, deux façons d'être député, il n'y en a qu'une seule, toujours néfaste pour nous producteurs.
Il n'y a pas deux façons d'être ministre, les Kerensky, les Vanderwelde, les Thomas, les Guesde, les David, les Scheidmann, les Noske et autres travaillistes anglais nous l'ont prouvé pendant et après la guerre. Ils sont députés et ministres, partie intégrante du système capitaliste, et rien autre chose.
Électeur ! tu n'as que ce que tu arraches et pour cela, sois libre, ne vote pas. Voici entre cent exemples quelques faits récents qui te le prouveront.
Une grande fédération de la marine menaçant de se joindre au mouvement révolutionnaire des métallurgistes de juin 1919, enlève la loi de huit heures en quelques heures. Les mineurs font la même menace et font marcher les girouettes parlementaires, qui votent une loi, se déjugent, et remettent leur loi debout en quelques jours. C'est par l'action que tout s'obtient avec des députés de n'importe quelle couleur et même sans députés.Avec beaucoup de députés, même socialistes, la servitude existe toujours, même avec des syndicats à gros effectifs.
En ne votant pas c'est réserver son action, c'est disposer de sa liberté. Voter ce n'est pas lutter, c'est abdiquer! Voter, c'est aussi disposer de la vie d'autrui, la guerre en est une preuve. Les lois, en sont une autre, celui qui vote par bêtise, par cupidité, par intérêt, enchaîne les hommes libres.
Électeurs, ouvriers et paysans, sachez que les producteurs électeurs sont 42 contre 1 bourgeois. Si vous ne votiez pas, que feraient-ils ?
Rappelle-toi, vieil électeur, que c'est ton bulletin de vote qui a disposé de la vie de 14 millions de jeunes qui n'étaient nullement responsable du régime misérable qui a décrété la guerre et que tu as composé de toute pièce; ne commets plus un tel crime et empêche qu'on le commette.
Vous, femmes, qui nous lirez et nous comprendrez, vous, qui avez tant souffert dans vos affections dernières, de sÏurs, d'amantes, de femmes de tués, de mutilés, d'aveugles de la guerre, empêchez que l'on vote !
Plus qu'un mot.
Les coquins qui se présentent à ton suffrage, électeur paysan, électeur ouvrier, ont glissé entre vous des raisons menteuses de haine et de méfiancequ'ils exploitent pour pêcher en eau trouble. Sachez que l'ouvrier sait que l'élévation de salaire est un cercle vicieux, une arme dangereuse contre lui,c'est pourquoi toutes les grèves prennent une attitude de revendication morale et tournent souvent en manifestations révolutionnaires.
Quant à toi, paysan, nous savons très bien, nous ouvriers, que tu n'es pas la personnification de la vie chère,mais que ce sont les accapareurs, mandataires, intermédiaires, gros propriétaires, châtelains fainéants, rentiers cupides, tous parasites devant lesquels les députés sont à plat ventre, lorsqu'ils ne sont pas eux-mêmes de vulgaires affameurs ou d'éternels tripoteurs. Ouvriers et paysans, travailleurs intellectuels, vous êtes la vérité, la force, et rien ne doit vous séparer, pas même les individus qui exploitent ces haines entre vous, pour le profit du Capital-roi qui a droit de vie et de mort sur vous.

NE VOTEZ PLUS.
SACHEZ QUE, SEULE, LA RÉVOLUTION VOUS AFFRANCHIRA !LE BUREAU DE PROPAGANDE ANTIPARLEMENTAIRE

(1) Nous ne faisons pas de réclame, nous exposons par souci de vérité et cela d'après les déclarations de ces organismes : Soviets et C.O.S.

LECTEUR,Si tu as compris cette brochure, si tu veux la propager, apprends qu'une série de quatre brochures se composant :
1° Électeur, écoute,par Sébastien FAURE ;
2° La Grève des Électeurs,par O. MIRBEAU ;
3° Absurdité de la Politique;
4° Électeur, ne vote pas !
a été éditée par le Bureau Anti-Parlementaire au nombre de 200.000 exemplaires pour être distribués gratuitement. Tu peux coopérer à notre Ïuvre en t'adressant au bureau A.P.,69 boulevard de Belleville.



Sébastien FAURE
ÉLECTEUR, ÉCOUTE
Bureau Anti-Parlementaire 1919 
Groupe de propagande par la brochure 
Réédité 1924 

Chaque fois que les pouvoirs de la Chambre des Députés arrivent à expiration, c'est un cri unanime : «Enfin ! Elle va donc disparaître, cette Chambre infâme ! Le pays va donc être débarrassé de ce Parlement maudit !»Ce langage traduit expressément les sentiments successifs : déception, lassitude, écÏurement qu'ont fait naître, dans l'esprit public, au cours de la législature qui prend fin, l'incapacité, la corruption, l'incohérence et la lâcheté des Parlementaires.
Pourquoi faut-il que l'engouement irréfléchi du populaire, son ignorance et son inobservation le poussent à espérer que la Chambre qui va naître vaudra mieux que celle qui va mourir ?
Il est inconcevable que, périodiquement trompée, constamment abusée, la confiance de l'électeur survive aux déceptions dont il souffre et dont il se lamente ; et, pour l'être raisonnable et pensant, c'est une stupeur que de constater que les législatures se succèdent, chacune laissant derrière elle le même désenchantement, la même réprobation et que, néanmoins l'électeur persiste à considérer comme un devoir de voter.
La période électorale s'ouvre, elle est ouverte. C'est la crise qui, périodiquement, convulsionne la multitude. Elle dure officiellement quelques semaines et, si l'on tient compte de l'effervescence qui précède et du bouillonnement qui suit cette crise, on peut dire qu'elle dure trois mois.
Trois mois durant lesquels, peuplé d'agités, le pays semble frappé de démence : candidats, comités et courtiers électoraux, tour à tour confiants dans le succès ou désespérant d'y atteindre, vont et viennent, avancent et reculent, crient et se taisent, affirment et nient, implorent et menacent, acquiescent et protestent, attaquent et se défendent.
C'est un spectacle fou : drame, comédie, vaudeville, bouffonnerie, farce, pantomime, tous les genres, du tragique au burlesque, s'y donnent rendez-vous et s'y rencontrent, associés, confondus.
Le malheur est que c'est aux frais du spectateur que la farce se joue et que, quels que soient les acteurs, c'est toujours lui qui paie, et qu'il paie de son travail, de sa liberté, de son sang.
Eh bien ! électeur, avant de passer au guichet pour solder ta place, écoute-moi.
Ou plutôt écoute ce que te disent les Anarchistes ; écoute attentivement et réfléchis.
Voter, c'est accepter la Servitude.

Les Anarchistes n'ont jamais eu de représentants siégeant dans les assemblées parlementaires. Tu as parfois entendu traiter d'anarchistes MM. Clemenceau, Briand et d'autres parlementaires. Ils ne le sont pas ; ils ne l'ont jamais été.
Les anarchistes n'ont pas de candidat. Au surplus un candidat qui se présenterait comme anarchiste n'aurait pas une seule voix, puisque les anarchistes s'abstiennent de voter.
Ils refusent de se servir du bulletin de vote que la Constitution met entre leurs mains.
Ne suppose pas que ce soit pour ne pas faire comme les autres, pour se singulariser. Sache que les raisons pour lesquelles les anarchistes s'abstiennent sont multiples et graves.
Ces raisons, les voici brièvement exposées.
L'anarchiste est et veut rester un homme libre. Il est clair que, comme tous ses frères en humanité, il est astreint à subir la loi ; mais c'est à son corps défendant et quand il s'y soumet, ce n'est pas qu'il la respecte, ni qu'il estime équitable de s'incliner devant elle ; c'est parce qu'il lui est impossible de s'y soustraire.
Toutefois, il n'en accepte ni l'origine, ni le caractère, ni les fins. Tout au contraire il en proclame et se fait fort d'en démontrer l'iniquité.
A ses yeux, la loi n'est, à ce moment de l'histoire que nous vivons, que la reconnaissance et la consécration d'un régime social issu des usurpations et des spoliations passées et basé sur la domination d'une caste et l'exploitation d'une classe.
Ce régime ne peut vivre et continuer qu'en empruntant son apparente et temporaire légitimité au consentement populaire.
Il est dans l'obligation de s'appuyer sur l'adhésion bénévole de ceux qui en sont les victimes : dans l'ordre politique, les citoyens ; dans l'ordre économique, les travailleurs.
C'est pourquoi, tous les quatre ans, le peuple est appelé à désigner par ses suffrages les individus à qui il entend confier le mandat de se prononcer sur toutes les questions que soulève l'existence même de la nation.
Ces questions sont réglées par un ensemble de prescriptions et de défenses qui ont force de loi et la loi dispose, contre quiconque tente d'agir contre elle et, à plus forte raison, contre quiconque la viole, d'une telle puissance de répression que tout geste de révolte par lequel un homme proteste contre l'injustice de la loi et tente de s'y dérober est passible des plus dures pénalités.
Or le Parlement est l'assemblée des individus à qui le suffrage dit universel a délégué le pouvoir d'édicter la loi et le devoir d'en assurer l'application. Le député et le sénateur sont avant tout des législateurs.
Comprends-tu, maintenant, électeur, l'exactitude de cette affirmation formulée par Élisée Reclus : «Voter, c'est se donner un maître».
Eh oui ! Un maître ; puisque voter c'est désigner un député, c'est confier à un élu le mandat de formuler la règle, et lui attribuer le pouvoir, pis encore, lui imposer le devoir de la faire respecter par la force.
Un maître, puisque voter, c'est renoncer à sa propre liberté et l'abdiquer en faveur de l'élu.
Toi qui votes, ne m'objecte pas que tu conserves quand même le droit de t'insurger. Mets-toi bien dans la tête que s'il t'arrive d'entrer en révolte contre l'Autorité, tu renies la signature que tu as donnée, tu violes l'engagement que tu as contracté, tu retires à ton représentant le mandat que tu lui as librement consenti.
Tu l'as envoyé au Parlement avec la mission précise d'y participer, d'y collaborer à la discussion, au vote, à la promulgation de la loi et de veiller à la scrupuleuse application de celle-ci.
C'est le Parlement qui a la charge de modifier ou d'abroger les lois ; par ton suffrage exprimé, tu as participé à la composition de ce parlement ; par ton vote, tu lui as donné pleins pouvoirs ; le parti auquel tu appartiens a des représentants au sein de cette assemblée ; le programme que tu as affirmé par ton bulletin a des porte-parole à la Chambre. Il leur appartient Ñ tu l'as voulu Ñ d'amender, de corriger ou d'abroger les lois qui entravent ton indépendance politique et consacrent ta servitude économique.
Enrage, proteste, indigne-toi, tu en as le droit. Mais c'est tout ce qu'il t'est permis de faire. Ne perds pas de vue que, en votant, tu as renoncé, ipso facto,à ton droit à la révolte, que tu as abdiqué en faveur des représentants de ton parti, que, pour tout dire en un mot, tu as cessé d'être libre.
Celui qui a compris cette élémentaire vérité : l'anarchiste, ne vote pas, parce qu'il veut être un homme libre, parce qu'il refuse d'enchaîner sa conscience, de ligoter sa volonté, parce qu'il entend garder, à tout instant, et en toutes circonstances son droit à la révolte, à l'insurrection, à la révolution.

L'État, c'est l'ennemi !

Écoute encore. En régime représentatif, le Parlement, c'est l'État.
Théoriquement, il n'en est qu'une partie ; car en principe, il n'est nanti que du pouvoir législatif. Mais c'est le Parlement (Chambre et Sénat réunis) qui élit le Président de la République, entre les mains de qui est centralisé le pouvoir exécutif ; et si, théoriquement, c'est la Magistrature qui détient le pouvoir judiciaire, comme c'est le Parlement qui confectionne les lois et que le pouvoir judiciaire n'a que le mandat d'en appliquer les dispositions, on voit que, somme toute, directement ou indirectement, le Parlement est, en dernière analyse, omnipotent. C'est donc lui qui est l'État.
Or, l'État, disent les Anarchistes, c'est la prise de possession du Pouvoir par la classe dominante, au détriment de la classe dominée. C'est, actuellement, l'ensemble des institutions qui régissent la nation entre les mains des chargés d'affaires de la classe capitaliste et, plus spécialement de la haute finance, de la puissante industrie, du grand commerce et de la vaste propriété terrienne.
C'est la citadelle d'où partent les ordres qui courbent la multitude ; c'est la gigantesque forteresse où siège la force armée : troupe, gendarmerie, police, dont la fonction est de persécuter, d'arrêter, d'emprisonner et, en cas de révolte collective, de massacrer qui s'insurge.
C'est le monstre qui, insatiablement, se repaît du sang et des os de tous ceux qui, par leur travail, alimentent un budget qui s'enfle démesurément.
L'État, c'est l'ennemi contre lequel il faut lutter, lutter encore, lutter toujours, jusqu'à ce qu'il soit définitivement abattu.
En démocratie, l'État se flatte d'être l'émanation du Peuple souverain.Les partisans du système représentatif affirment que, en démocratie, c'est le peuple qui, par ses représentants, gouverne ; ils déclarent que, déléguant ses pouvoirs aux hommes de son choix, ce sont ses aspirations, ses besoins et ses intérêts, qu'il affirme par ses mandataires.
Ces Messieurs mentent et ils le savent bien ; mais ils répètent inlassablement cette imposture, dans l'espoir Ñ hélas ! trop fondé Ñ qu'un mensonge quotidiennement répété finit par acquérir la force d'une indiscutable vérité.
Entre l'assertion mensongère de ces théoriciens du démocratisme, assertion que dément la simple observation des réalités, et les affirmations des anarchistes, affirmations que justifient l'histoire et l'expérience, j'espère, électeur, qu'il n'est pas malaisé de fixer ton choix.
Ce n'est pas seulement de l'État dans les civilisations antiques, de l'État au moyen âge, de l'État incarnant le Pouvoir personnel absolu, mais bien de l'État sans exception et, par conséquent de l'État démocratique comme des autres que M. Clemenceau, qui s'y connaît, a dit au Sénat, il y a quelques années :
«Messieurs, nous connaissons l'État : nous savons ce qu'il est et ce qu'il vaut. L'histoire de l'État est toute de sang et de boue !»
Il ne s'agit pas de s'emparer de l'État, mais de l'anéantir.
Introduire des représentants de son parti dans les Assemblées législatives, c'est y glisser une fraction de soi-même, c'est apporter à ces Assemblées l'appui de son parti ; c'est leur infuser un sang nouveau ; c'est consolider le crédit de ses Assemblées, c'est fortifier leur puissance ; c'est Ñ puisque le Parlement et l'État ne font qu'un Ñ servir la cause de l'État au lieu de le combattre ; c'est donc tourner le dos au but à atteindre ; c'est paralyser l'effort révolutionnaire ; c'est retarder la libération.
L'État est le gardien des fortunes acquises : il est le défenseur des privilèges usurpés ; il est le rempart qui se dresse entre la minorité gouvernante et la foule gouvernée ; il est la digue haute et large qui met une poignée de millionnaires à l'abri des assauts que lui livre le flot tumultueux des spoliés.
Dès lors, il est naturel, logique et fatal que les détenteurs des privilèges et de la fortune votent avec entrain et conviction, qu'ils poussent avec ardeur aux urnes, qu'ils proclament que voter c'est accomplir un devoir sacré.
Mais déconcertante et insensée serait l'attitude de ceux qui, se proclamant en faveur d'un bouleversement social qui implique la disparition de l'État, ferait usage du bulletin de vote dont la conséquence serait, qu'on le veuille ou non, de légitimer les origines de l'État, de confirmer ses pouvoirs, de fortifier sa puissance et, par ricochet, de se faire le complice de ses forfaits.
De qui est composée la Chambre.

Électeur, aurais-tu la naïveté de croire que le Parlement rassemble l'élite de la nation ? Penses-tu que la Chambre réunit les gloires de la Science et de l'Art, les illustrations de la Pensée, les compétences de l'Industrie, du Commerce et de l'Agriculture, les probités (?) de la Finance ? Estimes-tu que le redoutable pouvoir de gouverner un peuple de quarante millions d'habitants est dévolu aux plus honnêtes et aux plus méritants ?
Si oui, détrompe-toi. Promène tes regards sur les travées de la Chambre et vois par quels gens elles sont occupées : avocats sans cause, médecins sans clientèle, commerçants douteux, industriels sans connaissances spéciales, journalistes sans talent, financiers sans scrupules, désÏuvrés et riches sans occupations définies.
Tout ce monde intrigue, bavarde, marchande, agiote, fait des affaires, se démène, se bouscule et court à la recherche des plaisirs, de la richesse et des sinécures grassement rétribuées.
Cela t'étonne, électeur candide ? Une minute de réflexion dissipera ta surprise. Demande-toi comment il se fait que X, Y ou Z soient députés.
Leur siège est-il la récompense des mérites manifestes, des actions d'éclat, du bien accompli, des services rendus, qui les ont recommandés à l'estime et à la confiance publiques ?
Est-il le salaire équitable des connaissances spéciales qu'ils ont acquises, des hautes études dont ils ont parcouru le cycle brillant, de l'expérience que leur vaut une existence toute de labeur ?
A-t-on exigé d'eux, comme des professeurs, des pharmaciens, des ingénieurs, des examens, des diplômes, l'admission dans certaines écoles, le stage réglementaire ?
Regarde : celui-ci doit son mandat à l'argent ; celui-là à l'intrigue ; ce troisième à une candidature officielle ; ce quatrième à l'appui d'un journal dont il a engraissé le caisse ; cet autre au vin, au cidre, à la bière ou à l'alcool dont il a empli le gosier de ses mandants ; ce vieux aux coquetteries complaisantes de sa jeune femme ; ce jeune aux promesses éblouissantes qu'il a prodiguées de palmes, de bureaux de tabacs, de places et de recommandations ; tous à des procédés plus ou moins louches qui n'ont aucun rapport avec le mérite ou le talent ; tous, de toutes façons, au nombre de suffrages qu'ils ont obtenus.
Et le nombre n'a rien à voir avec le mérite, le courage, la probité, le caractère, l'intelligence, le savoir, les services rendus, les actions d'éclat. La majorité des suffrages ne consacre ni la valeur morale, ni la supériorité intellectuelle, ni la Justice, ni la Raison.
On serait autorisé à dire que c'est plutôt le contraire.
Soyons justes : quelques hommes supérieurs se sont, de temps à autre, fourvoyés dans ces mauvais lieux ; mais c'est le très petit nombre ; ils n'ont pas tardé à s'y trouver dépaysés et mal à l'aise et, à moins qu'ils n'aient insensiblement condescendu à jouer leur rôle dans le choc des coteries, à s'inspirer des passions des partis, à tenir leur place dans les intrigues de couloir, ils ont été rapidement mis en quarantaine et réduits à l'impuissance.

Parlementarisme est synonyme d'incompétence, d'irresponsabilité, d'impuissance, de corruption.

Au surplus, quel que soit l'homme, l'incompétence du parlementaire est une Fatalité.
Étant donné, d'une part, la complexité des rouages sociaux et, d'autre part, le développement des connaissances humaines, il n'est personne qui soit à même de faire face aux exigences du mandat législatif.
A notre époque, on ne peut être compétent qu'à la condition de se spécialiser. Nul ne peut tout connaître : il n'y a pas de cerveau qui puisse tout embrasser.
Et pourtant, un député devrait être marin, guerrier, diplomate, juriste, hygiéniste, éducateur, commerçant, industriel, financier, agriculteur, administrateur, puisqu'il est appelé à formuler son sentiment et à se prononcer par un vote précis sur toutes les questions : marine, guerre, affaires étrangères, législation, santé publique, enseignement, commerce, industrie, finance, agriculture, administration, etc., etc., etc.
S'il connaît bien une ou deux de ces questions Ñ et ce serait déjà beaucoup Ñ il ignore certainement toutes les autres. Il en résulte que neuf fois sur dix, il vote à l'aveuglette, au doigt mouillé.
Parlement est donc synonyme d'incompétence.
Synonyme aussi d'irresponsabilité.
Ici, la démonstration n'est plus à faire. Dire que le Parlement est irresponsable, c'est une proposition devenue si évidente qu'elle a cessé d'être en discussion.
Synonyme encore d'impuissance ; car, obligé de se cantonner dans les limites étroites d'une Constitution politique et d'un régime économique déterminés, le Parlement est l'image exacte d'un lac entouré de montagnes qui peut, de temps à autre, être agité et même tempétueux, mais qui reste toujours enfermé dans le cadre que les hauteurs environnantes tracent autour de lui.
Les bouillantes colères, les explosions d'indignation, les enthousiasmes délirants, les serments solennels, les engagements sacrés ont tout juste, au Parlement, la valeur de ces agitations périodiques d'une vaste mare stagnante qui font remonter la vase à la surface et empuant(iss)ent l'air, mais qui ne tardent pas à laisser retomber la boue et la puanteur dont la minuscule tempête a révélé l'accumulation dans les profondeurs.
Synonyme, enfin, de corruption. Les brigandages avérés et, plus encore, les scandales à demi étouffés ont fixé l'opinion à tel point qu'il est banal de dire d'un Parlement qu'il est pourri !
Les meilleurs se putréfient en un tel milieu, à moins qu'ils n'en sortent à temps et le plus vilain tour qu'on puisse jouer à un ami, c'est de l'y envoyer.
Aussi, électeur, si tu as un bon camarade, garde-toi de l'inciter à être candidat ; s'il le devient, garde-toi de favoriser sa candidature et, si tu veux conserver aux idées qui sont les tiennes et qu'il prétend vouloir défendre à la Chambre, un caractère, une intelligence, un dévouement, refuse-lui ton suffrage.

Voter, c'est faire le jeu de la Réaction

Électeur, encore un mot encore : ce sera le dernier.
On ne manquera pas de te dire que de ne pas voter, c'est faire le jeu de la réaction.
Rien n'est plus faux. Je pourrais te faire observer que si les deux millions de travailleurs qui adhèrent à la C. G. T., si le million d'électeurs dont s'enorgueillit le Parti socialiste, si le million d'autres citoyens qui, sans être affiliés au Parti socialiste ou à la C. G. T. n'en sont pas moins les adversaires du régime capitaliste : en tout, quatre millions d'électeurs, refusaient hautement de prendre part au scrutin, cette abstention ouvertement annoncée et expliquée durant toute la période électorale et vaillamment pratiquée le jour du scrutin, porterait un coup mortel au prestige et à l'autorité du régime qu'il faut abattre. Je pourrais te dire que, en face de l'attitude de ces quatre millions d'abstentionnistes aussi conscients que résolus, le Gouvernement perdrait tout son lustre et le plus clair de sa force.
Je pourrais te dire que, étroitement unis dans une réprobation aussi catégorique du système social actuel, ces quatre millions d'hommes pourraient organiser, dans le pays, grâce aux ramifications qu'ils possèdent partout, une formidable coalition contre laquelle rien ne saurait prévaloir. Je pourrais affirmer que cette coalition dans laquelle ne tarderaient pas à entrer tous ceux que toucherait une aussi puissante propagande et même une partie des forces dont le Gouvernement dispose, serait de taille à oser, à entreprendre et à réaliser les plus vastes desseins et la transformation la plus profonde.
Que resterait-il, alors, du spectre de la réaction qu'on agite devant toi pour te pousser aux urnes ?...
Mais voici qui te paraîtra sans doute plus décisif encore.
La Chambre qui s'en va comptait en nombre imposant des éléments de gauche. Plus de trois cents députés radicaux et radicaux socialistes, plus cent députés socialistes. Ils constituaient indubitablement une majorité écrasante.
Qu'a fait cette Chambre ? Qu'ont fait ces quatre cents Députés ?
Ils ont acclamé la guerre, ils ont adhéré avec enthousiasme à l'abominable duperie qu'on a appelée «l'Union Sacrée» ; ils ont voté tous les crédits de guerre ; ils ont apporté au Gouvernement dit «de défense nationale» leur étroite et constante collaboration ; ils n'ont rien tenté pour abréger le massacre ; ils n'ont pris aucune mesure efficace contre la vie chère, contre l'accaparement, contre la spéculation, contre l'enrichissement scandaleux des brasseurs d'affaires ; ils ont accepté passivement la suppression de nos maigres libertés ; ils ont applaudi à l'écrasement de la révolution hongroise ; ils ont approuvé l'envoi des soldats, des marins, des munitions et des milliards destinés à étouffer, par la famine et par les armes, la Russie révolutionnaire ; ils ont lâchement courbé la tête, tout accepté, tout subi ; ils ont passé l'éponge sur toutes les turpitudes et sur tous les crimes.
Ils sont allés jusqu'au bout de la servilité, de la honte et de la sauvagerie.
A peine ont-ils osé ouvrir la bouche et, quand ils ont parlé, ce ne fut jamais pour faire entendre les vérités qu'il fallait dire, les imprécations sanglantes et les malédictions vengeresses qui auraient opposé la douleur des deuils, la souffrance des ruines et l'horreur des batailles à la stérilité des sacrifices et à la hideur des Impérialismes déchaînés.
Au terme de sa carrière, cette Chambre odieuse vient de ratifier un traité de paix qui laisse debout, plus insolents et plus guerriers que jamais tous les militarismes, qui favorise les plus atroces brigandages, qui stimule les plus détestables convoitises, qui avive les haines entre peuples et qui porte dans ses flancs la guerre de demain.
Voilà ce qu'a fait cette Chambre dont la naissance avait pourtant suscité les plus folles espérances et provoqué tous les optimismes.
ET MAINTENANT, ÉLECTEUR, VOTE ENCORE SI TU L'OSES.
Sébastien FAURE.

LECTEUR,Si tu as compris cette brochure, si tu veux la propager, apprends qu'une série de quatre brochures se composant :
1° Électeur, écoute,par Sébastien FAURE ;
2° La Grève des Électeurs,par O. MIRBEAU ;
3° Absurdité de la Politique;
4° Électeur, ne vote pas !
a été éditée par le Bureau Anti-Parlementaire au nombre de 200.000 exemplaires pour être distribués gratuitement. Tu peux coopérer à notre Ïuvre en t'adressant au bureau A.P.,69 boulevard de Belleville.


Octave MIRBEAU
LA GRÈVE DES ÉLECTEURS
suivi dePRÉLUDE

Publications des «TEMPS NOUVEAUX» Ñ N° 22 - 1902
Réédition en 1924

LA GRÈVE DES ÉLECTEURS
Une chose qui m'étonne prodigieusement Ñ j'oserai dire qu'elle me stupéfie Ñ c'est qu'à l'heure scientifique où j'écris, après les innombrables expériences, après les scandales journaliers, il puisse exister encore dans notre chère France (comme ils disent à la Commission du budget) un électeur, un seul électeur, cet animal irrationnel, inorganique, hallucinant, qui consente à se déranger de ses affaires, de ses rêves ou de ses plaisirs, pour voter en faveur de quelqu'un ou de quelque chose. Quand on réfléchit un seul instant, ce surprenant phénomène n'est-il pas fait pour dérouter les philosophies les plus subtiles et confondre la raison ? Où est-il le Balzac qui nous donnera la physiologie de l'électeur moderne ? Et le Charcot qui nous expliquera l'anatomie et les mentalités de cet incurable dément ? Nous l'attendons.Je comprends qu'un escroc trouve toujours des actionnaires, la Censure des défenseurs, l'Opéra-Comique des dilletanti, le Constitutionneldes abonnés, M. Carnot des peintres qui célèbrent sa triomphale et rigide entrée dans une cité languedocienne ; je comprends M. Chantavoine s'obstinant à trouver des rimes ; je comprends tout. Mais qu'un député, ou un sénateur, ou un président de République, ou n'importe lequel, parmi tous les étranges farceurs qui réclament une fonction élective, quelle qu'elle soit, trouve un électeur, c'est-à-dire l'être irrêvé, le martyr improbable, qui vous nourrit de son pain, vous vêt de sa laine, vous engraisse de sa chair, vous enrichit de son argent, avec la seule perspective de recevoir, en échange de ces prodigalités, des coups de trique sur la nuque, des coups de pieds au derrière, quand ce n'est pas des coups de fusil dans la poitrine, en vérité, cela dépasse les notions déjà pas mal pessimistes que je m'étais faites jusqu'ici de la sottise humaine, en général, et de la sottise française en particulier, notre chère et immortelle sottise, ô chauvin !
Il est bien entendu que je parle ici de l'électeur averti, convaincu, de l'électeur théoricien, de celui qui s'imagine, le pauvre diable, faire acte de citoyen libre, étaler sa souveraineté, exprimer ses opinions, imposer Ñ ô folie admirable et déconcertante Ñ des programmes politiques et des revendications sociales ; et non point de l'électeur «qui la connaît» et qui s'en moque, de celui qui ne voit dans «les résultats de sa toute-puissance» qu'une rigolade à la charcuterie monarchiste, ou une ribote au vin républicain. Sa souveraineté à celui-là, c'est de se pocharder aux frais du suffrage universel. Il est dans le vrai, car cela seul lui importe, et il n'a cure du reste. Il sait ce qu'il fait. Mais les autres ?
Ah ! oui, les autres ! Les sérieux, les austères, les peuple souverain,ceux-là qui sentent une ivresse les gagner lorsqu'ils se regardent et se disent : «Je suis électeur ! Rien ne se fait que par moi. Je suis la base de la société moderne. Par ma volonté, Floquet fait des lois auxquelles sont astreints trente-six millions d'hommes, et Baugry d'Asson aussi et Pierre Alype également.» Comment y en a-t-il encore de cet acabit ? Comment, si entêtés, si orgueilleux, si paradoxaux qu'ils soient, n'ont-ils pas été, depuis longtemps, découragés et honteux de leur Ïuvre ? Comment peut-il arriver qu'il se rencontre quelque part, même dans le fin fond des landes perdues de la Bretagne, même dans les inaccessibles cavernes des Cévennes et des Pyrénées, un bonhomme assez stupide, assez déraisonnable, assez aveugle à ce qui se voit, assez sourd à ce qui se dit, pour voter bleu, blanc ou rouge, sans que rien l'y oblige, sans qu'on le paye ou sans qu'on le saoûle ?
A quel sentiment baroque, à quelle mystérieuse suggestion peut bien obéir ce bipède pensant, doué d'une volonté, à ce qu'on prétend, et qui s'en va, fier de son droit, assuré qu'il accomplit un devoir, déposer dans une boîte électorale quelconque un quelconque bulletin, peu importe le nom qu'il ait écrit dessus ? Ñ Qu'est-ce qu'il doit bien se dire, en dedans de soi, qui justifie ou seulement qui explique cet acte extravagant ? Qu'est-ce qu'il espère ? Car enfin, pour consentir à se donner des maîtres avides qui le grugent et qui l'assomment, il faut qu'il se dise et qu'il espère quelque chose d'extraordinaire que nous ne soupçonnons pas. Il faut que, par de puissantes déviations cérébrales, les idées de député correspondent en lui à des idées de science, de justice, de dévouement, de travail et de probité ; il faut que dans les noms seuls de Barbe et de Baïhaut, non moins que dans ceux de Bouvier et de Wilson, il découvre une magie spéciale et qu'il voie, au travers d'un mirage, fleurir et s'épanouir dans Vergoin et dans Hubbard des promesses de bonheur futur et de soulagement immédiat. Et c'est cela qui est véritablement effrayant. Rien ne lui sert de leçon, ni les comédies les plus burlesques, ni les plus sinistres tragédies.
Voilà pourtant de longs siècles que le monde dure, que les sociétés se déroulent et se succèdent, pareilles les unes aux autres, qu'un fait unique domine toutes les histoires : la protection aux grands, l'écrasement aux petits. Il ne peut arriver à comprendre qu'il n'a qu'une raison d'être historique, c'est de payer pour un tas de choses dont il ne jouira jamais, et de mourir pour des combinaisons politiques qui ne le regardent point.
Que lui importe que ce soit Pierre ou Jean qui lui demande son argent et qui lui prenne la vie, puisqu'il est obligé de se dépouiller de l'un, et de donner à l'autre ? Eh bien ! non. Entre ses voleurs et ses bourreaux, il a des préférences, et il vote pour les plus rapaces ou les plus féroces. Il a voté hier, il votera demain, il votera toujours. Les moutons vont à l'abattoir. Ils ne se disent rien, eux, et ils n'espèrent rien. Mais du moins ils ne votent pas pour le boucher qui les tuera, et pour le bourgeois qui les mangera. Plus bête que les bêtes, plus moutonnier que les moutons, l'électeur nomme son boucher et choisit son bourgeois. Il a fait des Révolutions pour conquérir ce droit.


Ô bon électeur, inexprimable imbécile, pauvre hère, si, au lieu de te laisser prendre aux rengaines absurdes que te débitent, chaque matin, pour un sou, les journaux grands ou petits, bleus ou noirs, blancs ou rouge, et qui sont payés pour avoir ta peau ; si au lieu de croire aux chimériques flatteries dont on caresse ta vanité, dont on entoure ta lamentable souveraineté en guenilles, si, au lieu de t'arrêter, éternel badaud, devant les lourdes duperies des programmes, si tu lisais parfois, au coin de ton feu, Schopenhauer et Max Nordau, deux philosophes qui en savent long sur les maîtres et sur toi, peut-être apprendrais-tu des choses étonnantes et utiles. Peut-être aussi, après les avoir lus, serais-tu moins empressé à revêtir ton air grave, et la belle redingote, à courir ensuite vers les urnes homicides où, quelque nom que tu mettes, tu mets d'avance le nom de ton plus mortel ennemi. Ils te diraient, en connaisseurs d'humanité, que la politique est un abominable mensonge, que tout y est à l'envers du bon sens, de la justice et du droit, et que tu n'as rien à y voir, toi dont le compte est réglé au grand livre des destinées humaines.Rêve après cela, si tu veux, des paradis de lumières et de parfums, des fraternités impossibles, des bonheurs irréels. C'est bon de rêver, et cela calme la souffrance. Mais ne mêle jamais l'homme à ton rêve, car là où est l'homme, là est la douleur, la haine et le meurtre. Surtout, souviens-toi que l'homme qui sollicite les suffrages est, de ce fait, un malhonnête homme, parce qu'en échange de la situation et de la fortune où tu le pousses, il te promets un tas de choses merveilleuses qu'il ne te donnera pas et qu'il n'est pas, d'ailleurs, en son pouvoir de te donner. L'homme que tu élèves ne représente ni ta misère, ni tes aspirations, ni rien de toi ; il ne représente que ses propres passions et ses propres intérêts, lesquels sont contraires aux tiens. Pour te réconforter et ranimer des espérances qui seraient vite déçues, ne va pas t'imaginer que le spectacle navrant auquel tu assistes aujourd'hui est particulier à une époque ou à un régime, et que cela passera. Toutes les époques se valent, et aussi tous les régimes, c'est-à-dire qu'ils ne valent rien. Donc, rentre chez toi, bonhomme, et fais la grève du suffrage universel. Tu n'as rien à y perdre, je t'en réponds ; et cela pourra t'amuser quelque temps. Sur le seuil de ta porte, fermée aux quémandeurs d'aumônes politiques, tu regarderas défiler la bagarre, en fumant silencieusement ta pipe.
Et s'il existe, en un endroit ignoré, un honnête homme capable de te gouverner et de t'aimer, ne le regrette pas. Il serait trop jaloux de sa dignité pour se mêler à la lutte fangeuse des partis, trop fier pour tenir de toi un mandat que tu n'accordes jamais qu'à l'audace cynique, à l'insulte et au mensonge.
Je te l'ai dit, bonhomme, rentre chez toi et fais la grève.

Octave Mirbeau
[1898]


PRÉLUDE
Et je songe, avec une joie sadique et une très nationale fierté que, dans quelques jours, sera ouverte la période électorale. On peut même affirmer qu'elle l'est déjà, qu'elle l'a toujours été, et qu'étant donné nos mÏurs parlementaires et nos goûts politiques, qui sont de nous mépriser les uns les autres, cela ne changera rien à nos habitudes et à nos plaisirs. Mais ce qu'il est impossible de prévoir, c'est sa fin, et si jamais elle aura une fin. Dieu veuille que non ! Par quelle suprême farce, par quelle ultime mystification se dénouera Ñ si elle se dénoue un jour Ñ cette période admirable et féconde, qui débute officiellement par l'annonce discrète et consolante de la candidature de M. Mermeix dans le quartier de Montmartre ? Voilà ce que nul ne saurait prophétiser ouvertement. Avec un pareil point de départ, l'induction philosophique elle-même, le somnambulisme et le spiritisme perdent de leur efficacité divinatoire et demeurent impuissants à conclure quoi que ce soit.Pourtant, on hésite entre la guerre et la Révolution, ce qui est charmant, il faut bien en convenir. Généralement, et surtout dans le fier parti boulangiste qui ne compte que des héros, on est ravi de cette alternative. Car c'est évidemment une chose réconfortante de penser que cinq cent mille de nous peuvent être massacrés. Il paraît d'ailleurs que rien ne redonne du sang à un peuple appauvri comme d'être saigné à blanc, que rien n'accélère la vie comme de mourir. Il faut convenir également, en attendant de savoir lequel prévaudra de ces deux bienfaits sociaux, et s'ils ne prévaudront pas tous les deux ensemble, que l'existence va être délectable au milieu des musiques rugies par MM. de Cassagnac, Rochefort, Arthur Meyer et Canivet, par les autres aussi, par tous les autres. Nous avons en perspective une série ininterrompue de concerts comme on n'en entendit jamais, même au théâtre annamite et dans les ménageries foraines, à l'heure de la viande. Et quels passionnants spectacles !
On ne pourra faire un pas dans la vie sans être sollicités, accaparés, enthousiasmés par des distractions puissantes et variées, où le plaisir des yeux se mêlera aux joies de l'esprit, sans voir étalées sur les murs, sur les troncs d'arbres, sur les barrières des champs et les poteaux indicateurs des traverses, l'infinie sottise, l'infinie malpropreté de la politique. Chaque maison sera transformée en club ; il y aura sur chaque place publique des meetings hurleurs ; en haut de chaque borne, de bizarres personnages, vomis d'on ne sait quels fonds secrets, d'on ne sait quels mystérieux coffres-forts, arrachés à l'obscurité gluante, d'on ne sait quelles cavernes journalistiques, gesticuleront, brailleront, aboieront, et, les yeux injectés de sang, la gueule écumante et tordue, nous promettront le bonheur. De Brest à Menton, de Saint-Jean-de-Luz à Valenciennes, tous, pour nous rendre heureux, s'accuseront de vol, de viol, d'assassinat ; ils nous jetteront à la tête l'inceste, l'espionnage, la trahison, l'adultère de leurs femmes, l'argent de leurs maîtresses ; ils agiteront des draps de lit, des registres d'écrou, des bonnets de forçat, l'infamie des greffes, des bureaux de police, des cellules et des préaux. La France tout entière va devenir une immense latrine où les ventres ignominieux, publiquement, déverseront le flot empesté de leurs déjections. On va marcher dans l'ordure, enlisés jusqu'au cou. Et nous nous réjouissons de cette posture.
Oui ! le merveilleux peuple que nous sommes ! Et combien nous avons raison, grisés de notre propre honte, de résister aux dégoûtants principes du pessimisme ! Car tous ces gens-là sont d'inébranlables optimistes, d'extraordinaires bienfaiteurs. Malgré la diversité des dieux qu'ils servent, ils croient à l'âme immortelle. Et que veulent-ils ? Ce que voulait Vincent de Paul et ce que voulait Marat : nous apporter le bonheur, et de l'être quadruplement, par Boulanger, Ferry, Orléans et Napoléon. Par Boulanger surtout qui non seulement nous promet le bonheur, mais qui nous l'impose. Oh ! celui-là ne plaisante pas avec le bonheur. Il y ajoute même, par excès de magnificence, la richesse et l'honnêteté. Du bonheur, de la richesse et de l'honnêteté, il en a plein la main, pour tout le monde. Et encore lui en reste-t-il, dont il ne sait que faire.
Ñ Est-ce que je ne suis pas heureux ? nous dit-il. Est-ce que je ne suis pas riche ? Pas honnête ?... Regardez... J'ai un hôtel superbe, huit chevaux dans mes écuries, une chère exquise, de l'or plein mes coffres. Et je dîne avec des lords milliardaires. Et toutes les femmes sont folles de ma barbe. Or, il n'y a pas si longtemps, je n'avais rien de tout cela... Eh bien ! ce que j'ai fait pour moi, je puis le faire pour vous, pour vous tous... Approchez... Qui veut du bonheur ? Qui veut de la richesse ? Qui veut de l'honnêteté ?... Des chevaux, des femmes, des hôtels ?... Vous n'avez qu'à parler... Et je ne les vends pas... je les donne... Ça ne coûte rien... Voilà !... Qui veut du bonheur ?...
Et je vois le désappointement du pauvre diable d'électeur qui, la figure joyeuse et claquant de la langue, viendra, plus tard, réclamer son dû.
Ñ Que viens-tu faire ici ?
Ñ Je viens chercher le bonheur que vous m'aviez promis.
Ñ Le bonheur !... Tiens, le voilà !... Prends-le, prends tout... Une bonne capote qui te coupera les aisselles, un bon sac qui te rompra le dos, un bon fusil... Et va te faire crever là-bas... pour ma gloire, et, ô suprême ironie!... pour la gloire de Mermeix... Es-tu content ?
Et il ira, l'électeur, il ira, sans se dire que cette capote, c'est lui qui se l'est taillée ; ce fusil, c'est lui qui se l'est forgé ; cette mort, c'est lui qui l'a signée, en votant pour l'homme magique qui devait le rendre heureux, riche et honnête. Il se dira seulement :
Ñ Jamais je n'aurais cru que le bonheur fût tel... J'aimerais mieux être malheureux.
D'ailleurs, le bonheur dont il se plaint, et que tous les gouvernements lui apportent, pareil, c'est lui seul qui se l'a fait, toujours. Il a fait la Révolution française et, phénomène inexplicable, en dépit de cent années d'expériences douloureuses et vaines, il la célèbre ! Il la célèbre, cette Révolution qui n'a même pas été une révolution, un affranchissement, mais un déplacement des privilèges, une saute de l'oppression sociale des mains des nobles aux mains bourgeoises et, partant plus féroces, des banquiers ; cette révolution qui a créé l'inexorable société capitaliste où il étouffe aujourd'hui, et le Code moderne qui lui met les menottes aux poignets, un bâillon dans la gorge, un boulet aux chevilles. Il en est fier, et toute sa vie, à travers les monarchies et les républiques, se passe à changer de menottes, de bâillons et de boulets, chimérique opération qui lui arrache ce cri d'orgueil :
Ñ Ah ! si je n'avais pas fait Quatre-vingt-neuf, où donc en serais-je ? Je n'aurais peut-être pas Boulanger !

Pour me donner une idée approximative de ce que vont être ces élections, je n'ai qu'à me souvenir de certaines fêtes religieuses de Bretagne, les jours de grand pardon. Souvenirs délicieux ! chères évocations de la beauté humaine qu'il me suffira de transposer du physique au moral, pour avoir la représentation nette, impartiale et glorieuse de tous les partis qui vont mendier tes suffrages, éternel constructeur, toujours battu, de la fortune des autres, ô triple électeur que tu es !Autour de Sainte-Anne-d'Auray, sur les routes qui traversent le saint village et les sentes qui y aboutissent, les mendiants, les estropiés, les monstres font aux pèlerins une double haie d'épouvante et d'horreur. D'où viennent-ils? De quelle morgue ? de quel enfer ? de quels germes atroces sont-ils donc sortis ? Je n'en sais rien. Hurlant et tordus, les uns rampant sur le sol, avec des grouillements vermiculaires ; les autres, brandissant entre leurs guenilles poissées de sanie, des membres tronqués, mutilés ; tous, la face convulsée, trouée de gangrènes immondes, ils montrent, non sans coquetterie, des plaies qui n'ont pas de nom, même dans les léproseries de l'Orient ; ils étalent, avec une fierté visible, des difformités paradoxales, pleines d'hallucination et de cauchemar. On les voit avivant, avec un bel orgueil, leurs chairs rongées, putréfiées, pressurant de leurs moignons, de façon ostentatoire, des tumeurs hideuses, d'où le pus jaillit. Et c'est à qui de ces misérables Ñ vivantes pourritures Ñ sera le plus repoussant, exhalera la plus insupportable puanteur.
Par un étrange oubli Ñ et peut-être par une haine consciente Ñ de l'Humanité qui les a vomis, ils mettent une sorte d'amour-propre, un point d'honneur, une vanité à ne plus conserver rien d'intact, par où se reconnaît en eux qu'ils ont été des hommes. Et quels foudroyants mépris pour les camarades dont les membres gardent encore, de-ci de-là, des vestiges de formes humaines, dont les chairs accusent, parmi les coupures et les boursouflements, des parties inattaquées ! Quelles jalousies, entre eux, pour un polype rare, un cancer plus beau que les leurs, une éléphantiasis de grosseur insolite : jalousies qui vont parfois jusqu'à l'assassinat.
Eh bien ! mon brave électeur, normand ou gascon, picard ou cévenol, basque ou breton, si tu avais une lueur de raison dans ta cervelle, si tu n'étais pas l'immortel abruti que tu es, le jour où les mendiants, les estropiés, les monstres électoraux viendront sur ton passage coutumier étaler leurs plaies et tendre leurs sébiles, au bout de leurs moignons dartreux, si tu n'étais pas l'indécrottable Souverain, sans sceptre, sans couronne, sans royaume que tu as toujours été, ce jour-là, tu t'en irais tranquillement pêcher à la ligne, ou dormir sous les saules, ou trouver les filles derrière les meules, ou jouer aux boules dans une sente lointaine, et tu les laisserais, tes hideux sujets, se battre entre eux, se dévorer, se tuer. Ce jour-là, vois-tu, tu pourrais te vanter d'avoir accompli le seul acte politique et la première bonne action de ta vie.

OCTAVE-MIRBEAU.
(14 juillet)
LECTEUR,Si tu as compris cette brochure, si tu veux la propager, apprends qu'une série de quatre brochures se composant :
1° Électeur, écoute,par Sébastien FAURE ;
2° La Grève des Électeurs,par O. MIRBEAU ;
3° Absurdité de la Politique;
4° Électeur, ne vote pas !
a été éditée par le Bureau Anti-Parlementaire au nombre de 200.000 exemplaires pour être distribués gratuitement. Tu peux coopérer à notre Ïuvre en t'adressant au bureau A.P., 69 boulevard de Belleville.


PARAF-JAVAL
L'ABSURDITÉ DE LA POLITIQUE
Bureau Anti-Parlementaire 1919
La Brochure Mensuelle, Avril 1924
I
Le suffrage universel n'est pas et ne peut être universel
Par «suffrage universel»on entend le suffrage de tout le monde.En réalité ce n'est le suffrage de personne.
En effet, il y a lieu, tout d'abord, d'observer que :
Ñ Les femmes n'ont pas le droit de vote ;
Ñ Les hommes de moins de 21 ans n'ont pas le droit de vote ;
Ñ Les soldats n'ont pas le droit de vote ;
Ñ Ceux que la loi prive de leurs droits politiques n'ont pas le droit de vote. Ensuite :
Ñ Ceux qui, pour une raison ou pour une autre (maladie, travail, etc.) ne peuvent aller à l'urne le jour du scrutin ne votent pas ;
Ñ Ceux qui ne trouvent pas de candidat à leur goût ne votent pas, votent blanc ou expriment un suffrage inexact.
Ñ Les abstentionnistes volontaires ou indifférents ne votent pas.
Restent les votants. Mais une grande partie des suffrages de ces derniers ne comptent pas, car :
Ñ Ceux qui ont donné leurs voix à des candidats non élus, peuvent être considérés comme ayant voté zéro ;
Ñ De même ceux dont les représentants sont mis en minorité dans les assemblées peuvent être considérés comme ayant voté zéro ;
Restent en définitive, les électeurs dont les représentants votent les lois.
Ces électeurs, observerons-nous en passant, éprouveraient peut-être de la difficulté à adopter une opinion uniforme, si leur élu les consultait chaque fois qu'il doit voter en leur nom.
Mais il y a mieux. La majorité d'une assemblée ne peut se mettre d'accord sur un texte sans «conciliation». Pour se concilier, les uns et les autres doivent abandonner un peu de leurs idées. Nul ne peut prétendre faire accepter les siennes en totalité.
A quoi sert donc d'exprimer son suffrage, puisque de cette expression ne peuvent sortir :
Ñ Ni le désir de l'électeur ;
Ñ Ni la vérité qui est intransigeante et incompatible avec une cote mal taillée ?
A quoi donc aboutit réellement le suffrage dit «universel»?
A faire opprimer des minorités par des majorités, sans aucune garantie que ces majorités aient pour elles la raison, et même(nous le montrerons plus loin) avec la certitude que ces majorités ne peuvent avoir pour elles la raison.
En résumé, le suffrage dit «universel» n'est pas le suffrage de tout le monde. C'est un trucqui peut servir à certains hommes (intrigants) pour opprimer d'autres hommes. Ce n'est pas tout.
II
Le suffrage dit universel est un moyen puissant d'endormir l'activité humaine
En effet, à partir de vingt et un ans, tous les quatre ans (c'est-à-dire une fois en 1460 ou 1461 jours), l'électeur vote (c'est-à-dire essaie d'opprimer ceux qui pensent autrement que lui). L'autorité, elle, fonctionne tous les jours, à tous les instants.
Suffrage universel signifie donc : 1 jour de droit à l'intrigue, 1459 ou 1460 jours d'abdication.
On voit que le suffrage universel est un puissant moyen d'endormir l'activité humaine. Il n'a rien de commun avec la souveraineté populaire, avec le droit d'être à tout moment aussi souverain qu'autrui. Il n'a rien de commun avec l'égalité.
III
Le système politique est absurde
Dans un pays où existe le régime parlementaire, les hommes déterminent les actes ordonnés, permis et défendus, c'est-à-dire la loi,de la façon suivante :
1° Nomination de délégués (députés, sénateurs, conseillers, etc.) Cette nomination équivaut à l'abdication totale de l'activité individuelle entre les mains des politiciens ;
2° Assemblée des politiciens qui émettent des appréciations et établissent des textes en votant sur ces appréciations ;
3° Imposition par la force de ces votes.
Ce système est absurde.
S'il y a véritablement des actes que les hommes doivent ordonner, permettre et défendre, il serait intéressant de déterminer ces actes par la logique. S'il n'y en a pas, les politiciens ne sont pas plus qualifiés que les autres hommes pour les déterminer.
Comment établit-on la vérité ? Comment détermine-t-on la science ?
Nomme-t-on à cet effet des délégués ? Ñ Non. Celui qui dégage la vérité n'a été délégué par personne. Souvent il n'a ni diplôme ni dignité. Ñ Vote-t-on en matière scientifique ? Ñ Non. Le vote ne prouve rien. Galilée était seul à dire que la terre tourne. Minorité, il avait pourtant raison contre la majorité. Ñ Impose-t-on la science par la force ? Ñ Non. On dit aux hommes : «La voici. Voilà les preuves. Vous vous imposerez à vous-mêmes ce que vous aurez reconnu juste.»
Au point de vue scientifique, la raisondes hommes est parfaite. Personne ne s'insurge contre la science, pas même les ignorants, parce que ces derniers savent qu'elle est vérifiée par ceux qui en sont capables et qu'eux-mêmes, s'ils s'en rendaient capables, pourraient la vérifier.
Au point de vue légal, la déraisondes hommes est parfaite. La loi déterminée d'une façon absurde, peut être inepte, vexatoire. Elle n'en est pas moins LA LOI, du moment qu'elle aura été votée et promulguée selon les règles absurdes admises.
Voilà le système politique. Étranger à la raison, il ne peut donner de résultats raisonnables. La politique, méthode illogique, ne peut servir à l'établissement de règles de conduite logiques.
C'est le fait de fous de vouloir, si ces règles existent, les déterminer et les imposer aux gens sensés autrement que par une méthode rationnelle.
IV
La loi est le droit du plus fort
Tout individu, arrêté à l'âge de raison, se trouve en présence d'une quantité innombrable de lois. S'il dit : «Ces lois faites sans moi, contre moi, me déplaisent.», on lui répond : «Observe-les d'abord ; tu pourras ensuite, quand l'occasion s'en présentera, user de tes droits de citoyen pour changer l'ordre social». S'il remarque : «Je suis pressé», on lui réplique : «Il ne faut pas être pressé. Ceux qui fabriquent les lois sont chargés par toi ou par tes adversaires d'agir en tes lieu et place. Fais de la politique.»
Or la politique aboutit à la confection de la loi et la loi n'est pas autre chose que l'acceptation par certains hommes (majorité) d'appréciations que contestent d'autres hommes (minorité).
Imposer des appréciations par la force, c'est tyranniser. La loi est l'oppression suprême, l'oppression légale, le droit du plus fort.
Les droits d'un homme ne peuvent dépendre de l'appréciation plus ou moins désintéressée d'autres hommes. Ces droits sont ou ne sont pas. S'ils sont, il convient de les déterminer par la logique et de les exercer au besoin, malgré la loi.
V
Tout électeur est conservateur
Puisque la politique aboutit à la confection de la loi, il est bon de montrer que la loi est vaine.
A la vérité il n'y a pas de loi, il ne peut y avoir de loi, la loi ne compte pas, ou plutôt, il n'y a qu'une seule loi, inscrite implicitement dans tous les codes : «Ne te fais pas pincer».
En effet, la Société ne punit pas ceux qui violent la loi, elle punit ceux qui se font pinceren violant la loi, ce qui n'est pas la même chose. Il n'est pas possible que celui qui viole la loi sans se faire pincer puisse être puni.
On est donc en droit de dire que la loi est une prime aux fourbes, qu'elle dit aux hommes : «Inutiles d'être loyaux, soyez malins. Tout aux retors, rien aux faibles, rien aux simples qui n'ont ni l'intelligence, ni la canaillerie nécessaires pour utiliser la loi à leur profit.»
Cela est si vrai qu'il y a des gens (avocats et magistrats) dont le métier officiel est d'essayer soit de tourner, soit de faire appliquer la loi, suivant les besoins de la cause.
En effet, toutes les fois que les hommes sont appelés à voter, cet appel peut être considéré comme la demande d'une signature pour la prolongation du prétendu contrat social. Le votant est un homme qui vient le jour où on le sonne comme un larbin, le jour où on le siffle comme un chien dressé à obéir, qui vient ce jour-là seulement, et pas les autres jours, cet homme qui vient quand l'autorité dit : «Le moment est arrivé de sanctionner une fois de plus et de faire marcher un système établi par d'autres et pour d'autres que toi. Le moment est arrivé de choisir ceux qui feront partie de ce système avec ou sans intention de le modifier, de choisir ceux, qui, pour contribuer au fonctionnement de la machine à broyer le faible, seront payés en argent, en influences, en privilèges, en honneurs. Le moment est arrivé d'écarter une fois de plus l'idée de révolte contre l'organisation qui t'exploite et d'obéir à l'autorité. Le moment est arrivé de voter, c'est-à-dire de faire un acte dont la signification est : «JE RECONNAIS LES LOIS».
Ne voit-on pas que la première signification de l'abstention électorale est celle-ci :
«JE NE RECONNAIS PAS LES LOIS. Je ne veux pas du régime que l'on m'impose et que l'on veut continuer à m'imposer.»
Il suit de là que tout électeur (qu'il se dise à juste titre monarchiste, ou à tort socialiste-révolutionnaire), est un conservateur, puisque le résultat de son vote est de contribuer à faire fonctionner le système en vigueur.
VI
Tout abstentionniste conscient est un révolutionnaire
Nous avons montré que la politique est un moyen puissant pour les privilégiés d'endormir l'activité des non-privilégiés. On dit aux hommes : «Mettez votre cervelle dans votre poche, vous l'en sortirez une fois de loin en loin pour voter, c'est-à-dire pour consolider l'autorité. Pendant que vous abdiquerez, l'autorité fonctionnera sans arrêt.»
Et l'on s'étonne que la révolution ne se fasse pas ! Il y aurait lieu de s'étonner que la révolution se fît avec un pareil système, avec un système antirévolutionnaire, avec un système conservateur.
La révolution se fera quand les hommes cesseront d'abdiquer leur activité.
La révolution se fera quand les hommes cesseront de déléguer leurs pouvoirs, quand ils cesseront de se nommer des maîtres, quand ils cesseront de permettre à des gens pareils à eux de dire : «Vous m'avez donné le droit d'agir pour vous».
L'autorité tombera le jour où les hommes cesseront de se l'imposer à eux-mêmes, le jour où ils cesseront de créer des catégories de privilégiés, de gouvernants, d'oppresseurs.
La révolution commencera au moment précis où les hommes abandonneront la politique.
Toutes les révolutions ont été des moments où les hommes ont abandonné la politique, où ils se sont occupés eux-mêmes de leur sort.
Tout homme qui abandonne la politique commence la révolution, car il reprend son activité abdiquée jusque là.
VII
Quelles seraient les conséquences de la grève électorale ?
Ces conséquences seraient les suivantes :
Déclaration de guerre au système établi et commencement des hostilités avec certitude de réussir à renverser ce régime.
En effet, refuser de voter dans les conditions indiquées plus haut, n'est pas un acte d'inertie, mais un acte de révolte. Les gouvernants comprendront que l'abstentionniste conscient n'est pas un indifférent, mais un révolté et que ce révolté ne peut pas ne pas agir.
En outre, l'abstention généralisée rendrait difficile l'exercice du gouvernement.
Quelle autorité aurait un individu élu par une petite portion des électeurs ? Quelle auotrité (autorité) auraient des assemblées d'individus délégués par des minorités ? Quelle autorité aurait le pouvoir exécutif élu par ces assemblées ?
Du moment que l'autorité pour fonctionner, éprouve le besoin de se faire justifier par le vote, on peut conclure qu'il y a une limitede suffrages au-dessous de laquelle L'AUTORITÉ EST DISQUALIFIÉE.
Et, tandis que l'on disqualifierait l'autorité, la masse prendrait conscience de sa force.
Revenons à notre point de départ. S'il est vrai que la Société actuelle dure parce que les non-privilégiés, les prolétaires se résignent, il importe que ceux-ci cessent de se résigner, il importe qu'ils se mettent en état de révolte, il importe que chacun de ceux qui veulent renverser la société se mette en état de révolte pour son propre compteet, comme les prolétaires sont de beaucoup les plus nombreux, la révolte généralisée rendrait le renversement CERTAIN.
Ce qui précède montre, je crois, l'importance de la grève électorale, prélude possible d'une révolution dont la forme moderne paraît être la grève générale.
La grève générale, ou, si l'on veut, la grève généralisée, apparaît comme une arme tellement puissante qu'à notre sens certaines grèves partielles prenant de l'extension (comme par exemple, la grève des contribuables et celle des locataires) suffiraient pour amener le bouleversement social.
Un mouvement de cette nature serait, non seulement étranger à la politique, mais encore dirigé contre la politique, c'est-à-dire contre le système dont résulte l'organisation autoritaire qui annule notre liberté.
Ajoutons que le bouleversement social ne peut être que le mouvement précédant l'établissement d'une société raisonnable. Il est facile de montrer que celle-ci pourra être établie, dès que suffisamment d'hommes auront compris qu'elle dépend uniquement du remplacement de la concurrencepar la camaraderie.
VIII
Objection : Si les révolutionnaires ne votent pas, on abandonne le pouvoir aux non-révolutionnaires
Remarquons que cette objection ne peut être faite par un révolutionnaire conscient, tout individu au pouvoir, même temporairement, ne pouvant être un révolutionnaire.
En effet, le but d'un révolutionnaire conscient est Ñ non la conquêteÑ mais la destructiondu pouvoir.
Peut-on espérer détruire le pouvoir en continuant à la faire fonctionner, en faisant acte de conservateur ?
L'électeur, avons-nous dit, est conservateur parce qu'il fabrique un rouage de l'autorité, le rouage essentiel sans lequel point d'autorité.
L'élu, qui est ce rouage, est nécessairement conservateur, étant portion agissante de l'autorité, étant l'autorité.
Même en supposant électeurs et élus désireux de détruire le pouvoir, le fait qu'il y ait des élus contribue Ñ non à détruire le pouvoir Ñ mais à la justifier.
En outre, vouloir imposer la liberté par l'autorité, paraît bizarre. La liberté et l'autorité, on l'a dit bien souvent, sont incompatibles à tel point que l'une augmente à mesure que l'autre diminue et réciproquement.
Jusqu'à présent toutes les sociétés ont été établies sur le principe d'autorité. Même ce qu'on dénomme à tort socialismeest une forme de ce principe. Déléguer ces pouvoirs à quelques-uns chargés de tout répartir au mieux de la collectivité (collectivisme),équivaut à l'abandon de ses droits. Les camarades répartiteurs seront des privilégiés, des gouvernants, des oppresseurs ; les autres seront des gouvernés, des exploités, des opprimés.
Nul ne pouvant admettre qu'on l'opprime, ne peut s'autoriser à opprimer autrui. L'individu logique arrive nécessairement à la conception du communisme libertaire,qu'on pourrait ainsi dénommer camaraderie intégrale.
Le vote, conduisant à l'autorité, il convient de lutter contre le vote et non d'y participer.
R É S U M É
Ñ Le suffrage universel est à tort appelé universel.Il n'est pas et ne peut être universel. Il ne peut donner satisfaction à personne.
Ñ Le suffrage dit «universel» est le moyen puissant d'endormir l'activité humaine. Le peuple, «prétendu souverain», est un esclave qu'on saoule avec des mots. L'électeur est un homme qui abdique et se donne des maîtres.
Ñ Le système politique est absurde. Procédant contrairement à toutes les règles de la logique, il ne peut donner des résultats raisonnables.
Ñ Ce système ne peut aboutir :
Qu'à l'oppression d'une certaine quantité d'hommes par d'autres hommes et non à la plus grande somme de liberté pour tous ;Qu'à l'organisation de la fourberie.

Ñ Tout électeur est un conservateur, puisque son vote fabrique l'autorité.
Ñ Tout abstentionniste conscient est un révolutionnaire puisque si personne ne votait, il n'y aurait pas d'autorité.
Ñ En votant, on ne peut espérer mettre des révolutionnaires au pouvoir, puisque le pouvoir ne peut être autre chose que conservateur. Il y a lieu, non de le conquérir, mais de détruire le pouvoir.
Ñ Il importe donc, pour tous ceux qui reconnaissent la société mal faite et désirent la changer :
1° De se débarrasser des préjugés qui, comme le préjugé politique, font d'un homme, malgré lui, un conservateur ;
2° D'étudier avec ceux qui croiront les connaître, les principes d'une société raisonnable, afin de devenir des révolutionnaires conscients ;
3° De ne pas se contenter d'être théoriquement des révolutionnaires conscients, mais de mettre en toute occasion leurs actes d'accord avec leurs idées.
 

Paraf-Javal

LECTEUR,Si tu as compris cette brochure, si tu veux la propager, apprends qu'une série de quatre brochures se composant :
1° Électeur, écoute,par Sébastien FAURE ;
2° La Grève des Électeurs,par O. MIRBEAU ;
3° Absurdité de la Politique;
4° Électeur, ne vote pas !
a été éditée par le Bureau Anti-Parlementaire au nombre de 200.000 exemplaires pour être distribués gratuitement. Tu peux coopérer à notre Ïuvre en t'adressant au bureau A.P., 69 boulevard de Belleville.



Émile Pouget
Le Muselage Universel
Almanach du Père Peinard, 1896.
Il paraît que nous sommes souverains.
Autrefois, c'étaient les rois qui avaient cette veine, aujourd'hui c'est le peuple.Seulement, il y a un distingo, qui n'est pas négligeable : les rois vivaient grassement de leur souveraineté, Ñ tandis que nous crevons de la nôtre.
Cette seule différence devrait nous suffire à nous fiche la puce à l'oreille et nous faire comprendre qu'on se fout de notre fiole.
Comment, c'est nous qui remplaçons les rois et s'il plaît à un sergot de nous passer à tabac, au garde-champêtre de nous coller un procès-verbal, à un patron de nous botter le cul, tout souverains que nous soyons, nous n'avons que le droit d'encaisser... et de dire merci !
Par exemple, si cette garce de souveraineté nous rapporte peau de balle et balai de crin, y en a d'autres à qui elle profite bougrement.
Au lieu de garder ce trésor sous globe, Ñ kif-kif une relique crétine, avec autant d'amour que si c'était trois poils de la Vierge, ou une des chaussettes de Jésus-Christ, on use de sa souveraineté... Mais on en use de la plus sale façon : on la délègue !
Et, voyez le truc miraculeux : cette souveraineté qui ne valait pas un pet de lapin quand elle était dans nos pattes, devient une source de gros bénefs pour ceux à qui nous la déléguons.
A vue de nez, il semble que ces oiseaux-là, Ñ nos représentants, Ñ devraient être nos larbins, nous obéir au doigt et à l'Ïil, n'en faire jamais qu'à notre guise, Ñ va te faire lanlaire !
Ces bons délégués nous font la nique et, bien loin d'accepter d'être nos larbins (ce en quoi ils n'ont pas tort, car il est toujours malpropre d'obéir), ils se posent en maîtres et nous donnent des ordres, Ñ ce qui est crapuleux !
Eux que nous avons tirés du milieu de nous ou d'à côté, sont désormais les vrais souverains ; tout doit plier sous leurs volontés : le populo n'est plus qu'un ramassis d'esclaves !
D'où vient ce changement à vue ? De ce que notre souveraineté n'est qu'une infecte roupie, une invention des jean-foutre de la haute pour continuer à nous tenir sous leur coupe.
Voici le truc : à force d'être plumé vif par les gouvernants de l'ancienne mode, rois et empereurs, le populo a fini par y trouver un cheveu et a commencé à ruer dans le brancard.
Quand les grosses légumes ont vu que ça prenait une vilaine tournure, ils ont biaisé et on dit aux rouspéteurs : «Vous avez raison de ne plus vouloir endurer des gouvernants de droit divin ; rois et empereurs sont des tigres altérés de sang, nous allons les foutre en l'air et le peuple prendra leur place : c'est lui qui gouvernera.»
Cette couillonnade avait des petits airs honnêtes qui empaumèrent le populo :
C'est lui qui allait être tout ! Quelle veine, bon sang ! C'est pour lors que ça ronflerait chouettement. Toutes les pourritures de l'ancien régime seraient foutues au rencard...
Tarata ! Quand on en vint à la pratique, ce fut le même tabac que l'ancien régime : les mêmes jean-foutre qui tenaient la queue de la poêle ont continué à gouverner sous le nom de république Ñ l'étiquette seule a changé.
Bien mieux, autrefois le peuple avait le droit de groumer, Ñ puisqu'il ne faisait qu'obéir. Tandis que, maintenant, il n'a même plus cette consolation : quand il veut protester, ses maîtres lui ferment le bec en lui disant : «Tais ta gueule, espèce de ronchonneur ! De quoi te plais-tu ? C'est toi qui as créé ce qui est. C'est dans ta puissante souveraneté que tu as voulu être esclave. Subis ton sort en patience : pose ta chique et fais le mort, Ñ sinon on te fusille !»
ÑOÑ
Y a pas à tortiller : cette vaste blague de la souveraineté populaire est tombée rudement à pic pour nous faire perdre le nord. Sans elle on serait arrivé à comprendre que le gouvernement est une mécanique dont tous les rouages fonctionnent dans le but de serrer la vis au populo ; puis, avec deux liards de réflexion, on aurait conclu que le meilleur usage qu'on puisse faire de cette affreuse machine, c'est de la foutre au rencard.
On en serait venu à conclure que pour avoir ses coudées franches, pour vivre sans emmerdements, faut se passer de gouvernement.
Tandis que, grâce à l'embistrouillage de la souveraineté populaire, on a eu un dada tout opposé : on a cherché, Ñ et des niguedouilles cherchent encore, Ñ à modifier la mécanique gouvernementale de façon à la rendre profitable au populo.
Comme d'autres se sont attelés à la découverte du mouvement perpétuel ou de la quadrature du cercle, certains se sont mis à la recherche d'un bon gouvernement. Les malheureux ont du temps à perdre ! Il serait en effet plus facile de dégotter la boule carrée ou de faire sortir des crocodiles d'un Ïuf de canard que de mettre la main sur un gouvernement qui ne fasse pas de mistoufles au pauvre monde.
ÑOÑ
Ah, les jean-foutre de la haute ont été rudement marioles, en nous sacrant souverains !
On est fiers de la chose. Ñ y a pourtant pas de quoi faire les farauds !
Quand on rumine un tantinet, ce que ce fourbi à la manque est rigouillard : y a pas pire trouducuterie.
Pour s'en convaincre, il s'agit de regarder de près le fonctionnement de cette sacrée mystification.
Et d'abord nous n'exerçons pas notre souveraineté à propos de bottes, quand l'envie nous vient. Ah, mais non ! Les dirigeants ont réglé ta chose, Ñ tellement que nous n'usons du fourbi qu'une fois tous les quatre ans.
Cette précaution est indispensable, paraît-il, pour nous empêcher de détériorer notre trésor : la souveraineté est un bibelot fragile, et comme le populo a les pattes gourdes, s'il la manipulait trop souvent, il la foutrait en miettes.
En ne le laissant s'en servir qu'une fois tous les quatre ans, pour renouveler la délégation aux députés, les grosses légumes n'ont pas le moindre avaro à craindre : une fois la comédie électorale jouée, ils ont de la brioche sur la planche pendant quatre ans et ils peuvent s'enfiler des pots de vin et toucher des chèques à gogo.
Voici comment s'opère l'exercice de la souveraineté.
Supposez que je sois votard :
Le dimanche que la gouvernance a choisi, à l'heure qu'elle a fixée (sans, naturellement me demander mon avis) je m'amène au bureau de vote.
Je défile entre une rangée de purotins qui s'emmerdent à vingt francs l'heure Ñ et malgré ça palpent juste trois francs pour leur journée. Ils ont du papier plein les pattes et m'en fourrent jusque dans mes chaussettes... qui sont russes, foutre ! car en ma qualité de votard, l'alliance russe, y a que ça de vrai !
Jusqu'ici tout votard que je sois, je ne suis pas plus souverain qu'un mouton qu'on écorche.
Attendez, ça va venir...
Dans la tripotée de bulletins dont les distributeurs m'ont farci, j'en pige un, que je roule en papillotte.
Pourquoi celui-là plutôt qu'un autre ?
Je n'en sais foutre rien ! Le coco dont le nom est dessus m'est inconnu ; je n'ai pas été aux réunions, ça me dégoûte ; je n'ai pas lu les affiches, elles sont trop cannulantes... quèque ça fait, j'ai confiance !
Mais, nom d'un foutre, ma souveraineté est toujours pucelle : j'en ai pas encore joui.
Quoique j'aie mon bulletin dans les pattes, tout prêt à être enfourné dans l'urne, je ne suis pas encore souverain ! Je ne suis qu'une belle pochetée que la gouvernance tient sous sa coupe, que les patrons exploitent ferme et que les sergots font circuler à coups de renfoncements quand il m'arrive d'être attroupé.
Ne désespérons pas ! je serai souverain.
J'avance... Enfin, mon tour arrive ! Je montre ma carte, Ñ car je suis en carte ; on ne peut pas être souverain sans être en carte.
Maintenant, j'ai des fourmis dans les doigts de pied : c'est sérieux, Ñ évidemment le moment psychologique approche, Ñ j'allonge la patte ; je tiens ma papillotte entre les deux doigts, le pouce et le chahuteur.
Eh là, reluquez ma tronche !
Quelle scie qu'il n'y ait pas un photographe...
Une... deusse... Je vais être souverain !
Juste à la seconde précise où j'ouvrirai mon pouce et mon chahuteur... juste au moment où la papillotte sera lâchée, j'userai de mes facultés de souverain.
Mais, à peine aurai-je lâché mon chiffon de papier que, bernique, y aura plus rien ! Ma souveraineté se sera évanouie.
Dès lors, me voilà redevenu ce que j'étais il y a deux secondes : une simple niguedouille, une grande pochetée, un votard cul-cul, un cracheur d'impôts.
Sur ce, la farce est jouée ! Tirons le rideau...
J'ai été réellement souverain une seconde ; je le serai le même laps de temps dans quatre ans d'ici.
Or, je ne commence à user de cette roupie souveraine qu'à l'âge raisonnable de 21 ans, Ñ c'est un acte si sérieux qu'il y aurait bougrement de danger à me le laisser accomplir plutôt, Ñ c'est les dirigeants qui le disent, et ils s'y connaissent !
Une supposition que je moisisse sur terre jusqu'à la centaine : le jour où j'avalerai mon tire-pied j'aurais donc quatre-vingt ans de souveraineté dans la peau, Ñ à raison d'une seconde tous les quatre ans, ça nous fait le total faramineux de vingt secondes...
Pour être large, - en tenant compte des ballotages, des élections municipales, des trouducuteries électorales qui pourraient se produire, Ñ mettons cinq minutes !
Ainsi, en cent ans d'âge, au grand maximum, en ne laissant passer aucune occase d'user de mes droits, sur mes quatre-vingts ans de souveraineté prétendue, j'aurai juste eu cinq minutes de souveraineté effective !
Hein, les bons bougres, voulez-vous m'indiquer une bourde plus gigantesque, une fumisterie plus carabinée, une couleuvre à avaler, plus grosse que le serpent boa de la souveraineté populaire ?
ÑOÑ
Mais foutre, c'est pas tout ! Y a pas que cette unique gnolerie dans le mic-mac électoral.
J'ai dit que, tout en me laissant bonne mesure ce sera rudement chique, si en cent ans d'existence, j'arrive à jouir de cinq minutes de souveraineté effective.
Ecore faut-il pour que je ne sois pas trop volé, que ma souveraineté vienne à terme et ne soit pas une fausse couche.
Or, ça me pend au nez !
Me voici, sortant de poser mon papier torcheculatif dans la tinette électorale. J'ai fait «acte de citoyen» ! Mais cet «acte» ne va-t-il pas tourner en eau de boudin ?
Mon papier va-t-il servir à quelque chose ?
J'attends l'épluchage des torche-culs...
J'apprends le résultat...
Zut, pas de veine, je suis dans le dos ! L'apprenti bouffe-galette pour qui j'ai voté remporte une veste. Je suis donc blousé, dans les grands prix !
Ma souveraineté a foiré. J'aurais aussi bien fait d'aller soiffer un demi-stroc chez le bistrot. Ça m'eût fait d'avantage de profit.
Ce qui peut me consoler un brin, c'est que l'épicemar du coin, qui a eu le nez plus creux que bibi et qui a voté pour le bon candidat Ñ c'est-à-dire pour celui qui a décroché la timballe, Ñ est logé à si piètre enseigne que moi.
En effet, à l'Aquarium, son bouffe-galette s'aligne de telle sorte que, chaque fois qu'il vote, il est toujours dans la minorité.
Donc, mon épicemar est volé lui aussi ; sa souveraineté est comme la mienne, Ñ elle ne vaut pas tripette !
Ainsi, c'est net : je vote pour un candidat blackboulé.
C'est comme si je n'avais pas voté.
Mon voisin vote pour un candidat qui se range dans la minorité.
C'est encore comme s'il n'avait pas voté !...
Et si, au lieu d'être un votard grincheux, j'avais suivi le troupeau des moutons bêlants qui ont voté pour le bidard de la majorité ?
Eh bien, je n'en aurais pas eu un radis de plus en poche ! J'aurais tout simplement la triste satisfaction de me dire que j'ai donné un coup d'épaule à un chéquard.
Dans tous ces arias, que devient ma souveraineté ?
Elle ne devient rien, mille tonnerres ! Elle reste ce qu'elle a toujours été, de la roustamponne : un attrape-nigaud, un piège à prolos, Ñ et rien de plus, nom d'une pipe !
ÑOÑ
Comme fiche de consolation, les grosses légumes veulent nous faire gober qu'un tel fourbi a pour résultat de mettre le gouvernement dans les pattes de la majorité.
Ça, c'est encore une menterie faramineuse !
Ce n'est jamais la majorité qui gouverne. Ce serait elle que nous n'en serions pas plus heureux pour ça, attendu que tous les mic-macs gouvernementaux ne sont que des fumisteries d'escamotage : quoiqu'il en soit, je le répète : ce n'est jamais la majorité qui tient la queue de la poêle.
C'est toujours une majorité de crapules qui s'est accrochée à nos flancs Ñ et qui s'y maintient grâce à la gnolerie du populo.
D'ailleurs pour bien se rendre compte que cette racaille n'a rien de commun avec la majorité, y a qu'à éplucher par le menu la distribution des bouffe-galette à l'Aquarium.
ÑOÑ
Supposons que la population de la France, qui est, à vue de nez, d'une quarantaine de millions, soit tassée sur une surface grande comme une page de mon almanach.
Or, il y a juste dix millions d'électeurs sur ces quarante millions d'habitants.
Pourquoi 10 millions et non pas 12 ou 18 ? Pourquoi ne commence-t-on à voter qu'à 21 ans ? Pourquoi les femmes ne sont-elles pas électeurs ? Pourquoi faut-il que les bons bougres aient des quittances de loyer pour être inscrits ? Pourquoi les soldats ne votent-ils pas ?
Ça, Ñ ainsi que bien d'autres contradictions, Ñ personne n'a jamais pu les expliquer, c'est la bouteille à l'encre !
Donc, y a dans toute la France que dix millions d'électeurs.
Supposons que ces couillons-là poussent en carré, kif-kif les asperges, et pour les classer prenons les chiffres de la foire électorale de 1893. Ils occuperont juste le quart de la page, soit le carré ci-dessous :
Reluquez ça, les camaros, et en un clin d'Ïil vous aurez constaté que c'est la minorité qui fait la pluie et le beau temps.
Le carré des abstentionnistes fait à lui seul le tiers des électeurs ; vient à côté le carré des votards dont les candidats n'ont pas décroché la timballe, Ñ ils sont 2.458.000. Ces deux carrés réunis font plus de la moitié : ceux-là se passent de députés.
Viennent ensuite les carrés des élus : celui des socialistes est le plus maigre ; celui des réacs le suit, puis celui des radicaux. Faisant la loi à tous ceux-là nous tombons ensuite dans le trou à fumier des opportunards et des ralliés : c'est eux les plus forts, et c'est eux qui gouvernent... et ils ne sont pas le quart des votards.
Et encore, foutre, faut-il pas crier trop haut qu'ils gouvernent ! Les 300 bouffe-galette qui représentent ces 2. 300.000 votards ont en effet à balancer les 270 birbes des diverses oppositions. Seulement, y a de tels mic-macs à l'Aquarium que la plupart du temps, les députés se fichent de l'opinion de leurs électeurs autant qu'un poisson d'une pomme.
Ils votent suivant les ordres d'un ministre ou les ordres d'un distributeur de chèques. De sorte que ces 2.300.000 andouilles qui ont voté pour des bouffe-galette de la majorité, n'ont Ñ même pas eux ! Ñ la veine d'être représentés selon leur cÏur.
En dernier ressort, c'est une douzaine de crapules qui gouvernent la France : des ministres comme Rouvier, Bailhaut ou Dupuy, des distributeurs dec chèques comme Arton ou des banquiers comme Rothschild.
ÑOÑ
Quant à espérer s'enquiller dans la mécanique gouvernementale, de manière à se rendre utile au populo, c'est un rêve de maboules et d'ambitieux.
C'est un sale truc que de se foutre tout rond dans un marécage pestilentiel pour se guérir des fièvres. C'est comme Gribouille qui se fichait à la Seine pour ne pas se mouiller.
D'ailleurs, on a été assez salement échaudés par des bouffe-galette qui parlaient au nom du peuple pour être guéris de la maladie votarde.
De tous les types qui avaient du poil au ventre, alors qu'ils étaient au milieu du populo, combien y en a-t-il qui, une fois élus députés, sont restés propres ?
Tolain, Nadaud, Basly et un tas d'autres ont retourné leurs vestes.
Quant à ceux qui ne se sont pas pourris complètement, ils ont pris du ventre et se sont bougrement ramollis.
Le plus chouette est de se tenir à l'écart, de faire le vide autour des tinettes électorales.
Puisqu'on nous serine que nous sommes souverains, Ñ gardons notre souveraineté dans notre poche, ne soyons plus assez cruches pour la déléguer.
C'est pour le coup que les grosses légumes feraient une sale bobine !
Ne pouvant plus se réclamer du populo, tout leur pêterait dans les mains ; les rouages gouvernenemtaux n'étant plus graissés par l'impôt se rouilleraient, et en peu de temps la mécanique autoritaire se déclancherait et ne fonctionnerait plus.
Ce serait pour le populo le commencement d'une riche saison de bien-être !



Émile Pouget


Alternative libertaire
Présidentielles de 2002...
LETTRE OUVERTE
A celles et ceux qui vont s'abstenir, voter nul ou blanc
Et qui veulent qu'une alternative s'exprime... 

Les présidentielles de 2002 s'annoncent comme un marché de dupes où les deux  termes de l'alternance "proposée", Chirac ou Jospin, ne sont que les deux  faces d'une même logique, tandis qu'en guise de troisième homme on ne sait  qui l'emportera, du néofascite Le Pen ou du néoboulangiste Chevènement. C'est peu dire qu'il existe une profonde contradiction entre les aspirations  à plus de justice sociale, de liberté, de démocratie, exprimées ces  dernières années par les mouvements sociaux, et les politiques  gouvernementales, les politiques passées comme celle qui suivra les  élections de 2002, quelle qu'en soit l'issue.
 Un nombre important de citoyens vont s'abstenir, voter nul ou blanc, confirmant une nouvelle fois un rejet massif des institutions dites "représentatives" et des politiques menées depuis des décennies par tous les  gouvernements, de gauche comme de droite, politiques menées au profit des  plus puissants, au profit des classes possédantes et dirigeantes. La  question que nous voulons poser à l'aide de cette lettre ouverte est la  suivante : Comment permettre une expression publique à ce large "Front du  refus de vote", en portant un contenu positif, un contenu politique au sens  le plus noble du terme, un message de lutte et de transformation sociale ?

En effet nous ne voyons aucun espace institutionnel ni aucune candidature  susceptible d'exprimer significativement les aspirations portées par les mouvements sociaux, et les contestations du nouvel ordre mondial, libéral,  capitaliste et guerrier. Ce n'est évidement pas le cas des candidats de  droite, ni des odieux rivaux de l'extrême droite.  Mais ce n'est pas non plus le cas de la gauche gouvernementale. Cette gauche ne souffre pas, à proprement parler, d'un "déficit de projet". Elle a bien un projet... mais
il est inavouable. C'est celui de se maintenir au pouvoir en continuant sa  gestion du capitalisme.  Bilan positif, si l'on se place du point de vue des  profits. Bilan désastreux pour les travailleurs, les précaires et les  chômeurs, les jeunes, les femmes, les immigrés. Désastreux aussi en terme de santé publique et d'environnement (OGM, nucléaire, risques industriels...). Désastreux du point des vue des libertés, tandis que les militants des mouvements sociaux sont de plus en plus systématiquement criminalisés, tandis que s'imposent des politiques de plus en plus répressives dirigées  notamment contre les couches les plus pauvres et les plus exploitées de la société. Bilan désastreux également en ceci que le gouvernement s'inscrit  dans le sillage libéral de l'Union européenne et qu'il se soumet aux  exigences du FMI, de la Banque mondiale, de l'OMC, et finalement de l'Empire  américain.

Le Parti socialiste domine la "gauche plurielle", mais ni le Parti Communiste ni les Verts ne s'affirment en rupture avec cette politique, que  finalement ils soutiennent et cautionnent. Chevènement cumule les travers de  la droite et ceux de la gauche gestionnaire, et présente de graves dangers de  dérives nationalistes, populistes, autoritaires. Quant à la seule des  candidatures d'extrême-gauche vraiment "significative" sur le terrain  électoral, celle d'Arlette Laguiller, elle permettra sans doute l'expression  d'une partie du mécontentement populaire, mais ce sera finalement au profit d'un bolchevisme obtus, liberticide, et souvent réactionnaire en ce qui  concerne les modes de vie (qu'en est-il des positions homophobes de Lutte Ouvrière ?). Un bolchevisme pour qui les bons prolétaires et les bons  mouvements sociaux sont ceux qui se soumettent au "Parti révolutionnaire" et à sa direction nécessairement éclairée...

En conséquence les militant(e)s d'Alternative libertaire se sont prononcé(e)s pour l'Abstention. Au regard de la situation politique présente, et non pas par on ne sait quel réflexe "anarcho-pavlovien", puisque l'AL, tout en portant une critique radicale des institutions étatiques, admet la possibilité de ne pas toujours s'abstenir, et même de voter dans certaines circonstances, notamment lorsque l'extrême-droite risque d'occuper des positions de pouvoir.

Nous concevons parfaitement que le "refus de vote" puisse aussi s'exprimer  par d'autres voies, le vote nul ou blanc par exemple... Ce que nous  proposons c'est d'initier une campagne commune durant les Présidentielles,  permettant à de larges secteurs de la population d'exprimer politiquement  leur révolte. Campagne qui dresserait le bilan critique des gauches et des droites gestionnaires. Campagne également dirigée contre l'extrême-droite,  qui entend profiter des présidentielles pour relever son mufle hideux. Contre le MEDEF, qui veut lui aussi mener une campagne politique  "extraparlementaire", mais pour radicaliser encore plus les politiques gouvernementales dans la direction de son propre projet de société, antidémocratique et inégalitaire. Nous proposons une campagne commune qui oppose aux manipulations démagogiques  autour du thème de l'insécurité" la  dénonciation des véritables causes de l'insécurité sociale. Une campagne contre la pénalisation de la pauvreté et la criminalisation des mouvements  sociaux. Et pour des Droits nouveaux, pour l'abrogation de toutes les lois  anti-immigrés et de double-peine, la régularisation de tous les sans-papier,  et le Droit inaliénable, pour toutes et tous, de circuler et de s'installer librement. Une campagne qui mette à nouveau en pleine lumière les exigences
des "sans" : sans ou mal logés, chômeurs et précaires, sans papiers, sans revenu... sans pouvoir. Une campagne nationale d'opinion,ouvrant le débat autour d'alternatives de société, pour une redistribution massive des richesses, une démocratie autogestionnaire, une autre société, un autre monde.

Cette campagne commune pourrait se trouver un mot d'ordre identifiant, tel  que "Refus de vote", "ça suffit", ou tout autre. Elle serait portée par un  collectif de "citoyens militants" plutôt que par des organisations déjà constituées, et serait librement déclinable localement. Nous ne voulons pas  la "prédéterminer" plus en détail, mais nous invitons toutes celles et ceux  que l'idée séduit à nous contacter le plus vite possible, afin que se  réunisse dans les plus brefs délais une première Assemblée...


Alternative libertaire
13 février 2002




Germinal
Vote si tu veux, mais écoute!
In Confrontationsn°1 — 1991 
http://www.rebellion.ch/textes/conf11vote.html

 
La lecture du bilan des dernières élections cantonales genevoises rédigé par un militant d'une des trois composantes de l'Alliance de Gauche de ce canton, les tentatives et les contre-feux pour en créer une en pays de Vaud, le suivi de quelques débats électoraux en terre lausannoise, m'ont donné envie d'écrire ceci: L'abstentionnisnne en matière d'élections et davantage encore en matière de votations n'a jamais été compris et valorisé par nous comme une position essentiellement radicale, critique, contestatrice. Certes, voter c'est déléguer mais c'est aussi s'engager, prendre parti. Ces deux dimensions doivent être prises en compte dans leur interaction quand on veut développer une politique qui veut faire reculer la délégation au profit de l'auto-organisation et faire transcroître chaque engagement, chaque antagonisme en action directe, en autonomie, contre le système.
La politique institutionnelle, enfermement du politique
Ceci étant dit, il est tout aussi important de rappeler que la compétition électorale, dont le débouché fatal demeure l'instance étatique législative ou gouvernementale, suppose l'enfermement de la politique dans la gestion du possible, tel que prescrit par le système et le réseau de pouvoirs qui  le structurent. L'élection renvoie à la division entre exécutantEs-votantEs et dirigeantEs-éluEs, entre celles et ceux qui ne savent pas et ne peuvent pas et celles et ceux qui peuvent et qui savent.
Beaucoup de gens, qui se battent et résistent, voient l'essentiel de la solution aux problèmes qu'ils recentrent dans une présence accrue de la gauche au pouvoir. Beaucoup de militantEs, hier encore fans de la prise du Palais d'Hiver ou groopies de la Longue Marche, expliquent à longueur de bilan que les gens ne comprendraient pas que les forces et les espoirs représentés par la gauche qui résiste soient absents de la bataille  électorale. L'important, camarades, ce n'est pas que la gauche aille au pouvoir ou y participe mais que les gens prennent du pouvoir. Telle doit être la mesure et la direction de toute action qui veut combattre et changer le système.
Pour nous, les élections sont une représentation faussée d'une réalité sociale très différente des médiations et des rites institutionnels. Elles sont importantes pour les classes dominantes et les appareils d'Etat dans la mesure où les dynamiques sociales, la confrontation entre capital et travail, les luttes contre la domination, peuvent par leur biais être mieux circonscrites, limitées au cadre de la "gouvernabilité" du système. Elles masquent le pouvoir de fait: un Etat autoritaire, coercitif, défenseur des intérêts d'un petit nombre de gens forts contre les besoins de la majorité, des gens faibles.
Les rapports de forces entre domineras et dominés ne se décident pas sur le terrain électoral. On n'a jamais pu repousser les politiques et régression sociale et les attaques liberticides grâce à une bonne majorité parlementaire ou à un gouvernement de "gauche". Il suffit de jeter un petit coup d'œil autour de soi pour s'en apercevoir. Hélas, les camarades qui détiennent aujourd'hui les clés du "réalisme" (comme ils détenaient hier celle du socialisme "scientifique") ont quelques problèmes à regarder sinon à voir.
La gauche-gauche
Parlons un peu de la gauche. Non pas de la gauche d'État, vilaine, social-démocrate et majoritaire. Non, traitons de la gauche-gauche, celle qui résiste au système. Elle se trouve confrontée à une évolution autoritaire, anti-populaire, très fortement répressive, de la société. Les services publics sont démantelés, les conditions de vie se détériorent, la précarité croît. Or, dans sa grande majorité (il y a certes des exceptions significatives), notre gauche-gauche livre des combats sur le terrain syndical et social mais elle continue d'être dominée par une logique partidaire, auto-référentielle, captive dans sa centralité du terrain parlementaire et institutionnel. En ce sens, une bonne partie de son action est fonctionnelle à la reproduction du système, recupérée et détournée par lui. Les appels à voter, à participer se heurtent à la charge de dépossession, d'atomisation, de précarisation que vivent tes gens. Paradoxalement, le déficit d'autonomie, d'action directe et d'auto-organisation finit par tuer la politique délégative elle-même. La distance entre la classe politique et le peuple se lit à chaque consultation. ChacunE, dans la gauche-gauche, pourrait se demander quelle est la qualité du lien entre le discours politique, "compétent", recherchant et sollicitant la délégation, et la vie de celles et ceux qui sont sans emploi, qui se sentent excluEs, et qui le sont, qui se ressentent sans pouvoir et n'en ont pas. Qui n'ont aucun pouvoir même sur celles et ceux qu'ils pourraient contribuer à faire élire.
Et quand des camarades sont éluEs quelque part (des camarades, honnêtes, moralement droitEs, conséquentEs, combatifs-ves) que se passe-t-il? Le mécanisme de la logique institutionnelle-bureaucratique, mine et avilit les meilleures intentions, les plus beaux projets, les plus fortes déclarations pré-électorales. EnferméEs dans un parlement dominé par la droite et la gauche d'Etat, prisonniers des pouvoirs du système (du Capital à la grande et intouchable bureaucratie étatique, avec leurs appareils, leurs réseaux, leurs relais, leurs hommes et leurs femmes de main), ils se dessèchent et s'usent. Rares sont celles et ceux qui maintiennent une position subversive et résistent à la longue marche à travers la raison d'État.
Une action politique depuis le bas
L'abstention n'est pas en elle-même une attitude radicale, contestatrice, rebelle, nous l'avons dit. Elle n'est même pas toujours une protestation contre ce qui est. On pourrait ajouter qu'elle peut être souvent le signe d'une totale conformité avec le système, avec l'essence du système: le pouvoir séparé de la société, la division irréductible entre dirigeantEs et exécutantEs. Il n'en reste pas moins que l'abstention énonce au ssi un grand dégoût face à la Politique du système, face à la "gouvernabilité" comme horizon exclusif de l'action politique. Il y a aussi des gens qui pensent que la lutte des partis pour se partager du pouvoir (c'est-à-dire du fric, des postes, des privilèges) n'est en rien une manifestation concrète de démocratie, une occasion de construire une démocratie vraie.
 Nous, libertaires, travaillons à subvertir le terrain de la politique délégative. Nous croyons qu'on ne peut déléguer aux politiciens la solution et la gestion de toutes les problématiques vitales sur le plan social (travail, situé, formation, égalité, sécurité sociale, droit à la dignité et à l'autonomie). Il faut au contraire relancer depuis le bas la question sociale, c'est-à-dire la réappropriation directe de nos besoins et de leur défense.
Les exigences vitales de chaque être humain ne seront pas défendues en mettant la priorité sur l'élections de quelques députés de plus mais en renforçant depuis le bas une action politique quotidienne. Sensibiliser et intensifier parmi les gens une volonté de participer vraiment à des expériences et à des luttes, rechercher des solutions meilleures pour les problèmes individuels et collectifs, imposer aux "expertEs" et aux "administrateurs" une gestion et une législation différente, à partir de notre action et de notre contrôle, de notre imagination et de nos savoirs, c'est là le vrai terrain des volontés sociales fortes. C'est là le cœur d'une démocratie authentique. C'est là qu'il faut construire la gauche. Enfin, la gauche-gauche.



Germinal 

Collectif libertaire de Tours
ABSTENSION :
CONSTRUISONS, DANS LES LUTTES,
UNE ALTERNATIVE SOCIALE !

 LE PERSONNEL POLITIQUE CHANGE MAIS LA POLITIQUE RESTE LA MEME...
Au soir du deuxième tour des présidentielles, quelque soit le vainqueur, nous  aurons la gueule de bois... Quelle différence entre Chirac ou Jospin ??? Cela  fait une vingtaine d'années que les partis de gauche et de droite  alternent... dans la continuité des politiques mises en œuvre... Le consensus  entre la droite et la gauche n'est plus à démontrer. Sur les thèmes  fondamentaux (Europe, immigration, sécuritaire, social, services publics,  précarisation, misère.), il devient de plus en plus difficile d'obtenir des  débats contradictoires entre les leaders des différents partis appelés à  occuper les postes de pouvoir... Au lieu de débats politiques, nous assistons  aux déballages d'affaires, toutes plus sordides les unes que les autres… Les  contribuables seront, bien sûr, appelés à les régler financièrement !!! 
NI RECETTES MIRACLES, NI SALADES PERIMEES
Bien sûr, une kyrielle de candidat(e)s, comme Laguiller et consorts, sont là  pour nous exposer leurs solutions miracles, mais qui n'auront aucun effet et  resteront des vœux pieux. Ils rassembleront les électeurs protestataires qui,  certes, en ont marre de cette gabegie, mais continueront à vivre leurs dépits.Au milieu de ce marais, il y a "les républicains" prônant un retour vers un  passé mythifié, un paradis perdu !!! Les plus connus étant Chevènement et  Pasqua... Ils nous promettent un retour d'un Etat fort, bien répressif à  l'égard des “sauvageons”... au nom d'une République agissant pour l’égalité  de tous les citoyens... C'est un peu vite oublier l'histoire... Avons-nous  connu une société égalitaire dans le cadre républicain ? L'exploitation, la  domination, les inégalités n'ont jamais disparu. Comme tout pouvoir politique  institué, l'Etat-nation n'a cédé des droits qu'en fonction du rapport de  forces instauré par les mobilisations populaires et du danger qu'elles  peuvent représenter pour la continuité du capitalisme...
En outre, les marchés et les multinationales acquièrent de plus en plus de  puissance, limitant à la portion congrue la réalité du pouvoir que détiennent  les Etats. Ceux-ci ne peuvent plus déterminer ni contrôler les politiques  monétaires (la preuve est dans votre poche : l'Euro !), industrielles,  sociales. C'est toujours plus de liberté pour les transactions financières, y  compris de blanchiment d'argent, pour les capitaux, pour les marchandises, produites de manière irrationnelle, toujours plus loin des lieux où elles seront consommées. Les marchés sont autonomes et imposent leur diktat... Si une certaine politique sociale ne leur plaît pas, la bourse s'effondre... Une restructuration avec des milliers de perte d'emploi leur plaît, alors la bourse monte en flèche. Les crises qu'ont connu, le Mexique (1994), le Japon et le sud-est asiatique (1998) et maintenant l'Argentine, nous le démontre et les victimes sont les populations...
Et, c'est toujours moins de libertés pour les populations, pour les groupes sociaux dominés !

LA DEMOCRATIE OCCIDENTALE : UN LEURRE...
La démocratie est le gouvernement du peuple par le peuple. Notre forme de  démocratie actuelle est une démocratie représentative : les gouvernements sont élus sur la base de "programmes" proposés à leurs électeurs, programmes sur lesquels ils sont censés rendre des comptes... Cette délégation de pouvoir que nous leur donnons, pour plusieurs années, nous fait perdre tout contrôle sur les politiques menées ici et en Europe. Ainsi le champ est libre, pour les multinationales, d'imposer à la Commission européenne, des décisions renforçant l'exploitation, la marchandisation du vivant (OGM, clonage...) et des rapports sociaux... au détriment des droits sociaux et fondamentaux... Les manifestations d'opposant(e)s (Nice, Gènes, Bruxelles...), quelque soit leur nombre, n'ont aucune chance, eux, d'être entendus par les exécutants politiques...

Une voie sans issue : L’INDIVIDU
En s'appuyant sur l'idéologie de l'insécurité (thème principal de la campagne...), le pouvoir actuel maintient et développe le sentiment d’impuissance, qui engendre la haine, la tristesse ou la résignation.Stratégie logique car le capitalisme ne peut exister sans séparer, diviser (Français/ étranger, exclusion/intégration, sans domicile fixe/propriétaires, ville/campagne, cadre/employé, diplômé/non diplômé, homme/femme…). Et la séparation triomphe lorsque, petit à petit, les gens, les peuples, les nations vivent dans l'obsession de l'insécurité. Ne pouvant rien faire par nous-mêmes, on nous explique que le vote va tout régler !!!  Mais le vote est justement un des outils de notre asservissement...
Ainsi, nous vivons dans la certitude que la complexité de la vie est telle que la seule chose que nous puissions faire, et si nous ne voulons pas l'augmenter, c’est de nous soumettre à la discipline de l'économisme, de l'intérêt et de l'égoïsme. Cette impuissance sociale et individuelle nous persuade que nous n'avons plus les moyens de vivre une véritable vie et dès lors, nous nous soumettons à l'ordre et à la discipline de la survie. Le pouvoir a besoin de créer cette illusion idéologique parce qu'alors chacun de nous s'isole dans son petit monde, virtuel et inquiétant. Plus on est impuissant, plus notre vie devient  personnelle, individualiste.
L'insécurité et la violence sont réelles, mais seulement dans la mesure où nous l'acceptons, c'est-à-dire où nous acceptons cette illusion qui nous fait croire que nous sommes, chacun, un individu isolé du reste et des autres. La nature, les êtres vivants et le monde seraient des "utilisables" et chacun de nous, le protagoniste central et unique de nos vies. Mais l'individu n'est qu'une fiction, une étiquette, une case dans laquelle nous nous mettons virtuellement. Et la télévision nous envoie des informations sur lesquelles nous n’avons  aucune prise ou des nouvelles de nos propres vies... ce qu’on doit penser, acheter, faire pour se conformer à notre étiquette.
Se demander, alors, comment on peut responsabiliser les individus, créer du lien entre eux, faire qu’ils se sentent concernés par ce qui se passe, est une voie sans issue... nous sommes tous des multiplicites !!!
Refusons les étiquettes sociales de profession, de nationalité, d'état civil, la répartition entre chômeurs, travailleurs, handicapés, vieux, jeunes etc., derrière lesquelles le pouvoir tente d'uniformiser et d'écraser la multiplicité qu'est chacun de nous. Par exemple, les « chômeurs », en  tant que tels, n’existent pas. Nous ne serons jamais uniquement chômeurs, travailleurs, habitants, usagers, consommateurs… Au contraire, nous pouvons être tout cela à la fois. Cela dépend de notre volonté, de la vie. Nous sommes des multiplicités mêlées et liées à d'autres multiplicités. C'est pour cela que le lien social n'est pas quelque chose à construire mais plutôt quelque chose à assumer.

LA RESISTANCE ALTERNATIVE IMPLIQUE DE FAIRE EXISTER LE MULTIPLE
DES HOMMES, DES FEMMES, DE LA NATURE...
Il est certain que nous n'irons pas participer à la farce électorale mais notre anti-électoralisme ne signifie pas une indifférence devant les élections. Bien au contraire, car l'électoralisme agit à l'encontre des luttes sociales, à l'encontre des capacités de leurs acteurs à élaborer un contenu et une stratégie anticapitaliste, élément d'un projet alternatif de société. L'autogestion des luttes aujourd'hui, c'est apprendre ensemble à vivre l'autogestion ; c'est construire ensemble un autre futur ! Si nous voulons transformer nos conditions d'existence, il faut aussi déterminer les finalités de l'organisation sociale. Cela suppose de détruire l'autonomie du pouvoir : il doit être à l'intérieur de la société et non plus à l'extérieur comme actuellement (parlement, gouvernement.). Il faut donc avoir pleinement conscience du pourquoi nous  vivons de telle ou telle manière, comprendre la réalité que nous subissons pour agir effectivement sur elle et la révolutionner. On ne pourra détruire cette autonomie qu'en en finissant avec l'éclatement de l'individu ; celui-ci doit retrouver sa globalité !La véritable résistance passe par la création, ici et maintenant, de liens, de solidarités et de formes alternatives par des collectifs, groupes et personnes qui, au travers de pratiques concrètes, dépassent le capitalisme et la réaction. C’est pourquoi nous agissons dans de nouvelles formes d'organisation sociale fondées sur nos aspirations politiques et sociales, nos désirs, nos besoins.
Nous luttons pour une société autogestionnaire, solidaire et égalitaire, mettant fin à l'exploitation, la domination.
Dans notre quotidien, dans nos luttes, dans des collectifs, des initiatives multiples en réseau, dans l’hexagone et au niveau international, nous mettons en pratique ces valeurs au travers de :
? l'engagement direct dans la lutte en ne déléguant pas la concrétisation de l'action, en se donnant pour objectif d'obtenir satisfaction par la mobilisation et le rapport de force créé ;
? la pratique de la démocratie directe permettant une élaboration collective afin de connaître et maîtriser ses conditions d'existence: prendre ses affaires en mains !!!
? une autre conception de l'être humain, débattant démocratiquement et agissant directement sur son quotidien, devenant ainsil'acteur d'une politique maîtrisée collectivement et de solidarité horizontale.
Vote ou pas vote,
continuons de construire une alternative sociale !
Se reapproprier la politique pour se réapproprier la vie
et redonner de la couleur à notre present et avenir !


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