vendredi 27 juin 2014

ACTION DIRECTE deuxieme partie


El bolo
Des ruines du développement, naît la révolte

Revue Ruptures, Québec 
Nov 2001

À Montréal, Québec, Sherbrooke, Trois-Rivières, Granby, des groupes s'organisent afin de résister au système capitaliste et à l'État. À Toronto et dans plusieurs autres villes ontariennes, l'OCAP, l'Ontario Coalition Against Poverty, continue la lutte au gouvernement conservateur de Mike Harris, à la croisade dirigée par la bourgeoisie contre les autochtones, les pauvres, les travailleurs et travailleuses. Pour en finir pour de bon avec ce système injuste, destructeur et inhumain, il importe de créer un mouvement révolutionnaire, de s'organiser entre nous, de reprendre le contrôle sur nos vies. Il faut non simplement s'organiser dans une perspective de lutte, de négation même de l'autorité, mais également pour arriver à l'autogestion, à la mise en commun des modes de production et des fruits du travail, tant dans les villes que dans les campagnes. Or, on ne parle guère à savoir comment, dans les milieux ruraux, les gens s'organisent pour résister aux assauts de l'agro-business, à la destruction des campagnes et des forêts au nom du profit.Pourtant, la lutte révolutionnaire ne devrait pas se concentrer qu'aux seuls milieux urbains et industrialisés. L'idéal libertaire doit aussi gagner la campagne afin que la révolution ne soit pas que le fait des ouvriers et ouvrières mais aussi des paysans et paysannes. La révolution sociale ne saurait perdurer sans l'apport des communautés rurales, sans la reprise de la terre par ceux et celles qui la travaillent. Historiquement, nombreuses ont été les révolutions qui ont pris naissance en ville pour ensuite gagner la campagne. Les grands changements sociaux de l'histoire ont toujours été accompagnés de réformes agraires, conditionnant nos rapports avec la nature et nos modes de vie. Dans les périodes tumultueuses, il y a eu au sein de la paysannerie, des gens prêts à s'organiser entre eux pour supprimer les privilèges des seigneurs et abattre les structures sociales hiérachisées, sources de leur misère. On peut citer en exemple les révolutions russe et espagnole, dont les idées ont su parcourir les campagnes entraînant le soulèvement des paysans et paysannes exploitéEs.
Toutefois, d'autres mouvements révolutionnaires ont pris naissance dans les campagnes, pour ensuite gagner les centres urbains. Bon nombre des révolutions d'Amérique latine et d'Asie du Sud-Est ont été le fait de paysanNEs et de quelques intellectuels guerilleros. Le 1er janvier 1994, au Chiapas, un mouvement insurrectionnel, principalement composé de paysanNEs indigènes, sortit du maquis et s'empara de plusieurs villes de cet État du sud du Mexique. L'armée zapatiste, l'EZLN, pris les armes contre les classes dirigeantes qui, depuis la colonisation européenne de l'Amérique, mènent une guerre sans merci contre les communautés mayas, zapotèques et autres (1).  Les zapatistes et d'autres organisations paysannes indigènes revendiquent le droit à l'autodétermination, à l'autogestion de la terre et de leurs communautés. La reconnaissance même de ces droits fait obstacle aux projets de développement du président Fox, aux intérêts des propriétaires fonciers et des multinationales américaines (complexes pétrolier, minier et agro-industriel).
Les Accords de San Andrés, entre l'EZLN et le Gouvernement mexicain, ont depuis été abandonnés (2).  Le 18 juillet 2001, le Congrès mexicain a ratifié la Loi indigène, qui "assujettit désormais l'exercice des coutumes autochtones à l'approbation des législatures d'État et abolit les protections du régime de propriété communale indigène" (3).  De plus, le Président Fox vient de signer avec ses voisins le Plan Puebla-Panama, le PPP, qui selon lui sera "la pièce maîtresse du Mexique dans la ZLÉA". Celui-ci prévoit la construction du corridor Trans-Isthmus : une autoroute privée à quatre voies, doublée d'une voie ferroviaire, reliées aux ports de Salina Cruz et de Coatzacoalcos, ainsi qu'à un vaste réseau de voies secondaires, permettant ainsi la liaison  commerciale entre l'Océan pacifique et le Golfe du Mexique (4).  Le PPP va surtout permettre l'exploitation de ressources naturelles, en plein cœur des territoires autochtones par la création de cinq corridors "écologiques" (5).  On veut également y installer 92 maquilladoras.
La stratégie des gouvernements mexicain et américain repose avant tout sur la remilitarisation dans la région. L'armée mexicaine est déployée à travers les États du sud et 12 000 soldats américains sont en réserve au Guatemala, près de la frontière mexicaine. Au Chiapas, les paysanNEs sont constamment victimes de harcèlement de la part des militaires mexicains et des forces paramilitaires de droite. Des paysanNEs sont tués, battus, d'autres sont menacés de mort et ont vu leur maisons et fermes détruites. Selon plusieurs militantEs locaux, l'État mexicain veut ainsi provoquer la migration des paysanNEs dépossédés vers les villes, pour qu'ils aillent travailler dans les maquilladoras, pour ceux-là même qui dirigent la présente guerre. Avec les récentes attaques de l'État, des paramilitaires et des multinationales, le mouvement insurrectionnel pourrait s'étendre dans les États voisins du Chiapas. La guerre entre les classes sociales, entre les paysanNEs indigènes et l'État capitaliste, n'est pas terminée.
La résistance paysanne ne prend pas toujours la forme de mouvements populaires armés et organisés, comme au Chiapas. Elle se fait également par des actions
quotidiennes, comme le sabotage, le vol et le refus de collaborer avec la classe bourgeoise agraire. En Malaysia, lorsque les capitalistes ont introduit les moissonneuses-batteuses dans les rizières dans les années 1980, certains paysanNEs s'en sont pris à celles-ci et à leurs propriétaires, car cela détruisait leur travail.
Il serait important de voir comment les gens s'organisent ici, dans les campagnes du Québec, de connaître leur réalité.


La lutte au complexe agro-industriel, à la destruction de l'environnement
Au Québec, la concentration du capital foncier se poursuit. Le capitalisme impose le productivisme et la concentration des opérations dans les campagnes. De nombreuses fermes sont en fait de véritables entreprises, si bien qu'on ne peut même plus appeler cela de l'agriculture. Dans ce système, les petits paysans sont marginalisés. L'aménagement capitaliste a complètement transformé le paysage rural. La monoculture et la standardisation des semences servent avant tout les intérêts des multinationales qui déclarent ne répondre qu'aux besoins des agriculteurs, en somme les gros producteurs laitiers, de volailles et les industries porcine et bovine.  À certains endroits, les fermes de petite et moyenne tailles sont désormais la propriété d'entreprises agricoles, qui ont racheté leurs terres et leurs quotas afin d'augmenter leurs propres capacités de production. Engrais chimiques et pesticides sont utilisés intensivement, entraînant de graves problèmes pour l'environnement. À l'instar des villes, c'est la course à la productivité.
Sur ces vastes domaines, la classe bourgeoise agraire exploite de nombreux et nombreuses salariéEs. En Montérégie, de nombreux producteurs maraîchers font venir des centaines d'ouvriers et d'ouvrières du Mexique pour la préparation, l'entretien et la récolte, à un moindre coût. Ces personnes travaillent dans les champs, dix heures par jour, au salaire minimum. Exploités ici, comme là-bas, ces gens trouvent le courage de continuer, et ce afin d'envoyer un peu d'argent à leur famille. C'est le cas de bon nombre de ces travailleurs et travailleuses nomades, qui fuient le terrorisme économique, dont ils sont la cible.
Un vaste complexe agro-industriel règne sur les campagnes au Québec. Agropur (Natrel), la Coopérative fédérée, propriétaire d'Olymel-Flamingo, Lactantia,
Ménard et fils, etc. ne sont que de vastes entreprises qui s'approprient la terre et les équipements à la sueur des salariéEs, des agriculteurs et agricultrices. Tout aspect coopératif a définitivement disparu au profit d'une gestion centralisée et autoritaire. Elles contrôlent tout, de la production jusqu'à la commercialisation. Aujourd'hui, la majorité de la production céréalière provient d'OGM, développés par l'industrie agro-chimique et les centres de recherche universitaires. Les firmes multinationales comme Dekalb Canada (Monsanto), Novartis, Cargill, Pioneer, Sur-Gain, etc. exercent un contrôle de plus en plus total sur l'agriculture, ne serait-ce que par leur monopole sur le marché des semences et des grains. L'agro-business, grâce à son puissant lobby, a non seulement l'appui du gouvernement québécois, mais également le soutien tacite de l'organisation qui est censée représenter les agriculteurs, l'Union des Producteurs Agricoles du Québec, l'UPA.
Toutefois, de petits paysans s'organisent et résistent à leur façon. Certains ont fait la transition vers l'agriculture biologique, à petite échelle. En pratiquant une agriculture qui respecte les limites de l'environnement, ils refusent de participer à la destruction des campagnes. Des réseaux d'agriculture soutenus par la communauté, relativement autonomes, ont aussi été créés. C'est notamment le cas du réseau Équiterre. Il s'agit encore d'un rapport marchand entre producteur et consommateur, mais on peut néanmoins y acheter des légumes biologiques directement de la ferme, sans intermédiaire, sans Métro, Provigo, Loblaw, etc.
De nombreuses personnes se sont engagées dans la lutte militante et ont créé des réseaux d'action contre l'agro-business, plus spécialement contre l'industrie porcine. Le groupe STOPPP, de Pintendre, est un exemple de villageois qui se sont rapproprié l'espace public pour dire non à l'installation de mégaporcheries dans leur communauté. Le Mouvement Vert Mauricie, un groupe écologiste, a fait de même si bien que des projets d'installation ont été arrêtés dans leur région. Dans les régions, spécialement en Montérégie, en Beauce et en Mauricie, le développement des mégaporcheries est un véritable problème pour l'environnement. Alors que 80% de la production porcine est exportée à l'étranger, principalement en Asie et aux États-Unis, 100% du purin reste ici, étendu dans les champs de céréales (6), pour se répandre ensuite dans les cours d'eau, contaminant sérieusement les sols et les rivières. Sans compter la pollution de l'air et les problèmes d'émanations de méthane, causées par le purin. La lutte aux mégaporcheries n'est qu'un exemple, parmi tant d'autres, de gens qui se sont regroupés afin de s'opposer à la destruction de leur milieu de vie.
À l'échelle provinciale, des gens ont créé l'Union paysanne du Québec, en opposition à l'UPA et à la relation incestueuse qu'elle entretient avec l'agro-business. Monsanto, Novartis, etc., par l'entremise de leurs filiales canadiennes, siègent à l'UPA, au sein de l'association des marchands de semences du Québec. L'Union paysanne a été créée sur le modèle de la Confédération paysanne, en France, dont la lutte est incarnée par le très médiatisé José Bové. En lien avec l'Union paysanne, le réseau Sauvez nos Campagnes fait la promotion de l'agriculture biologique, non-industrielle. Aux audiences publiques sur l'environnement (BAPE), ils ont exposé les problèmes de pollution causés par l'agro-industrie. Il ne s'agit pas de groupes révolutionnaires, mais avant tout d'organisations qui mènent des luttes spécifiques ou qui ont pour objectif la rappropriation des campagnes par la paysannerie. Elles ont le mérite d'avoir su créer un débat là où il n'y en
avait point.
Précédant la tenue du Sommet des Amériques, de nombreuses organisations paysannes et des militantEs engagéEs dans différents groupes ont mené une campagne d'information sur les conséquences de la production agro-industrielle pour la paysannerie et l'environnement, à travers toutes les Amériques. Le mouvement des Sans Terre (Brésil), le Forum Americana Indigenismo, le Northeast Resistance Against Genetic Engineering, etc. sont tous venus à Québec. Durant le Sommet, ils ont organisé une bouffe populaire, ils ont pris la rue, manifestant leur opposition au capital et à l'État policier. Dans l'agitation populaire, des drapeaux noir et vert ont flotté sur la ville de Québec, les militantEs écoanarchistes passant à l'action directe contre le pouvoir et ses symboles.
Quelle peut être l'une des stratégies, pour nous, militantEs anti-autoritaires, et ce, dans l'objectif de voir un mouvement révolutionnaire émerger, non seulement dans les villes, mais aussi dans les campagnes? Comment aller au-delà du symbolisme, et tenter de réaliser, à tout de moins, un esprit de communauté
et de solidarité entre la ville et la campagne? Je n'ai pas de réponses absolues, mais nous pourrions au moins participer aux luttes paysannes, dans une perspective de radicalisation du conflit qui les oppose à l'agro-business et à l'État. Car dans la guerre contre la paysannerie, l'industrie agroalimentaire bénéficie d'un support total de l'État, et au Chiapas comme dans d'autres coins du monde, elle dipose même de ses moyens les plus coercitifs: la police, l'armée et les forces paramilitaires.
En Bolivie, les militantEs anarchistes des Jeunesses libertaires ont participé à la lutte des paysanNEs et des petits producteurs de coca contre le gouvernement du Président Banzer, les Banques, et le Fonds monétaire international (FMI). En coordonnant leurs actions, les paysanNEs et les militantEs ont réussi à paralyser le pays tout entier. Des routes ont été bloquées, des occupations ont eu lieu dans plusieurs endroits, si  bien que la Bolivie est présentement au bord de l'insurrection. Par cela, les gens ont réussi à empêcher la privatisation de l'eau, ainsi que l'application d'autres politiques néolibérales. La Bolivie n'est qu'un exemple, parmi d'autres, où des gens mènent la lutte de classe contre les élites, refusant les diktats de l'économie capitaliste imposés par le FMI et la Banque mondiale. Il ne faut pas se surprendre que lorsqu'on attaque la population, une partie de celle-ci cherchera toujours à se défendre. La sujétion à ce système injuste ne serait être totale.


Vers la création de communes libres
Suite à la révolution d'Octobre, un jeune anarchiste, fils de paysans pauvres, du nom de Nestor Makhno, participa à l'organisation sociale de la paysannerie dans le sud de l'Ukraine. Contre le régime de droite instauré par les armées autrichienne et allemande, les paysanNEs s'organisèrent socialement et militairement, si bien que les forces impérialistes et réactionnaires durent s'avouer vaincues. En même temps qu'ils firent la guerre aux Blancs, les paysanNEs mirent la terre en commun. Chaque guérillero était paysanNE, chaque paysanNE était guérillero. Malheureusement, la makhnovstchina fut par la suite écrasée par les communistes autoritaires, les bolchéviques. Néanmoins, elle restera toujours un symbole de lutte et d'espoir, de la possibilité de s'organiser librement, sans patrons ni partis.
Aujourd'hui au Canada, principalement sur la côte Ouest, il existe de nombreuses communes libertaires. Dans bien des cas, il s'agit de militantEs écoanarchistes, qui tout en étant directement engagés dans la lutte de classe, ont décidés d'organiser de petites communes. La terre et les fruits du travail
de chacun y sont mis en commun. Les gens s'organisent, créent cet esprit de communauté, tout en continuant la lutte au capital et à l'État. Ils ont créé leur propres réseaux d'information et d'action directe. Bien qu'ils ne s'agissent pour l'instant, que de microsociétés, qu'ont soit encore loin de la révolution sociale, ces projets autonomes nous démontrent toutefois qu'il est possible d'organiser la société sur des bases libertaires et égalitaires.


El bolo

Références :
Daniel Guérin. Ni Dieu, Ni Maître. Anthologie de l'anarchisme. Tome I et II. Paris, La découverte
Denise Proulx. Au Mexique, l'autoroute mène à la guerre. Recto-Verso, no. 292, sept.-oct. 2001.
James Scott. Weapons of the Weak: Everyday forms of Peasant Resistance. New Haven, Yale University Press, 1985.
Site web de l'UPA

Notes
1) La majeure partie des colonnes zapatistes se disent magonistes, du nom de Ricardo Flores Magon, un militant anarchiste qui a influencé les paysanNEs indigènes dans leur lutte contre les seigneurs de la terre.
2) Les Accords reconnaissaient aux autochtones le droit à l'autodétermination, à l'autogestion des ressources et à une organisation sociale qui leur est propre.
3) Afin d'adopter cette loi le plus tôt possible, le parti du Président Vicente Fox, le PAN (Parti de l'Action nationale) s'est allié au Parti révolutionnaire institutionnel, le PRI.
4) L'Isthme de Tehuantepec est le point de passage le plus étroit (350 Km) entre les océans atlantique et pacifique au nord du canal de Panama, qui a atteint sa capacité maximale d'achalandage et qui ne peut permettre le passage des navires de nouvelle génération.
5) Les États du sud regorgent de pétrole, de gaz, d'uranium, de titane, de cuivre, de forêts et d'eau (45% du potentiel  hydroélectrique du Mexique). Avec la ZLÉA et le PPP, ces ressources seront désormais à la portée des investisseurs. Avec le PPP, le Président Fox et les États-Unis ont l'intention de faciliter le travail des multinationales dans la région en privatisant les infrastructures (ports, aéroports et routes), la terre et les ressources naturelles, notamment l'hydroélectricité et les réserves d'hydrocarbures, présentement détenues par la société pétrolière nationale, Pemex. Les États d'Oaxaca et du Chiapas sont les éléments essentiels du  Mexique dans le programme énergétique continental imposé par les États-Unis. On veut également favoriser le déploiement de l'agro-business, notamment de l'industrie céréalière, au détriment de la paysannerie indigène, qui pratique la culture du mais à des fins d'autosubsistance, non commerciales.
6) Le maïs est la céréale qui réagit le mieux à l'épandage intensif du purin de porc. Voir le documentaire de l'ONF, Bacon, le film, récemment sorti. On y explique les conséquences de l'élevage porcin, à l'échelle industrielle.




Collectif d'Action GènÉthique (CAGE)
Globaliser la résistance, localiser la nuisance
16 May 2003 

Invitation à une semaine européenne de GeneSpotting
Après avoir testé à quatre reprises la formule du GeneSpotting,le CAGE, Collectif d'Action GènÉthique, qui dénonce depuis plusieurs années en Belgique les nuisances sociales et environnementales inhérentes au génie génétique, vous invite à participer à une semaine internationale de GeneSpotting,du 14 au 20 mai.
En quoi consiste exactement ce néologisme ? Le GeneSpotting,terme forgé sur base du Bombspottingpratiqué par les pacifistes anglo-saxons, consiste à intervenir sur-le-champ (avec des tirets). C'est-à-dire qu'il s'agit de localiser puis inspecter un site, ou questionner des responsables sur place sans la sempiternelle médiation des représentants politiques ou scientifiques.
Les cibles ne manquent pas : une parcelle d'expérimentation de végétaux transgéniques (et s'ils sont voués à la fabrication de médicaments, vous touchez à un alibi crucial de la propagande pro-OGM), un laboratoire de recherche universitaire (vivier à innovations technologiques et haut lieu de l'irresponsabilité organisée), le siège d'une firme de biotechnologie, un centre de recherche unissant public et privé (pour montrer leur collusion organique), un organisme de récolte de fonds pour la recherche en génétique (l'occasion de dénoncer les faux espoirs et la spoliation organisée), etc.
À vous de voir. La façon de mener l'action est tout à votre guise. On peut par exemple débarquer sans crier gare dans un laboratoire, ce qui permet de rencontrer le personnel et les techniciens au lieu de l'habituel émissaire formaté responsable de la communication. Ou dans une séance d'experts — autres petits soldats de la guerre au vivant — pour les faire sortir brutalement de leur anonymat coupable, tout en constatant l'ahurissant bricolage empirique qui résume l'ingénierie génétique. On peut à l'inverse rendre la visite au maximum publique en contactant médias, promoteurs du projet OGM, responsables politiques locaux (le bourgmestre, l'échevin de l' environnement, celui de la santé publique, le commissaire de police), en distribuant un tract dans les boîtes aux lettres de la Commune, en contactant des associations anti-OGM et les secteurs concernés (des producteurs Bio ou même «traditionnels» dont les cultures sont menacées de contamination).
À titre d'illustration, vous trouverez ci-joint un récit détaillé des quatre Genespottingsmenés en Belgique depuis le mois de septembre 2002. En ce qui concerne la situation en Belgique, il faut savoir que ce pays vient d'être officiellement libéré de son statut de laboratoire grandeur nature du génie génétique. En effet, après la décision d'abandonner en 2003 tout essai en plein champ prise par le lobby des biotechnologies, la seule demande d' autorisation (une expérience de pommiers transgéniques menée sous le giron de la recherche publique et sur laquelle le CAGE est intervenu à deux reprises) vient d'essuyer un refus ministériel ce 11 avril 2003. Pour le GeneSpotting européen, les efforts du CAGE se porteront dès lors sur d' autres expériences liées aux biotechnologies. Des groupes anglais, hollandais et espagnols ont d'ores et déjà souscrit à cet euro-GeneSpotting.
Étant donné que dans certains pays les renseignements restent difficiles à trouver, vous pouvez contacter l'association « A Seed », qui a créé une importante base de données européenne, et qui vous indiquera par où entamer efficacement vos investigations.
A SEED Europe, Post Bus 92066, 1090 AB Amsterdam, Pays-Bas ; www.aseed.net ; tél. : +31206682236).
Pour couvrir les GeneSpottings,nous réalisons nos propres documentaires (pour recevoir la cassette vidéo de l'action menée à « Florennes », contactez genespotting@altern.org).

GeneSpotting
ou comment semer des grains de sable dans la machinerie progressiste

Extrait de "l'homme au foyer"  N°2 — février 2003
13, rue du Duc, 1150 Woluwe-Saint-Pierre
? Euros pour l'envoi du prochain numéro et dons de soutien :
compte n°001-2868899-06 (à l'ordre de Guillaume Delaitre, préciser votre adresse en communication)
Reproduction encouragée
Les militants pacifistes ont créé un mode d'action intitulé Bombspotting.Il s'agit de se rendre sur le lieu où se trouvent entreposées les armes (des missiles à ogive nucléaire par exemple). Cela permet d'attirer l'attention sur des entreposages militaires parfois illégaux ou tenus secrets. Si cette première phase ne suffit pas, les militants passent à la seconde : le Bombstopping.Cette fois-ci, non seulement ils pénètrent sur le terrain militaire, mais en plus ils emmènent avec eux quelque outil (un marteau par exemple) avec lequel ils procèdent à la destruction de l'arme décriée.
Linguistiquement inspiré du Bombspotting,un GeneSpottingconsiste à se rendre à un endroit (spot)où se décide le dérèglement inouï de notre environnement génétique. Il n'est pas faux que la dissémination de transgènes dans l'écosystème constitue une manière de bombe à retardement et que, comme le dit Jean-Pierre Berlan à propos des OGM agricoles et en particulier du transgène Terminator, le génie génétique mène une guerre au vivant.
Voici donc le récit des quatre GeneSpottingsexpérimentés en Belgique de septembre 2002 au mois de mars 2003 par le CAGE, «Collectif d'Action GènÉthique».
Menace sur Florennes
Parfois, le contexte sociétal peut conférer au GeneSpotting une efficace inespérée. C'est ce qui survint à Florennes.
Dans cette commune connue pour sa culture d'ogives nucléaires de variétés nord-américaines, se trouvait emblavé un double champ de colza OGM. Il s'agissait du seul Farm Scale Trialexpérimenté en Belgique, c'est-à-dire «un essai à l'échelle d'une ferme» juxtaposant deux champs, l'un transgénique l'autre pas, visant à vérifier le degré de contamination. Devenu entre-temps propriété de Bayer, ce FST avait été initié par Aventis CropScience. Cette firme, principale expérimentatrice d'OGM sur l'environnement belge, avait essuyé durant les deux années précédentes plusieurs destructions nocturnes de parcelles expérimentales. Voilà qui avait de quoi insuffler un peu de soufre à notre intervention.
Ce premier GeneSpottingavait joui d'une grande publicité. L'action devait prendre pour lieu de départ le salon Valériane, grand rendez-vous annuel du Bio en Wallonie. Outre les habituels envois courriels et autres tractages, l'invitation parut dans le magazine de l'association Nature et Progrèsqui organise ce salon annuel du biologique.
La simultanéité de notre «initiation à l'environnement transgénique» avec le salon pouvait laisser supposer une grande affluence. Las ! Pas un visiteur du salon Valériane ne participa à notre action. Avec ses emplacements de stands aux prix exorbitants, avec son entrée payante et ses marchandises perfectionnées, qu'elles soient bio, recyclées, fermières, éthiques ou «en cuir végétal», ce salon Bio transforme les visiteurs en consommateurs exigeants et les exposants en gérants de vitrine commerciale. Bref, pas de temps ni d'argent à perdre en activisme préventif (on paiera quand il le faudra une marchandise sécurisée par un
label «sans OGM» dont on sait par ailleurs la fallacieuse signification). La principale leçon à tirer de ce GeneSpottinginaugural, c'est qu'il n'y a pas de mobilisation sans communauté, sans réseau éthique préalablement constitué.
Mais soit. Aussi illusionnées que nous sur le taux de participants, les autorités communales de Florennes avaient allumé un contre-feu préventif visant à réduire en poussière tout motif d'agitation anti-progressiste dans leur commune. Concrètement, le bourgmestre, qui jusqu'à l'annonce de notre venue avait pu se contenter d'adopter la motion «Commune sans OGM», ordonna au fermier l'arrachage prématuré du champ de colza génétiquement modifié. Ce qui fut fait quelques jours avant la visite guidée dûment annoncée. Comme le disait Marcel Duchamp à propos des échecs, rien n'est plus beau que lorsque la menace est plus forte que l'exécution.
Cette inspection citoyenne orchestrée par le CAGE avait pour but de montrer que les normes les plus élémentaires n'y étaient pas respectées : variétés cousines à proximité (du chou, de la moutarde sauvage), potagers à l'intérieur de la zone officielle de dissémination, etc. Comme nous l'avons dit plus haut, cette inspection démocratique fut sabotée par ce vandale de bourgmestre qui ordonna l'arrachage prématuré du champ. Bons joueurs, nous avons néanmoins rencontré le maïeur en question, dont l'acte innommable poursuivait deux objectifs : d'abord prévenir tout risque d'agitation dans sa commune ; ensuite éviter toute contamination de ce type d'action auto-organisée : la politique, il est payé pour la faire et compte bien le rester. Après la discussion avec le bourgmestre et son comparse, dont le sens de la responsabilité épouse strictement des visées carriéristes locales («nous avons fait tout ce que nous avons pu
pour protéger nos électeurs, pour le reste, cela ne relève pas de notre compétence»), nous avons rencontré, aux abords du FST préventivement récolté, le fermier qui avait emblavé ce champ pour Aventis. Discussion fort enrichissante.
Nous nous étions passé le mot de subir calmement son énumération de la gamme attendue d'arguments de mauvaise foi. Il y eut bien entendu le «Venez travailler à la ferme six mois, et vous verrez»  (sous-entendu : vous réviserez votre opinion à l'égard des OGM ?), il y eut également un audacieux «Les vents dominants empêchent la contamination des choux (qui poussent à deux pas du champ)». Quoi qu'il en soit, une rencontre avec un agriculteur présente l'intérêt de constater qu'il est à l'image de la société : isolé et contraint de participer au système. Mais en l'absence de communauté ou de souffle séditieux ne nous arrive-t-il pas même à nous, contestataires de la ville, de sombrer dans les pires aliénations (le travail, la consommation, la ruée compulsive sur la technologie)-? Peut-être des rencontres avec les agriculteurs permettraient-elles à moyen terme d' établir ou de rétablir des circuits mangeurs-producteurs courts, évitant un tant soit peu les canaux industriels.
Warcoing : toute résistance est inuline [1]
En novembre 2002, le CAGE organisa près de Tournai la visite d'un site industriel au sein duquel sont expérimentés des plants de chicorée génétiquement modifiée. Nous avons rencontré, dans l'ordre, le bourgmestre, un échevin, un directeur de l'entreprise, des agriculteurs locaux venus écouter l'invité. Cette fois-ci, pas question pour le bourgmestre d'ordonner l'éradication de l'expérience en cours : l'entreprise constituait, comme il nous l'avoua lui-même, une des principales entrées financières de sa commune. Quant à l'échevin des affaires économiques qui l'accompagnait, il déploya à notre égard tout le panel de lieux communs en matière de défense des OGM : l'argument d'autorité «Étant donné que je suis moi-même biologiste de formation.», le chantage émotionnel «Comme je souffre moi-même de diabète et que désormais l'insuline est fabriquée à partir d'OGM [2].», ce à quoi nous répliquions non sans malice que c'était de l'inuline à but commercial et non de l'insuline qui était produite à la SA Warcoing. Lors de la visite du site industriel qui succéda à cette savoureuse confrontation, nous avons rencontré l'un de ses directeurs qui compléta l'argumentaire fallacieux que nous avait rabâché l'échevin des affaires économiques : l'invocation du libre choix : «Chacun fait comme il veut», la déresponsabilisation caractérisée : «Ce n'est pas à moi de prendre des décisions politiques», le fatalisme prométhéen : «la main ouverte n'arrête pas le vent», proverbe chinois maintes fois traîné dans la boue progressiste. La fin de l'après-midi se poursuit dans la salle d'un café que nous avons obtenue grâce à la ruse d'une complice locale qui l'avait réservée sans préciser le contenu de la réunion. Il faut savoir que nous avions essuyé une annulation dans un autre café, situé juste en face de celui-ci, le commissaire et le bourgmestre ayant dissuadé la tenancière
en évoquant la venue d'agitateurs violents résolus à transformer le village en un nouveau Gênes. Plus simplement, une bonne part de la clientèle de ce bar est employée par la fructoserie, véritable pacemaker©économique du village. Mais revenons à notre petit débat. Notre invité, Gabriel Dewael, membre de la Confédération paysanne du Nord, est un endivier artisanal. Il ne cultive pas ses chicons suivant les normes Bio car sa clientèle est essentiellement issue de milieux populaires. Il nous raconte les luttes qu'il a menées dans le Nord contre l'industrialisation de sa profession. La dérive technologique, par exemple la « culture » de l'endive par hydroponie [3], sous un abord avantageux de facilitation pour le producteur, a tout bonnement fait disparaître les petits endiviers. C'est un principe inhérent à la technologie : soit on peut se la payer, soit on disparaît, soit on devient exploitant pour l'industrie capable de s'offrir cette
technologie. La discussion avec des agriculteurs locaux ayant cultivé de la chicorée pour la fructoserie locale fut aussi éclairante que celle que nous eûmes avec le fermier de Florennes. Était encore présent un fonctionnaire d'État, agronome universitaire responsable de tests de présence d'OGM dans les lots de semences. Il ne jurait que par l'État, seul capable selon lui de garantir le contrôle sérieux des OGM. L'assistance et les membres du CAGE local étaient peu nombreux mais avertis. Pour illustrer la formidable capacité de reprise de la chicorée, notre endivier français avait enterré quelques semaines plus tôt un éclat de racine. Lorsqu'il nous le ressortit, il était hérissé de radicelles vigoureuses. Ce n'est pas tous les jours qu'on rencontre un producteur artisanal et autonome qui défend un autre mode de production, qui critique les fermes pédagogiques («le zoo»), qui participe à de nombreuses luttes pour sauver le peu d'autonomie paysanne qui survit. L'authenticité de son vécu et la véracité de sa parole nous ont incité à l'inviter à témoigner pour la deuxième audience du procès de Monsanto dans lequel un membre du CAGE est inculpé [4].
Parallèlement à ces ingérences citoyennes, une lettre signée de l'acronyme ALADIN avait été distribuée par on ne sait qui dans les boîtes aux lettres de la commune concernée. Cette parodie de circulaire de service de biosécurité dispensait aux populations conseils et avertissements relatifs aux risques de dissémination de transgènes dans l'environnement (par exemple la possibilité de croisement avec la scarole potagère, variété cousine de la chicorée, et naturellement compatible avec elle). Dans une invention relevant de l'anticipation, la circulaire simili officielle impose aux habitants d'introduire des demandes pour la mise en culture de variétés compatibles avec les OGM cultivés par l'entreprise locale. Le document parodique mentionne encore la possibilité pour l'autorité imaginaire de recourir à des amendes en cas de non-respect des mesures, ce qui n'est pas très éloigné de la réalité quand on entend des représentants de producteurs d'OGM prétendre que ce sont aux autres types d'agriculture de se protéger contre la dissémination.
L'apparition soudaine d'ALADIN, l' «Agence Locale d'Accompagnement des Dysfonctionnements Industriels et des Néotechnologies», a d'ailleurs quitté le domaine de la fantasmagorie pour rejoindre la réalité en janvier 2003, lorsque le gouvernement français a créé le PPRT, le «Plan de Planification des Risques Technologiques» !
La pression démocratiquement exercée par ces deux premiers GeneSpottingslà où on ne l'attendait pas a vraisemblablement pesé dans la décision des entreprises de biotechnologie de ne pas procéder à des expérimentations en plein champ en 2003 sur le sol belge. En effet, en décembre 2002, Belgo Biotech, l'organe de lobbying des entreprises de biotechnologie implantées en Belgique, déclare l'arrêt de toute expérimentation de végétaux transgéniques en plein champ.
Là où la caste des experts s'autopollinise
Une expérimentation a néanmoins fait l'objet d'une demande d'autorisation, mais il s'agit en l'occurrence d'une entreprise de production «classique» de pommes et d'une spin offad hoc qui se sont lancées, en collaboration avec l'université catholique de Louvain (la KUL), dans la mise au point de pommiers transgéniques capables de s'auto-fertiliser.
Aussi en février le CAGE s'invita-t-il à la séance d'experts réunis pour décider s'il fallait autoriser oui ou oui cette expérimentation étatico-économique. Le CAGE a distribué un rapport circonstancié de son point de vue sur la pertinence du recours aux OGM, agrémenté d'arguments d' ordres scientifique et socio-économique, le tout mâtiné de scepticisme à l' égard des experts, en particulier dans le domaine des biotechnologies qui, loin d'être une science, en est plutôt au stade de la découverte empirique par à-coups [5].
L'organisateur de cette journée, le matois William Moens, s'efforce depuis peu d'amortir la contestation des OGM en l'intégrant doucereusement aux processus de décision. À notre arrivée inopinée, il proposa de distribuer lui-même nos tracts et nos pommes de variétés rustiques issues de vergers biologiques. Il a ensuite invité un seul membre de notre groupe à assister à la séance. Cette intégration improvisée nous révéla que si pour la première fois l'assemblée comptait effectivement divers représentants de la société civile (une étudiante, un journaliste du Soir),ils étaient réduits au statut de téléspectateurs (synonyme de spectateur passif) étant donné que tous avaient dû signer au préalable un «Certificat de confidentialité» stipulant que chacun s'engageait «à ne divulguer aucune des données confidentielles qui pourraient être mentionnées dans les dossiers à évaluer» [6]. La transparence oui, mais entre gens de bonnes compagnies. De plus, l'inexistence de publicité de la séance et la nécessité d'un bagage scientifique adéquat réservaient de facto l'accès à un public extrêmement restreint ; et étant donné que les rares représentants de la société civile tenus au courant et capables de comprendre les risques et les enjeux ne sont pas autorisés à transmettre les informations au reste de la société civile, on peut en conclure que la transparence reste un mirage que les réformistes professionnels se condamnent sciemment à poursuivre toute leur carrière durant : accepter le système c'est se résigner à l'améliorer.
Durant la séance, de nombreuses remarques scientifiques ont fait apparaître la méthode hasardeuse et les profondes zones d'ombre des «scientifiques» menant l'expérimentation. Le projet doit sa sauvegarde à l'habileté administrative de William Moens qui est parvenu à transformer les remarques en demandes de complément d'information, et donc à la nécessité de poursuivre l'expérimentation afin d'y répondre.
Fort instructive également fut la brève discussion avec le représentant du ministre Ecolo de la Santé publique, qui nous demanda aimablement de ne pas empêcher la réunion. La fonction du syndicaliste consistait à taper sur l'épaule de l'ouvrier pour le persuader amicalement de remettre au lendemain ses aspirations révolutionnaires, celle du mandataire Écolo consiste à apaiser l'activiste environnementaliste, pour éviter de se voir obligé de le réprimer lui-même. Le nouveau ministre fédéral de la Santé publique, l' Agalev [7] Jef Tavernier, n'a-t-il pas d'ores et déjà condamné publiquement toute forme d'«éco-terrorisme» ?
Tomber dans les pommes sans être Kao [8]
Le quatrième GeneSpottingeut lieu le dimanche 16 mars, près de la ville flamande d'Aarschot. Il visait à une occupation de l'emplacement prévu pour les pommiers transgéniques, sur la pépinière expérimentale dont le propriétaire est une université étatique (la K.U.L.). Le CAGE et d'autres groupes souhaitaient tout d'abord procéder à la conversion préventive d'une zone en passe d'être contaminée en un espace d'agriculture réhumanisée : installation de tentes, d'une feuillée et d'une roulante ; aménagement d'un potager biologique ; plantation de pommiers de variétés rustiques. Dans cet environnement arboricole et potager assaini, devaient encore se dérouler une série d'ateliers d'initiation et de modules didactiques relatifs à diverses nuisances technologiques. Enfin, un atelier d'épandage de chaux vive devait procéder au marquage de la limite de contamination telle qu'elle a été évaluée officiellement (cent mètres !).
Le but n'était pas de foncer en kamikaze sur la serre contenant les pommiers transgéniques, mais d'attirer l'attention sur la poursuite et la non pertinence des expérimentations transgéniques, et de pointer dans la foulée la participation active des institutions publiques dans l'élaboration des nouvelles technologies. Rappelons que le nucléaire fut et reste un projet étatique (comme le confirme sa renationalisation en Grande-Bretagne) et que le premier végétal transgénique est sorti des laboratoires d'une université publique belge, dans le cadre d'un programme financé par la région flamande et la Communauté européenne [9].
Tout ce joli programme d'aménagement d'un village alternatif fut tué dans l'œuf par une prévention policière particulièrement zélée. C'est en effet tout un comité d'accueil et d'encadrement qui attendait les participants à ce quatrième GeneSpotting.Des flics en civil, un flic en altermondialiste, des pandores à toutes les gares, contrôlant les identités y compris dans le train qui nous menait près du centre expérimental, et puis encore dans le village qui constituait l'un des points de chute. Jusqu'à ce que le dernier participant prenne la route, les policiers resteront présents. Malgré la tension qui régnait à l'ultime point de rendez-vous, un café en face de la gare d'Aarschot, nous décidons de visiter notre objectif. Nous entamons donc les quelque quatre kilomètres séparant la gare du fruiteelcentrumuniversitaire, accompagnés comme il se doit d'une camionnette à bande bleue. Lorsque notre petit cortège arrive au carrefour d'où part le chemin menant au centre situé à environ 800 mètres de là, la voie est déjà bloquée par un maigre cordon d'agents. Nous obtenons de rester sur la portion congrue d'asphalte où nous étendons nos calicots anti-OGM et autres sigles «Bio-hazard», où nous déballons le pique-nique prévu : pain fait maison, salade folle à base de pomme, tartes aux pommes achetées la veille chez un petit producteur «Bio» et local, des bouteilles de jus de pomme de même provenance. Nous installons encore les petits pots de fleurs que certains avaient prévu de repiquer. Quant aux poireaux et aux quatre pommiers haute tige également au programme, ils sont restés dans la voiture. Le chef des bleus nous prévient : « Tout rassemblement de plus de trois personnes à l' intérieur de cette zone sera considéré comme une manifestation et fera l' objet d'une arrestation immédiate». Après une discussion polyphonique écrite par Samuel Beckett, nous obtenons de nous rendre près de la serre contenant les arbres transgéniques, mais par deux, et escortés par un pandore veillant à ce que nous ne quittions pas la voie publique. Nous montrons à notre hôte parfait bilingue les lucarnes grand ouvertes de la serre théoriquement confinée. Bien qu'il nous expliquât qu'il était payé pour ne pas penser, il dut reconnaître que n'importe quel oiseau ou insecte pouvait y pénétrer et en ressortir aisément. Qu'apercevons-nous dans le bâtiment, qui nous guette par la fenêtre ? Un chercheur. Nous demandons à le voir. Le flic s'exécute. Deux hommes sortent. Ils ne sont pas chercheurs, nous prétendent-ils, mais techniciens, simples exécutants-laborantins. Bref, ils se déresponsabilisent à fond bien que l'un des deux était présent à la séance d'experts au conseil de biosécurité. Il invoque le directeur de la recherche, nous livre fissason numéro de portable (ce n'est pas tous les jours qu'on vient le mettre face à ses responsabilités). L'échange est savoureux et révélateur. Quand nous rappelons à ce laborantin que selon le protocole qu'il est censé respecter, l'expérience doit être intégralement confinée dans des serres dépressurisées et équipées de sas, il nous répond par un grand sourire crispé. Même le flic, qui lui a spontanément demandé dans leur langue natale si des oiseaux ou insectes ne pouvaient y pénétrer, a compris qui se foutait de la gueule de qui. Au retour, le gentil bougre a même songé (au mépris de sa fonction rémunérée) à une solution : «Eh bien portez plainte !».
Pour tuer le temps, nous allons informer les badauds qui attendent un spectacle depuis le pas de leur porte. Un tract en néerlandais eut sans doute donné un peu de consistance à nos explications. À l'heure du totalitarisme techno-industriel, la méfiance des citoyens à l'égard de toute contestation fait sourire ou pleurer. Plus jamais ils ne se laisseront manipuler par des idéologues ; ils ont bien appris la leçon démocratique. Mais combien d'entre ces braves citoyens accepteraient de voir que le moindre recoin de leur existence se trouve colonisé par le système industriel-marchand qui a su, lui, occulter toute forme d'affirmation idéologique ? Ceci étant dit, ces brèves rencontres ne coûtent rien et présentent au moins le mérite d'humaniser le contestataire aux yeux de ce petit public occasionnel.
Bilan et remarques sur la forme GeneSpotting
Dans un contexte d'intensification de la répression, en France et en Belgique tout au moins, le GeneSpottingpermet de maintenir la pression avec des risques judiciaires minimes.
Le GeneSpottingpermet d'informer les populations en les initiant à des moyens simples et sans risques de refuser de laisser leur environnement être converti en laboratoire du progrès technologique. Par exemple, autour des champs expérimentaux, on organisera une initiation à la reconnaissance des plantes cousines susceptibles de se croiser avec les végétaux transgéniques. Nous savons pertinemment que les mesures de biosécurité sont dérisoires, et il n'est aucunement question pour nous de vouloir les améliorer (des réformistes professionnels sont payés pour cela). Toutefois, cette initiation qui consiste à vérifier en toute
ingénuité les mesures biosécuritaires des autorités compétentes permet d'intégrer le citoyen à un processus de remise en question du développement techno-industriel tout en constatant le rôle du pouvoir politique : celui d'un promoteur incontournable des désastres passés (nucléaire, amiante, pétrole, automobile, biochimie, perte de sens due à l'organisation industrielle de l'existence) et à venir (OGM, pollution électromagnétique).
La répercussion médiatique, tant au niveau local que national, fut globalement satisfaisante. En revanche, la suscitation espérée auprès des habitants locaux constitue un échec cuisant. Ces GeneSpottingsnous rappellent que notre monde de mobilité obligatoire fonctionne non pas en fonction de zones géographiques que ses habitants défendraient avec quelque conscience du pays (au sens de région), mais suivant des réseaux. Ainsi le seul cas de rencontre avec les réseaux locaux déjà constitués eut lieu à Warcoing, avec le CAGE très autonome de Tournai. Pour le reste, force est d'admettre qu'un important travail préalable de prise de contact reste à réaliser.
L'un des aspects les plus positifs sans doute des GenSpottings,c'est l'émulation intellectuelle que ces actions suscitent. Recherches, réflexion collective, rédaction à plusieurs mains. Ce travail conséquent de documentation et d'argumentation forcera par exemple la firme de Warcoing à s'expliquer publiquement par des communiqués de presse.
Le GeneSpottingpermet de confronter notre connaissance — ni compartimentée ni intéressée — aux arguments des promoteurs de la bricologie généticienne et autres complaisants. Comme nous sommes devenus malgré nous des spécialistes du sujet, ces rencontres sont immanquablement l'occasion de désacraliser ces ignorants imbus de leur titre d' «experts scientifiques». Dans une civilisation où le savoir est organisé en compartiments étanches, tout individu socialisé s'interdit de penser au-delà des limites imposées : schizophrénie généralisée. Ainsi le scientifique, être sursocialisé par excellence, à plus forte raison s'il est carriériste, refoule spontanément toute velléité de réflexion critique et se défend de penser plus loin que le bout de son éprouvette, autrement dit en dehors du cadre du projet pour lequel on lui a accordé des crédits. «Je ne suis pas responsable de l'usage qu'on fera de mes recherches» me confiait récemment une lointaine connaissance qui a pour métier (ou plutôt pour fonction) de fabriquer des clones dans quelque laboratoire de l'ULB.
En tout état de cause, la lutte contre le génie génétique aura montré que des actions collectives auto-organisées sont parvenues à retarder son développement de façon conséquente.
Enfin, ce 11 avril 2003, le ministre vert de la Santé refusait l'autorisation de mise en culture in vivo des pommiers transgéniques testés dans la serre de la KUL. Officiellement, la Belgique cesse donc d'être un laboratoire grandeur nature pour le génie génétique.
Surdéveloppés de tous pays, la fuite en avant technologique n'est pas une fatalité !
Invitez-vous là où les experts préparent le chaos génétique de demain.
Du 14 au 20 mai 2003, participez au GeneSpottingeuropéen.


Notes
[1] L'inuline est à la chicorée ce que l'amidon est à la pomme de terre. L' hydrolyse de l'inuline permet d'obtenir du fructose.
[2] Et dont la fabrication par procédés transgénétiques reste un mystère cf. Berlan ; de plus, d'autres techniques préexistaient. « L'insuline fabriquée par chimère génétique était inactive. Explication : la protéine était mal pliée. Pour une raison que l'on ne connaît pas, en changeant les conditions de sa fabrication, elle a accepté de se plier correctement. Rappelons-nous que les scientifiques nous disent que la protéine du prion mal pliée est pathogène pour les animaux et les humains», Le Monde, novembre 2002. Ce texte est disponible sur le site anti-industrielhttp.//netmc.9online.fr.
[3] La culture hydroponique consiste à cultiver des plantes terrestres en faisant l'économie du support d'un sol. Les végétaux cultivés trempent dans des bacs où
s'écoule une solution nutritive.
[4] Le 7 mai 2000, près de deux cents opposants aux OGM s'étaient introduits sur le terrain expérimental de Monsanto installé à Franc-Waret, près de Namur. L'empoisonneur international poursuit en justice quatorze inculpés. La première audience du procès s'est tenue le 3 février 2003. Les prochaines séances sont programmées pour le 6 octobre et le 10 novembre 2003.
[5] Cet argumentaire de quatre pages est disponible à la page électronique suivante : hnf.samizdat.net/article.php ?id_article=2432
[6] Dans sa recension de cette journée d'expertise, le journaliste du Soirmentionne notre intervention, reprend l'argument le moins alarmant de nos arguments et, évidemment, oublie de signaler le certificat en question.
[7] Nom du parti vert flamand. Agalev est l'acronyme de Anders gaan leven,formule en néerlandais signifiant littéralement «(Aller) vivre autrement».
[8] Le professeur Kao est le chercheur états-unien d'origine asiatique qui est à l'origine de ce projet.
[9] Lire à ce sujet «La biotechnologie dans tous ses États», L'HAF, n°1, décembre 2002, p.4.


Laboratoire de décryptage des impostures contemporaines
Visite d'un laboratoire de recherche publique
où l'on étudie des pommes de terre transgéniques
(Compte rendu du GeneSpotting 5)
— La science est difficile, il faut la rendre facile.
— La science est ennuyeuse, il faut en faire un spectacle.
— La science peut avoir des conséquences néfastes pour l'homme, il faut en présenter les bonnes facettes.
Texte mis en exergue dans l'invitation à la «Journée d'étude 2003» du 28 avril tenue au FUSAGx et portant sur «Les biotechnologies au service de l'humanité : Expériences de l'agronome»
Le « Collectif d'Action GènÉthique » (CAGE) s'est rendu ce jeudi 15 mai à l'unité de biologie végétale de Gembloux, en vue de rencontrer et de questionner les chercheurs manipulant quotidiennement des plants de pommes de terre transgéniques, et que nous avions rencontrés lors d'une visite préparatoire. L'annonce de la visite du CAGE avait déclenché la mise en place d'un cordon sanitaire institutionnel visant à empêcher aux citoyens soucieux (réunis au sein du CAGE ou présents à titre personnel) de dialoguer directement avec les chercheurs. Le CAGE déclina donc l'offre faite par l'institution universitaire de recevoir une délégation de trois personnes du CAGE au lieu-dit «la ferme».  Le principe de fonctionnement souhaité par le CAGE étant précisément l'absence d'intermédiaires, il n'y avait aucun intérêt à rencontrer des représentants professionnels tels que Mr Bouffioux, bourgmestre de Gembloux, André Théwis, recteur de l'université, ou encore Patrick Dujardin, maître de la recherche incriminée.Concrètement, ce 15 mai, nous avons eu droit à un triple comité d'accueil. D'abord, de la gare à la gare (du début à la fin), nous avons joui d'une protection exemplaire avec au premier plan un petit commissaire jovial, au deuxième plan ses sbires patibulaires et un peu plus en arrière des limeurs de la BSR. Ensuite, arrivés devant l'unité de biologie végétale où nous espérions retrouver nos interlocuteurs de la visite prospective, c'est un administrateur qui nous somma d'aller discuter à l'endroit réservé à cet effet, avec les personnes rompues à cette discipline. Et puis d'abord, nous lança ce cerbère d'État, «c'est un lieu privé !». L'attente sur place est l'occasion de répondre aux 3 ou 4 journalistes régionaux et d'amorcer des discussions fort intéressantes avec quelques étudiants venus avec plusieurs bonnes questions et pas mal d'arguments critiques. Après une vingtaine de minutes, comme les jeunes chercheurs restent confinés et que nous refusons de nous rendre à l'espace de discussion assigné, les trois interlocuteurs institutionnels déboulent. Nous improvisons alors une agora entre le carrefour et le laboratoire.
Qui est le parrain de Mr Dujardin ?
L'échange le plus instructif fut sans doute celui que nous eûmes avec le professeur Dujardin, qui se présente comme le roi du dialogue. Face à un public pas trop informé, il est parfait. Par exemple lorsqu'il explique avec sa morgue exemplaire que «La première chose, c'est de comprendre», cela semble, au premier abord, relever d'une sage prudence. Mais lorsqu'on l'interroge sur les finalités de l'expérience qu'il dirige, et sur son financement, il nous offre deux ou trois justifications assez ahurissantes. D'abord qu'il n'est pas financé par les industriels, qu'il ne faut donc pas parler de partenaires, mais de parrains. Que les «accords de parrainage» permettent de «mieux cadrer certaines de (leurs) recherches». En d'autres termes, il fait de la recherche pure, mais orientée. De la recherche fondamentale, mais avec des applications industrielles à la clé. Et bien que son laboratoire soit intégralement financé par des deniers publics, Patrick Dujardin refuse de nous révéler l'identité de ses conseillers et bénéficiaires potentiels de sa recherche.
Pour faire avancer le débat, l'un de nous lui demande s'il ne pouvait pas chercher les sources d'inspiration de ses orientations «scientifiques» ailleurs que chez ceux qui concentrent argent et pouvoir. Il nous résumera sa démarche avec une déduction du type : «nous sommes à l'écoute de la société, les industriels font partie de la société, donc nous sommes à l' écoute des industriels». Ce que j'appelle du pragmatisme vichyste.
Pour noyer le poison, Mr Dujardin nous rappelle que ses sources d'inspiration sont multiples. Et de citer l'exemple des recherches sur l'igname, plante tropicale à gros tubercule farineux. En général, avec un public innocent, évoquer l'amélioration de l'alimentation des pauvres sous-développés qui ont faim, cela passe très bien. Providence pour nous, déveine pour lui, un étudiant en horticulture, informé sur les mécanismes économiques du tiers-monde, intervint pour rappeler qu'il ne fallait pas être naïfs ou hypocrites, que l'économie là-bas fonctionnait à deux ou trois vitesses, et que ces recherches ne serviraient qu'aux riches du tiers-monde [1].
La réaction pleine de sang-froid propagandiste de Mr P. Dujardin est caractéristique de tous les pro-OGM inconditionnés que nous avons rencontrés au fil des GeneSpottings. Un argument ne fonctionne pas ? Je passe au suivant comme si de rien n'était. D'où persistance d'énormités propagandistes dans les médias sur le désir de nourrir le tiers-monde, sur la possibilité de soigner les maladies rares (malgré l'échec récent de la seule expérience sérieuse en la matière).
 
 

Banaliser le transgénique
Un des buts de ceux qui bâtissent leur carrière sur le génie génétique, c'est de banaliser le transgénique. Ainsi, lors d'une discussion sur l'arrivée en Europe de la pomme de terre, notre interlocuteur nous explique que les consommateurs ont toujours peur des nouveautés alimentaires, et que la pomme de terre avait pris du temps avant d'être adoptée par les populations européennes. Nous lui rappelons, juste comme ça, que la pomme de terre non cuite est effectivement toxique. Avec une ironie méprisante, il raconte que la patate froide donnait des humeurs froides, etc. Bref, il s'efforce de nous montrer que cette crainte comme la nôtre relève d'une forme d'obscurantisme post-médiéval. Nous lui disons alors que la pomme de terre contient de la solanine qui est classée toxique mais qui disparaît à la cuisson. Il redevient sérieux et change de sujet.
Pour en finir une fois pour toute avec la banalisation coupable des OGM, je m'efforce de lui faire dire que même ses coreligionnaires de l'Académie des sciences qualifient la transgenèse de «rupture». Une fois encore, il s' efforce de relativiser en évoquant la radiation, et d'autres procédés de manipulations génétiques. D'abord, rien ne prouve que ces manipulations seront ou sont sans effets. Ensuite, la naïveté du génie génétique, ou plutôt sa vision bêtement mécaniste, c'est de croire que la transgenèse est plus précise. Ce qu'évoquent moins souvent les généticiens, c'est que les séquences qui composent le génome fonctionnent en interaction et qu'il est vraisemblablement impossible de contrôler ces interactions. Certes, certaines transgenèses obtiennent l'effet souhaité. Mais sans savoir quelles seront les conséquences pour le reste du génome. D'où des effets imprévus différés, à l'image des déficiences inexpliquées de Dolly (qu'il a fallu euthanasier en janvier dernier), ou comme le déclenchement inopiné d'une leucémie chez des «enfants-bulles» dans le cadre de la seule expérience de thérapie génique tenue pour sérieuse. Toute modification d'une partie du génome a des répercussions sur la totalité du génome, et les mutations provoquées sont imprévisibles. Voilà ce que ne vous diront jamais ceux qui souhaitent faire carrière dans le génie génétique.
 
 

La vertueuse recherche publique
Dujardin admet que le discours initial sur les OGM tenu par les généticiens avait été «disons emphatique, dans le but d'attirer des investisseurs». Or ce discours exalté, nous l'avions entendu deux semaines plus tôt au colloque sur les biotechnologies tenu dans ses murs. Par ailleurs, cet aveu relève d'une démarche classique de la recherche publique : diaboliser les multinationales, condamner leurs «excès» pour se présenter comme vertueux et désintéressé. Or une connaissance sommaire de la courte histoire des OGM fait apparaître que jamais le transgénique n'eut pu voir le jour sans la recherche publique ! Comme le rappelait Axel Kahn pour défendre la recherche fondamentale menacée en France par les coupes de la Ministre à la recherche et aux nouvelles technologies, «(l'Amérique) n'a jamais perdu de vue le fait que le progrès technologique exige un soutien fort à la recherche fondamentale.» (Libération,2 avril 2003, p.25). Le premier OGM végétal au monde n'est-il pas né dans un laboratoire gantois financé à 100% par le public ?
Il convient sans doute ici de mentionner que le FUSAGx propose un service d'interface visant à faciliter les liens entre l'université et les entreprises, et qu'en sus, l'université soutient financièrement les spin off,ces petites boîtes qui naissent autour des découvertes scientifiques. C'est comme si l'université de Gembloux rêvait de voir se reproduire le cas retentissant de Marc Van Montagu !
 
 

«La science peut avoir des conséquences néfastes pour l'homme»
Un des moyens plutôt vicieux des serviteurs professionnels du progrès technologique, c'est de faire passer les sceptiques pour des irrationnels. Ainsi P. Dujardin évoquera-t-il à notre égard quelque «problème moral», des questions de convictions personnelles, philosophiques, des préoccupations de doux rêveurs sentimentalistes qui pensent que «la nature est sacrée». Mais lorsque nous déballons des arguments scientifiques,  il doit recourir à d'autres stratagèmes.
Et puisque Mr Dujardin évoquera également le problème (rationnel) de la sécurité (en l'opposant au problème moral et tentant par là de nous faire passer notre scepticisme raisonné pour de la peur irrationnelle), je lui demandai quelques précisions sur l'affaire Pusztaï. Aspad Pusztaï, chercheur écossais d'origine hongroise, menait les recherches sur des pommes de terre transgéniques. Il avait constaté des effets néfastes sur l'intestin des rats nourris avec des tubercules génétiquement modifiés. Des détracteurs zélés démontrèrent avec acharnement que ses statistiques étaient imprécises. Bien que ce type d'imprécision soit monnaie courante dans la recherche, Pusztaï eut pour traitement particulier d'être licencié.
La question essentielle était et reste de savoir si les pommes de terre présentent ou non des risques sanitaires. Or, le laboratoire de Dujardin mène précisément des recherches sur la pomme de terre. Aussi, avant d'écouter les desiderata des industriels, et d'orienter ses recherches en vue d'une exploitation industrielle visant à contrôler la dormance etc., c'est-à-dire essentiellement à des fins alimentaires, ne serait-il pas normal de vérifier au préalable si ce qu'on expérimente n'est pas l'amiante de demain ? Eh bien, non. Monsieur Dujardin «n'est pas au courant» des prolongements éventuelles de la recherche menée par Pusztaï.
La science peut avoir des conséquences néfastes pour l'homme, il faut en présenter les bonnes facettes.
 
 

L'inconscience du chercheur moderne
Le film documentaire d'Eyal Sivan et de Rony Brauman réalisé à partir des images d'archives du procès d'Adolf Eichmann montrait clairement  que le commandant nazi n'était pas un monstre de haine antisémite. Ce «spécialiste», pour reprendre le titre du film, était un fonctionnaire zélé, qui prenait soin de ne pas se poser de questions au-delà des limites de la fonction qui lui était assignée. «C'était la guerre, se justifie-t-il, j'étais soldat, je devais obéir». Les deux réalisateurs attribuent cet irresponsabilisme à la civilisation industrielle, c'est-à-dire à l'organisation de la société en une grande structure où chaque être n'est qu'un rouage obéissant.
L'horreur a disparu, la terreur aussi. Les nuisances qui affectent les êtres humains sont désormais fortement différées. Les médecins nazis dans les camps expérimentaient directement sur des prisonniers, et c'était insoutenable. Les chercheurs qui mettent au point des molécules biochimiques ou des constructions génétiques expérimentent désormais sur l'ensemble de l' écosystème, et les effets de cette désinvolture coupable se déclenchent parfois de nombreuses années après. Il a fallu de nombreuses décennies avant d'admettre que l'amiante était cause d'un cancer spécifique, tandis que des scientifiques rassuraient la population sur l'innocuité de l'asbeste. L' amiante tue actuellement 3000 personnes chaque année en France. Et il en va aujourd'hui du GSM et des OGM comme de l'amiante hier.
 
 

Le risque de dissémination
Toute mise en culture à grande échelle d'un végétal transgénique provoque une contamination de l'ensemble de la filière. On le sait depuis la publication de l'étude de l'Afssa (Agence française sanitaire pour la sécurité alimentaire) en juillet 2001, qui constatait la présence de maïs OGM dans 41% des échantillons prélevés, et ce, malgré la très faible surface de maïs OGM expérimentée en France.
La cohabitation des filières est soit un leurre, soit un luxe réservé aux plus grosses multinationales détenant des infrastructures intégrées qu'elles pourraient assigner exclusivement à une production exempte d'OGM, dont le prix serait évidemment très élevé. Pour manger des aliments un peu moins empoisonnés et un peu moins polluants, il fallait déjà payer plus cher avec un label Bio. Désormais, pour éviter de se voir transformé en rat de laboratoire nourri au transgénique, il faudra payer encore plus cher. Ainsi le développement détruit-il tout ce qui était ordinairement de qualité pour nous le resservir labellisé, sécurisé et conséquemment onéreux.
Ce constat s'est fait plus alarmant dans un pays comme le Mexique, où l'on trouve à l'état naturel une large variété de maïs, plante traditionnellement nourricière et sacrée. La révélation de la contamination du maïs mexicain, par des biais inconnus (peut-être via des aliments importés), a été confrontée à une campagne de calomnie organisée et assez hallucinante.
Donc, dès que la culture d'OGM apparaît, soit on en mange d'office (moins de 0,9 % dans le meilleur des cas européens), soit on se paye cher une filière garantie sans, issue d'une région exempte de cultures transgéniques.
 
 

Les alternatives
Nous ne commettrons pas l'obscénité d'évoquer un autre modèle d'agriculture. Dans une société où l'on n'imagine rien en dehors du productivisme étatiquement assisté, ce serait vain.
Notons simplement que, dans le cadre même de l'agriculture productiviste industrielle, il existe d'autres solutions permettant de régler les problèmes abordés dans le laboratoire dirigé par Mr Patrick Dujardin.
Un des objectifs de la modification génétique de pommes de terre consiste à éviter le phénomène de brunissement des frites lors de la cuisson, réaction biochimique qui a le malheur d'être visible à l'oil nu et d'entacher l'image préfabriquée et plastique qu'a le consommateur de l'objet frite.À quoi est dû ce brunissement ? Ce phénomène, appelé réaction de Maillart, correspond à la transformation d'un sucre réducteur sous l'effet de la chaleur. Ce sucre réducteur est produit par la pomme de terre durant sa période de stockage, lorsque la température descend en dessous de 6 ou 7 degrés. Pour éviter le phénomène, il suffit donc de maintenir la température du lieu de stockage au-dessus de huit degrés. Cette opération nécessite le recours au chauffage durant la période froide. Il s'agit donc d'un objectif économique visant à la réduction du coût d'entreposage. Quelques économies de chauffages méritent-elles la transformation de l'écosystème en laboratoire à innovations technologiques potentiellement pathogènes ?
Un autre objectif de l'expérience consiste à contrôler de la dormance et le développement des germes qui se développent lorsque la température augmente, au printemps.
Dans les fermes paysannes, de petite taille, on procède à un enlèvement manuel des tubercules. Ici, l'alternative touche à la question du choix de l'échelle et de l'organisation de la production et de la distribution de la nourriture dans notre société. Mais même dans le cadre d'une production plus importante, avant la seconde guerre mondiale, les germes étaient brisés mécaniquement. Comme dans l'entre-deux-guerres cinq variétés étaient commercialisées, les unes plus tardives, les autres plus hâtives, il était facile de trouver des pommes de terre fermes toute l'année sauf durant deux mois, mai et juin, où les plus tardives, déshydratées par la montée des germes, étaient ratatinées. Mais la ménagère de cette époque savait néanmoins les préparer : en ratatouilles, dans des plats mijotés ou en purée (stoempet autre djoute).On le voit, ni l'emploi de poudres chimiques anti-germes (généralisé après 1945), ni le recours aux biotechnologies ne sont indispensables à l'approvisionnement en une denrée qui connaît par ailleurs de nombreux équivalents nutritifs.

[1] L'intellectuel qui a le mieux décrit les processus de dépossession des pays dits sous-développés est assurément le juriste et économiste François Partant. F. PARTANT, La fin du développement, Babel, 1997.

Laboratoire de décryptage des impostures contemporaines


Guide du manifestant arrêté
Thu, 24 Jul 2003

En souhaitant que vous n'ayez jamais besoin de ce guide ...

Chers amis,
Voici un petit guide élaboré par le Syndicat de la magistrature, à partir des formations données en juin et juillet 2003 aux participants à l'antiG8 et au collectif Île de France des intermittents du spectacle, dans le cadre des actions dites de "légal team" (observatoires des libertés et formation citoyenne aux droits), organisées par le Syndicat de la Magistrature Vous pouvez le diffuser très largement autour de vous, sur vos sites internet et le reproduire. Nous vous demandons seulement de laisser notre sigle "Syndicat de la Magistrature" sur ce document.
Amitiés syndicales.
E Sire-Marin, présidente du SM
Syndicat de la magistrature
BP155
75523 Paris Cedex 11
Tél : 01 48 05 47 88
fax : 01 47 00 16 05
e.mail : syndicat.magistrature@wanadoo.fr
site:www.syndicat-magistrature.org
QUE FAIRE LORSQU'ON EST ARRÊTÉ PAR LA POLICE
LORS D'UNE MANIFESTATION ?I — LORS D'UN CONTRÔLE D'IDENTITÉ
VOS DROITS
Si vous êtes de nationalité française, vous pouvez établir votre identitépar tout moyen, il n'est pas obligatoire d'avoir sur vous une pièce d' identité.
Si vous êtes de nationalité étrangère, vous devez, en principe, toujours avoir avec vous le titre ou les documents vous autorisant à circuler ou à
séjourner en France (une carte de séjour, un passeport avec un visa datant de moins de 3 mois , un récépissé de demande de titre de séjour ou encore une convocation à la préfecture etc...)
En effet, la police peut à tout moment, contrôler la régularité de leur séjour en France des étrangers,
Les mineurs étrangers peuvent prouver par tout moyen leur identité. Ils sont inexpulsables du territoire français.
Les motifs du contrôle d'identité
Art 78-2 du code de procédure pénale : outre les contrôles spécifiques des étrangers, les forces de l'ordre peuvent contrôler votre identité s'il existe des raisons plausibles de soupçonner qu'une personne a commis ou a tenté de commettre une infraction, se prépare à commettre un crime ou un délit, ou est susceptible de fournir des renseignements sur une enquête pénale en cours, ou fait l'objet de recherches judiciaires. Mais le Procureur peut aussi requérir des contrôles d'identité pour les infractions qu'il précise (recherches de stupéfiants, ports d'armes...). Enfin l'identité peut être contrôlée pour «prévenir une atteinte à l'ordre public»
Les motifs du contrôle sont donc très larges, mais ils doivent répondre à l'un de ces critères, sous peine de nullité du contrôle. Par exemple, le fait de porter un auto-collant (ou une banderolle), avec un sigle syndical ou associatif, ou une inscription licite quelconque, ne justifie en aucun cas un contrôle d'identité. La police n'a pas le droit de vous demander de retirer l'auto-collant, car c'est une atteinte à la liberté d'expression. Autre exemple: vous avez le droit de photographier ou de filmer une manifestation, et rien n'interdit de filmer les policiers dans des lieux publics. Ils n'ont pas le droit de confisquer votre matériel ou le film.
La rétention en vue de vérifier votre identité
Art 78-3 du code de procédure pénale : si vous n'avez pas de preuve de votre identité, vous pouvez être retenu par la police qui souhaite vérifier votre identité pendant 4 heures maximum à partir de début du contrôle. Ne tentez pas de vous soustraire par la force à un contrôle d'identité, c'est un délit de rébellion. Restez toujours calme et poli.

CONSEILS pour les contrôles d'identité
Vous avez le droit de faire aviser le procureur de la république de votre rétention. Si vous êtes mineur, le procureur de la République doit être informé dès le début de la rétention. Exercez le droit de faire prévenir le procureur
Une copie du procès-verbal de contrôle d'identité doit vous être remise après 4h , (s'il n'y a pas de garde à vue à la suite) — Exigez-ce document.
Vous avez le droit de prévenir votre famille ou toute personne de votre choix. Si vous êtes mineur, vous devez être assisté par votre représentant légal.
Si les policiers sont agressifs lors d'un contrôle d'identité, restez polis, ne les tutoyez pas, même s'ils vous tutoient, ne faites aucun geste violent à leur égard, car cela peut entraîner des procédure d'outrage ou de rébellion, ou de violences sur personne dépositaire de l'autorité publique; des peines d'emprisonnement sont encourues et vous pouvez être jugés en comparution immédiate (flagrants délits).
Prenez les coordonnées de toutes les personnes qui peuvent témoigner de la scène. Si vous êtes emmenés au commissariat, demandez à tout témoin de prévenir vos proches ou un avocat. Si vous refusez de collaborer à la vérification de votre identité (en faisant des déclarations manifestement fausses, par exemple), vos empreintes et une photo peuvent être prises. Et si vous refusez de vous soumettre à cette mesure, vous pouvez être punis de 3 mois de prison et 3750 euros d'amende (art 78 ?5 du CPP)
Avant de signer un procès-verbal, relisez-le attentivement. Si vous n'êtes pas d'accord avec le contenu des procès-verbaux, vous pouvez refuser de les signer (documents rédigés par les policiers et décrivant l' interpellation ou la vérification d'identité). Si vous estimez que le procès-verbal contient des erreurs ou des imprécisions, vous devez demander au policier qui l'a tapé de le rectifier; s'il refuse, vous pouvez vous-même faire des ajouts manuscrits à la fin du procès-verbal, suivis de votre signature.
Lors de l'interpellation, la police peut seulement accomplir sur vous une palpation de sécurité. Il s'agit d'une recherche extérieure, à travers les vêtements, d'objets dangereux pour la sécurité du porteur ou d'autrui.. Cela ne peut en aucun cas consister en des attouchements ou une fouille à corps.
Ayez toujours les coordonnées d'un ou plusieurs avocats sur vous.

II — LORS D'UNE GARDE A VUE
Un officier de police peut décider de vous retenir au poste 48 heures maximum s'il soupçonne que vous avez commis ou tenté de commettre une infraction.
Si la garde à vue fait suite à un contrôle d'identité, la durée de la garde à vue (48h) se calcule à partir de l'heure de votre interpellation par la police (les 4 h de rétention pour le contrôle d'identité incluses). Vous devez être immédiatement informé de vos droits dans une langue que vous comprenez (art 63-1 du CPP). Si l'interprète ne peut se déplacer, cela se fera par les moyens de télécommunications autorisés.
VOS DROITS
Dès le début de la garde à vue , le procureur doit être informé par l'officier de police judiciaire de votre placement en garde à vue.
Vous pouvez être retenu au maximum 48h (96h lorsque des stupéfiants sont en cause, selon l'art 63-1 du CPP). La prolongation d'une garde à vue de 24h à 48h doit être autorisée par le procureur. Un mineur ne peut être retenu que 24h ( s'il a plus de 13 ans).
Vous avez le droit de savoir quelle infraction vous est reprochée. Vous devez demander que ce soit écrit sur le procès-verbal.
Vous avez le droit de voir un avocat que vous avez choisi ou un avocat qui est mis à votre disposition si vous n'en connaissez pas. Lorsque vous participez à une manifestation, ayez toujours sur vous les coordonnées d'un ou plusieurs avocats.
Vous devez rencontrer votre avocat immédiatement au début de la garde à vue et à la 20e heure (72e heure en cas de stupéfiants), pendant 30 mn de manière confidentielle (art 63-4 du CPP). En cas de prolongation de la garde à vue au delà de 24h, autorisée par le procureur vous pouvez encore voir l'avocat à la 36e heure.
Dès le début de la garde à vue «sans délai » , vous pouvez faire prévenir, par l'intermédiaire d'un policier, par téléphone, un proche (la personne avec qui vous vivez habituellement, l'un de vos parents, l'un de vos frère ou sœur, un ami, votre employeur, etc... (art 63-2 du CPP).
A tout moment lors de la garde à vue, à votre demande ou à celle d'un membre de la famille, vous avez le droit de demander d'être examiné par un médecin qui vient sans délai. Après 24h de garde à vue, vous avez le droit de demander une seconde fois à voir un médecin. Si vous avez moins de 16 ans, un médecin est désigné dès le début de la garde à vue pour vous examiner. Lorsque l'infraction concerne les stupéfiants, un médecin doit vous examiner dès la première heure de garde à vue, puis toutes les 24h, en plus des examens que vous pouvez personnellement demander, durant la garde à vue qui peut ici durer 96h.
Il est possible que vous subissiez une fouille à corps afin de rechercher des indices en rapport avec l'infraction flagrante qui vous est reprochée. Il s'agit alors non seulement de fouiller vos vêtements mais aussi l'intérieur de votre corps. Mais la fouille à corps ne peut être effectuée que par un policier de même sexe que vous.
CONSEILS lors des gardes à vue
Relisez très attentivement le procès verbal.Vous pouvez choisir de vous taire lors des interrogatoires. Attendez d'avoir demandé conseil à votre avocat avant de répondre aux questions posées par les policiers.
Vous pouvez refuser de signer le procès-verbal (documents décrivant les conditions de garde à vue et des auditions). Si vous n'êtes pas sûr de son contenu, mieux vaut ne pas le signer ou ajouter vous-même des précisions à la fin du document, avant de le signer.
Ayez toujours les coordonnées d'un ou plusieurs avocats sur vous, avant de partir en manif.
Si vous n'avez pas les moyens de payer les frais d'un avocat, vous pouvez demander à l'État français de prendre en charge totalement ou partiellement ces frais selon le montant de vos revenus mensuels. C'est l'aide juridictionnelle.
Les policiers n'ont pas le droit de vous faire subir des violences, ni physiques, ni morales (art 222-13 du CP et article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme.
Si vous subissez des violences (coups, insultes, humiliations, refus de repas.) parlez en à votre avocat et demandez un examen médical afin que ces violences soient constatées dans un établissement hospitalier et qu'un certificat médical précisant la durée de l'arrêt de travail soit établi.
Vous pouvez porter plainte devant un juge d'instruction avec constitution de partie civile. Une somme d'argent vous sera demandée à titre de consignation, sauf si vous avez l'aide juridictionnelle.
Si des violences contre des biens ou des personnes vous sont reprochées, il est très important d'avoir pris les coordonnées des personnes pouvant témoigner en votre faveur. Avant de manifester, ayez sur vous des petits papiers où vous avez écrit votre nom et votre téléphone, pour pouvoir les distribuer en urgence aux témoins, au moment où la police vous emmène, et tâchez de prendre les coordonnées des témoins.
Vous avez des droits que les policiers ne peuvent vous refuser, comme ceux de voir un interprète, un avocat, un médecin. S'ils vous ont été refusés, faites noter sur le procès-verbal que vous les avez demandés ou bien noter le vous-même avant de le signer. Parlez en impérativement à votre avocat, car le non respect de vos droits rend toute la procédure nulle.
Si les policiers vous ont dit que vous figuriez sur le STIC (système de traitement des infractions constatées), il s'agit d'un fichier de police (ou de gendarmerie) sur lequel sont inscrites des personnes "mises en cause" dans une précédente procédure (sans pour autant avoir été condamnée). Demandez aux policiers de vous lire les mentions du fichier qui vous concernent, et si vous n'êtes pas d'accord, vous pouvez écrire au Procureur de la République pour faire rectifier ou effacer ces informations.

III — LORS D'UNE COMPARUTION IMMEDIATE
La comparution immédiate est une procédure qui permet de faire juger quelqu'un à la suite de la garde à vue devant le tribunal correctionnel.
C'est le procureur qui décide si on vous juge immédiatement, ou si on vous relâche pendant la garde à vue, ou à la fin de la garde à vue: en ce cas la police peut vous remettre une convocation devant le tribunal, avec une date d'audience.
Le procureur peut aussi décider de vous faire juger le jour-même, en «comparution immédiate», si vous risquez une peine de prison égale ou supérieure à 6 mois, c'est à dire pour la plupart des délits commis lors d'une manifestation.
Voici quelques exemples justifiant un jugement immédiat: lorsque vos êtes étranger en situation irrégulière, ou en cas de dégradations lors d'une manifestation, ou d'outrage et rébellion ou de violences envers la police (ou de menaces verbales de violences), en cas de vol, de mendicité avec un chien "dangereux", d'occupation d'un squatt, d'outrage au drapeau ou à l'hymne national, ou si vous êtes sous le coup d'une interdiction du territoire, d'un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière ou d'une mesure d'expulsion.
Mais en cas de "racolage passif"(et si vous n'êtes pas aussi en situation irrégulière), ou d'entrave à la circulation dans un hall d'immeuble, seuls deux mois de prison sont encourus et la comparution immédiate est donc impossible.
CONSEIL TRES IMPORTANT
Vous avez le droit de refuser d'être jugé le jour-même lorsque le juge vous demande si vous acceptez la comparution immédiate (art 397 du CPP).
Mais vous risquez d'aller en prison pendant 2 à 6 semaines en attendant. Parlez en à votre avocat.
Le risque d'aller en prison en attendant d'être jugé,
même si vous avez une famille ou un travail est réel.
Attention ! Devant le tribunal soyez calme et poli. Ecoutez les conseils de votre avocat, dont la présence est obligatoire, sur l'attitude à avoir et surtout sur les déclarations à faire au juge.Vous avez le droit de faire appel contre la décision du juge qui vous condamne
Vous pouvez demander l'aide juridictionnelle pour payer les frais d'avocat et les frais de justice, si vos revenus sont globalement inférieurs au SMIC.

IV — LORS D'UNE RÉTENTION ADMINISTRATIVE D'UN ÉTRANGER
Si vous êtes étrangers en situation irrégulière, le préfet peut décider de vous reconduire à la frontière. Dans ce cas, le préfet peut vous placer en rétention administrative pendant 48h pour préparer votre renvoi. Au delà de ces 48h , vous pouvez être maintenu en rétention pendant encore 10 jours au maximum sur décision du juge des libertés (2 fois 10 jours), soit 12 jours dans un centre de rétention au total.
Si vous êtes demandeur d'asile, retenu par la police (4 jours) à l'entrée du territoire français, vous pouvez être ensuite placé en rétention pendant 16 jours sur décision du juge, soit 20 jours au total en rétention.
VOS DROITS
Vous devez être informés de vos droits dès le début de votre rétention dans une langue que vous comprenez.
Vous avez le droit de faire un recours contre la décision de reconduite à la frontière mais le recours n'est pas suspensif (vous restez en rétention)
Vous avez le droit de demander l'assistance d'un médecin
Vous avez le droit de demander l'assistance d'un avocat
Vous avez le droit de demander l'assistance d'un interprète
Vous pouvez communiquez avec votre consulat et avec une personne de votre choix
Vous avez le droit de faire appel contre la décision du juge de prolonger la durée de votre rétention
Comme en garde à vue, vous devez être bien traité en rétention ( ne subir aucun violence ni physique, ni morale)
CONSEILS LORS DE LA RÉTENTION D'UN ÉTRANGER
Une association, la CIMADE se trouve sur les lieux de rétention afin de pouvoir vous aider, notamment à contester la décision de reconduite à la frontière. Demandez à la rencontrer au plus vite (Siège : 01 45 55 15 77)Pour une information sur les droits des étrangers, contacter aussi le GISTI (01 43 14 84 89) ou l'ANAFE (01 42 08 69 93)

V — LORS DE LA FOUILLE D'UN VEHICULE
Sauf lorsqu'il s'agit d'un véhicule d'habitation ( caravanes), la police peut fouiller un véhicule y compris le coffre, si elle a des «raisons plausibles de soupçonner qu'un crime ou un délit flagrant a été commis par l 'un des occupants.»
La police peut aussi immobiliser un véhicule pendant 30mn et le fouiller avec l'accord du conducteur (ou à défaut le procureur) »pour prévenir d'une atteinte grave à la sécurité des personnes et des biens»
VI — les VIGILES
Sur arrêté du préfet, dans les lieux et à des dates précisées dans cetarrêté, les vigiles peuvent procéder à des palpations de sécurité (doncsur les vêtements),  en cas de menaces graves pour la sécurité publique.Ces palpations sont faites par une personne du même sexe que l'intéressé.
Les vigiles peuvent aussi faire ouvrir un sac à main, et ne peuvent lefouiller qu'avec le consentement de la personne.


GUIDE DU MANIFESTANT
Texte issu d'une brochure de la FA
Source
Avertissement de : Ce guide n'est sans doute pas à jour des dernières sarkozinades.

    Ce guide a pour but de permettre à chacun, participant à des manifs ou des actions, de comprendre chacune des périodes qui vont de l'arrestation au procès, dans les cas où la police a décidé de réprimer un certain nombre d'actions. Ce guide ne prétend pas donner de recettes miracles et permettre la relaxe des éventuels inculpés. Il n'entend pas non plus rentrer dans le débat sur la culpabilité. Il veut essayer de permettre à quiconque pris dans l'engrenage judiciaire, de s'en tirer au mieux, sachant que la condamnation (à du sursis) est la règle en matière de procès de manifestants, et la relaxe ou la prison ferme sont l'exception.
     Le parcours d'un(e) manifestant(e) inculpé(e)
    Ce texte ne prétend pas donner de comportement impératif à tenir. En effet, en matière d'actions collectives, toutes les attitudes dépendent des circonstances et des rapports de force, et il n'existe pas de règle idéale, théorique, qu'il faudrait appliquer systématiquement. Toutefois, cette réserve faite, des principes peuvent se dégager de la pratique de manifestations ou autres, principes généraux liés essentiellement à la nécessité du collectif. Ces principes, qui sont ceux de la maîtrise de ses actes et de son environnement, peuvent permettre une force collective surprenante et éviter des paniques suivies de débandades et d'arrestations. Mais ils ne sont pas exhaustifs et ne prétendent pas être la bonne et seule manière d'agir. Ils sont simplement des indicateurs, libre à chacun d'en faire ce qu'il veut : les règles sont bien sûr faites pour être critiquées.
    Avant de vous rendre dans une manifestation :
    - Tâchez de vous renseigner à l'avance sur le parcours.
    - N'emmenez pas de carnet d'adresses, d'armes (même pas un opinel ! ), de drogues.
    - Prenez des papiers d'identité et apprenez par cÏur le nom et le téléphone d'un avocat.
    - Votre tenue doit être la plus neutre et la moins voyante possible.
    - Pensez à prendre un foulard - pas forcément un bandana rouge - contre les lacrymos (et éventuellement pour vous masquer), ainsi qu'une capuche ou une casquette (quand les lacrymogènes retombent...).
    - Préférez des chaussures type baskets avec lesquelles vous pourrez courir.
    - Pour les yeux, évitez les citrons, le sérum physiologique est par contre assez efficace.
    Dans les manifs
    Arrivez groupés, partez groupés, restez groupés et actifs. Pour la dispersion, ce sont en général les organisateurs ou la police qui décident la fin de la manif. Toutefois, lors de mouvements sociaux, la rue appartient aux manifestants qui décident parfois de continuer la marche après l'annonce de dispersion. La manif cesse alors d'être encadrée et légale. Il appartient alors aux participants de s'autogérer. Déplacez-vous de façon compacte et mobile, en prenant garde de ne pas tomber dans une souricière, c'est-à-dire que toutes les issues soient fermées par des cordons policiers. Déterminez alors vous-mêmes l'heure de votre départ collectif, en fonction du rapport de forces. Ne restez ou ne partez pas tout seul, c'est le moment privilégié des arrestations. Apprenez à reconnaître les forces de l'ordre : CRS (police) et gardes mobiles (armée) en uniformes, chargés d'encadrer et de disperser la manifestation, BAC (Brigade Anti-Criminalité) en civil, cow-boys chargés des interventions rapides et des arrestations brutales ; et enfin RG (Renseignements Généraux) en civil, police politique chargée de surveiller les réseaux militants et les événements politiques. Méfiez-vous des appareils-photo et des caméras qui pourraient ensuite être utilisés contre vous. Les charges policières ont pour but d'éparpiller les manifestants, de les effrayer afin que la manif se disloque. Ne cédez pas à la panique : mettez-vous en chaîne quand c'est possible, soyez solidaires entre manifestants. Les charges policières ont aussi pour but d'arrêter un certain nombre de manifestants : personnes repérées ou ne courant pas assez vite, I'arbitraire est total.
    Le départ en fin de manif
    Au moment du départ, quelques règles élémentaires de sécurité s'imposent. Tout d abord vérifiez que vos camarades sont tous avec vous et prévenus du départ, puis déplacez-vous discrètement si la manif est chaude, c'est-à-dire par petits groupes peu éloignés les uns des autres. Jetez ou cachez tout ce qui est marchandise volée, cagoule, armes, gants sales. Il y a des risques de contrôles aux alentours, mais aussi dans le métro et dans les gares. Dans le métro, ne vous agitez pas trop et ne racontez pas vos exploits à la cantonade, car vous pouvez être arrêté pour flagrant délit à n'importe quel moment.
    L'arrestation
    Parfois, lors de manifestations "chaudes" et de mouvements sociaux importants, le préfet décide de procéder à des arrestations immédiates. A ce moment l'arbitraire commence. N'importe qui présent sur les lieux alors que la police a décidé de procéder à des interpellations peut se trouver arrêté, tabassé et emmené au commissariat en contrôle d'identité ou en garde à vue. Il faut à la police un quota d'inculpés en contrepartie des "manifs chaudes", pour cela, n'importe qui fera l'affaire. Lors des arrestations, s'il y a encore de nombreux manifestants, tentez d'exiger la libération des arrêtés. Lors des charges où les CRS s'emploient à "nettoyer" les places, ceux et celles qui ne courent pas assez vite risquent fort une aventure judiciaire. C'est pourquoi il est conseillé aux manifestants de rester groupés et compacts, en chaîne, lors de ces charges afin de ne pas laisser la police rafler d'autres manifestants ou bien vous mêmes. Si vous êtes interpellé et seul au milieu des policiers, mieux vaut la fermer tout de suite, refuser de reconnaître tout ce qu'ils vous diront, et attendre stoïquement la suite des événements. Si vous êtes victime de violences lors de l'arrestation ou du transport en fourgon, demandez immédiatement à voir un médecin, relevez les numéros de matricule des policiers présents. Si vous êtes plusieurs, tâchez d'échanger vos identités et téléphones afin de ne pas vous isoler si vous êtes incarcérés notamment. De plus n'hésitez pas à faire part aux autres d'un nom d'avocat que vous connaissez, ainsi que des conditions de votre interpellation, des attitudes à avoir et des suites éventuelles : garde à vue, inculpation, procès.
    Au commissariat
    Vous pouvez être emmené au commissariat, soit pour un contrôle d'identité (4h), soit pour une garde à vue (24h ou 48h si renouvelée). Vous allez alors être interrogé par un officier de police judiciaire (OP1), qui va rédiger un procès-verbal (PV). Celui-ci est une simple main courante si vous êtes en contrôle d'identité. Si vous êtes en garde à vue, par contre, ce PV sera utilisé lors du procès si vous êtes inculpé, comme votre première déclaration.
    La règle, en matière d'action collective, est de ne rien déclarer, c'est-à-dire de décliner juste identité et source de revenus (ce qui est obligatoire), puis de répondre " je n'ai rien à déclarer, à toutes autres questions ". En effet, vous n'êtes pas obligé de répondre. Dans un cadre collectif, le risque de réponses contradictoires voire dangereuses pour les autres fait préférer un silence collectif (du moins dans cette phase).
    Si malgré tout vous choisissez de répondre, faites bien attention aux questions des flics et à vos réponses lors de la rédaction du PV : tout ce que vous reconnaîtrez servira à vous condamner ou à condamner d'autres (recoupement des diverses déclarations). Ainsi il vaut mieux ne rien reconnaître de ce qu'ils vous reprochent, et ne pas signer si le procès-verbal ne correspond pas à votre version des faits. Normalement vous pouvez le modifier autant qu'il vous plaira. Si vous signez, veillez à ne laisser aucun espace blanc entre la déclaration et la signature. En règle générale, il vaut mieux ne pas le signer, quitte à le justifier devant le juge après (" j'ai reçu des pressions des policiers, j'ai été frappé, donc j'ai refusé de signer, ce qui est mon droit ", " je suis innocent ", etc.).
    Vous êtes arrêté et questionné après une action :
    - Refusez de répondre à tout ce qui concerne la préparation, comment vous avez été prévenu, quel était le rendez-vous, etc.
    NE CITEZ JAMAIS AUCUN NOM. Quand vous êtes face à une question embarrassante, ne répondez pas.
    La seule chose à laquelle vous êtes obligé est de décliner votre identité et vos sources de revenus. Une garde à vue, c'est un peu long, prenez votre mal en patience et contrôlez-vous.
    - Si vous êtes blessé, demandez à voir un médecin qui vous établira un certificat médical.
    - Si vous êtes plusieurs, essayez d'échanger vos identités et téléphones avec les autres gardés à vue pour organiser la défense après.
    - Comptez-vous : ainsi si vous sortez vous pourrez savoir le nombre et le nom des gens qui restent éventuellement, les motifs d'inculpation et toutes infos utiles.
    - Vous pouvez appeler un avocat à partir de la 20ème heure de garde à vue. Sinon, vous pouvez demander avant à prévenir quelqu'un à l'extérieur, mais c'est un flic qui s'en chargera.
    - Vous pouvez demander de la bouffe (payante), mais vous n'êtes pas sûr de l'obtenir.
    Pour les mineurs, la situation est un peu différente : les flics sont obligés d'appeler chez leurs parents qui doivent venir les chercher au commissariat.
    Devant le procureur
    Le procureur (ou son substitut) est chargé de décider du motif d'inculpation sous lequel vous allez comparaître devant le juge. Vous serez confronté à lui à la fin de la garde à vue, généralement le lendemain de l'arrestation. Il représente le Parquet, et c'est lui qui décide s'il y a lieu de vous inculper ou non. C'est aussi lui qui décide des motifs d'inculpation devant une chambre correctionnelle.
    En général, lors des arrestations en manif, les motifs d'inculpation sont : "outrage", "rébellion", "violence à agent", "jets de projectile", "dégradations", "port d'arme prohibée", "vol". Il est conseillé de ne jamais reconnaître aucun des actes qui peuvent constituer des délits (qui sont fort souvent reprochés à des arrêtés qui n'ont rien fait mais que le procureur a décidé de poursuivre à titre d'exemple ou pour justifier les éventuelles blessures de l'inculpé). Lors de votre visite chez le procureur, vous aurez un nouvel interrogatoire qui aboutira à un second procès-verbal. Il est très important que le procès-verbal que vous établirez chez le procureur, soit cohérent avec celui que vous avez fait au commissariat ou le démente formellement, sinon le juge vous coincera au tribunal en vous accusant de mentir. Si vous voulez démentir le procès-verbal de l'interrogatoire policier, précisez-le bien, et argumentez en expliquant la tension de la garde à vue, et le fait que vous ayez subi des pressions, mais que maintenant vous revenez sur ces premières déclarations.
    Il arrive que le procureur vous invite à rencontrer une assistante sociale. Vous n'y êtes pas obligé, d'autant plus que tout ce que vous direz pourra être utilisé contre vous au procès (ex: la pratique d'un sport de combat contre un inculpé pour coups et blessures lors d'un procès de décembre 1995).
    La comparution immédiate (saisie directe)
    Le procureur décide de la date de votre comparution devant le juge. La procédure de comparution immédiate vous emmène devant le juge environ 24h après les faits, sans vous permettre de préparer une défense, de trouver des témoins, un bon avocat. En outre, les peines infligées à ceux qui passent en comparution immédiate sont souvent plus lourdes (prison ferme) que pour ceux qui sont convoqués plus tard, pour les mêmes motifs. Cette procédure de comparution immédiate doit être refusée par l'inculpé au début du procès, sauf cas exceptionnel, mais le juge peut alors soit décider de libérer l'inculpé et de lui donner un prochain rendez-vous, soit de le placer en détention jusqu'au procès. Vous devez alors faire plaider votre libération : I'avocat doit faire une demande de mise en liberté en fournissant des garanties de représentation au juge : certificats de travail, d'étudiant, justificatif de domicile.
    Les procès des manifestants inculpés à Paris en décembre 1995 ont montré que les juges, agents d'une justice de classe, faisaient passer en comparution immédiate les chômeurs et les précaires et donnaient des rendez-vous judiciaires aux étudiants et travailleurs. Les quatre inculpés du Cash-Converter à Paris le 12 février 1998 ont été emprisonnés pendant 15 jours après avoir refusé de passer en comparution immédiate. Mais, le 26 mars, un mois après avoir été libérés lors de la première audience reportée, ils ont finalement eu des peines de sursis et de travail d'intérêt général (TIG), et non des peines fermes, comme cela aurait pu être le cas en comparution immédiate.
    Avec l'avocat
    Après la visite chez le procureur, et si vous passez en comparution immédiate, vous allez être présenté à un avocat juste avant le procès. Soit vous aurez signalé au procureur que vous avez un avocat, soit ce sera un avocat commis d'office, c'est-à-dire de permanence ce jour-là au Palais, souvent inexpérimenté, qui prendra votre dossier au dernier moment parmi plusieurs autres. Ce qui est sûr, c'est que l'avocat n'aura pas le temps de préparer une défense. C'est à lui que vous devez demander de reporter l'audience et de trouver des garanties de représentation (certificats d'étudiant, de travail, de domicile) afin qu'il puisse demander votre mise en liberté et que vous ne soyez pas placé en détention préventive. Pensez à avoir chez vous des certificats que vos parents ou amis pourront trouver facilement si vous êtes inculpé. Si vous êtes convoqué plus tard pour le procès et remis en liberté, vous devez préparer votre défense. Pour cela, il faut récupérer le dossier d'instruction au tribunal (par le biais d un avocat), le lire de la première jusqu'à la dernière ligne, et accorder une attention particulière aux procès-verbaux (PV) des policiers témoins à charge contre vous. En effet, c'est sur ces déclarations que le procureur a décidé de vous inculper et que le juge va vous juger. Vous devez les critiquer en contestant leur version des faits, et en adoptant une défense plausible et cohérente. Pour étayer vos affirmations, il faut trouver des témoins à votre décharge. Ceux-ci doivent avoir été présents au moment des faits, et pouvoir expliquer la situation de manière différente de la version policière. Il faut qu'ils soient utiles, c'est-à-dire qu'ils amènent des éléments qui démontrent votre absence de culpabilité. Ils peuvent être écrits ou oraux au moment du procès. Vous devez faire citer les témoins oraux par un avocat, normalement quelques jours avant le procès. Le fait d'avoir des témoins à la barre est payant (l'argent étant versé au greffe du tribunal). Le tarif est moins cher si vous présentez vos témoins oraux au début de l'audience. L'avocat est un spécialiste et un technicien : généralement, c'est avec lui que vous préparerez votre défense. Toutefois, I'avocat n'est pas plus apte que vous à juger les enjeux et rapports de force : il ne doit pas vous imposer une défense, mais vous aider à exprimer et défendre vos actes et votre point de vue.
    Devant le juge
    Vous rentrez dans le théâtre comique. Avez-vous déjà remarqué combien les rôles sont répartis dans ces chambres ? Aujourd'hui vous êtes l'accusé. Etrange ? Comment sortir de ce cauchemar 7 Tout d'abord en étant poli avec monsieur le juge qui aime qu'on lui témoigne du respect, en étant vêtu d'habits bourgeois pour faire croire que vous appartenez à leur monde, en ayant une version des faits construite et plausible, en ne vous laissant pas impressionner par un juge retors ou franchement hostile, en ayant amené de respectables témoins qui diront que vous n'avez rien fait et que vous êtes très gentil. Si votre avocat est efficace, il aura étudié le dossier et cherchera à amoindrir les dépositions des flics qui en général regorgent d'incohérences, mais tout cela n'aura qu'un effet moindre sur l'avis du juge, qui, en bon défenseur de la loi, prendra de toute façon toujours partie pour sa police, et se ralliera généralement à l'avis du procureur. Il faut comprendre que les procès de manifestants sont généralement des mascarades : le juge ne juge pas les faits qui sont reprochés au manifestant, mais sa participation à une manifestation qu'il faut réprimer. Généralement les procès sont fabriqués sur les témoignages des policiers qui ont procédé aux interpellations et doivent donc les justifier. La question devient alors : le juge doit-il faire confiance à un accusé qui nie ou aux représentants de la loi que sont pour lui les policiers ? La réponse est vite tranchée, sauf lorsque les avocats arrivent à montrer les incohérences parfois énormes recueillies dans les témoignages policiers. Parfois, le facteur temps entre aussi en jeu. Ainsi, pour les mêmes délits reprochés, les peines que la 23e chambre correctionnelle de Paris a infligé aux manifestants du mouvement social de décembre 1995 ont été quelques mois ferme pour les comparutions immédiates, quelques mois de sursis au début des procès reportés, et huit jours de sursis pour le dernier jugé.
    Après la condamnation
    Vous pouvez être condamné à différentes peines. Celles-ci s'exécutent ensuite sous le contrôle d'un juge d'application des peines (JAP)

    1. Peine de prison ferme (incarcération)
    Si vous avez été arrêté lors d'une manifestation, vous pouvez vous retrouver en prison, soit en préventive, en attendant d'être jugé ; soit en accomplissant une peine. Vous serez sans doute dans une maison d'arrêt. (:'est soit le juge correctionnel, soit le JAP, qui vous met sous mandat de dépôt. Lorsque vous arrivez, rien ne vous est expliqué par l'administration pénitentiaire (AP). Il faut donc demander des explications aux autres détenus, pour toutes les démarches et notamment pour la cantine et les autorisations de faire entrer des fringues autres que le minimum. Normalement les autres vous prêteront ce qui vous manque jusqu'à l'arrivée d'un mandat. Ecrivez au plus vite pour prendre contact avec l'extérieur, en expliquant tout ce que vous savez du fonctionnement, notamment sur les permis de visite, les jours de cantine, les possibles envois, etc., afin que tous les problèmes pratiques soient résolus au plus vite. Vous rencontrez un éducateur à votre arrivée qui peut téléphoner à un proche, mais gardez toujours en mémoire qu'il est salarié par l'A.P.
    2. Peine de prison avec sursis
    Vous ne serez pas emprisonné. Toutefois, pendant un certain délai, vous êtes emprisonnable.
    - Sursis simple : pendant un délai choisi par le juge (jusqu'à 5 ans), vous risquez d'accomplir cette peine de prison, si vous êtes de nouveau condamné. Puis, au bout de ce délai, vous serez délivré de cette condamnation.
    - Sursis avec mise à l'épreuve (possible dans le cas où vous avez déjà été condamné) : la peine de sursis avec mise à l'épreuve est plus restrictive : pendant une durée de 18 mois à 3 ans, vous êtes placé sous le contrôle judiciaire du 1AP, et vous risquez d'être incarcéré directement en cas d'arrestation, sans même comparaître de nouveau devant un tribunal.
    3. Peine de travail d'intérêt général (TIG)
    C'est une peine complémentaire au sursis, et non pas alternative. il s'agit de travailler gratuitement entre 40h et 240h pour une collectivité publique, un établissement public ou une association (ex : nettoyer les chiots d'un commissariat, véridique). Quand vous aurez accompli la peine de TIG, le sursis tombera. Vous avez le droit de refuser d'accomplir ces heures de travail, censées réparer les torts que vous avez causé à la société.
    4. Amendes
    L'amende est une somme que vous devez payer à l'Etat en réparation du tort soit disant causé à l'ordre public. Elle peut être assortie du sursis.
    5. Dommages & intérêts
    Ceci est une condamnation civile, généralement suite à une plainte d'un flic (souvent, celui qui vous a interpellé). Le montant varie du franc symbolique à quelques milliers de francs, selon le nombre de jours d'incapacité temporaire de travail (ITT) dont a bénéficié le policier après vous avoir interpellé
    6. Inscription au casier judiciaire
    La peine à laquelle vous avez été condamné va apparaître dans votre casier judiciaire. Celui-ci est découpé en 3 bulletins :
    - Bulletin n° 1 : réservé aux autorités judiciaires, il contient le relevé intégral des fiches du casier judiciaire.
    - Bulletin n° 2 : il est réservé aux autorités administratives telles que préfectures autorités militaires, autres administrations. Plus restreint, entre autres il ne comprend pas les peines de sursis lorsque le délai est dépassé. Le juge peut décider de ne pas faire inscrire la condamnation au bulletin n° 2 du casier.
    - Bulletin n° 3 : il est réservé à la personne qu'il concerne, ne peut être remis à un tiers. Il comprend les condamnations à des peines de plus de 2 ans de prison (ou moins si le juge a ordonné l'inscription au bulletin n° 3), et les condamnations à des interdictions, incapacités ou déchéances. Il est possible de demander la non-inscription des peines sur les bulletins n° 2 et n° 3.
    Les délit imputés aux manifestant(e)s
    Généralement, surtout si vous n'avez jamais été condamné, vous prendrez une peine de prison avec sursis, parfois une amende ou un travail d'intérêt général. Toutefois, quand les juges décident de réprimer, les peines de prison ferme peuvent pleuvoir. Ainsi en a-t-il été au Tribunal de Montpellier en décembre 1995 notamment, où plusieurs manifestants ont pris plusieurs mois de prison ferme pour des délits mineurs (exemple ; un homme qui avait reconnu avoir volé deux chemises a pris 12 mois ferme, puis 18 mois ferme à l'appel).Il y a plusieurs délits qui peuvent être reprochés à un manifestant inculpé. Souvent, vous en avez plusieurs pour le pris d'un, afin de vous coincer d'une façon ou d'une autre.
    Le délit d'outrage est le plus léger. Il correspond aux insultes reçues par les flics dans l'exercice de leurs fonctions. Il est souvent en complément à d'autres délits reprochés, pour accentuer une impression négative de l'inculpé. Toutefois, il peut à lui seul valoir une peine de prison (avec sursis) de 15 jours à 3 mois, ainsi qu'une amende (500 à15000 F) et/ou des dommages et intérêts pour les flics outragés (et outrés).
    Le délit de rébellion vous est reproché si vous vous êtes débattu lors de l'arrestation ou si vous avez fait des gestes "inquiétants" pour les policiers. Il donne droit à de la prison avec sursis (de 6 jours à 6 mois), ou à quelques dizaines d'heures de travaux d'intérêt général (TIG).
    Le délit de port d'arme prohibée (pour des couteaux, des mousquetons, des canettes vides, des lacrymos) rapporte en général un bonus de sursis. Cela peut arriver si vous n'êtes pas assez prudent pour avoir laisser chez vous ces menus objets le temps de la manif, ou si vous vous êtes fait attraper avec.
    Le délit de jets de projectiles correspond à toute canette, caillou, objet contondant non identifié, barrière lancé(e). Il vous est reproché par les témoignages des flics, que vous ayez atteint une cible quelconque ou non. II entraîne généralement du sursis ou des TIG.
    Le délit de violence à agent est plus pernicieux, selon que le flic blessé aura porté plainte ou non. Il peut valoir très cher s'il est reconnu par l'accusé ou si le flic est très abîmé. En règle générale, les coups et blessures sont punissables s'ils ont occasionné des arrêts de travail (ITT) de plus de huit jours. Parmi les exceptions à cette règle, les coups et blessures sur un policier en fonction sont punissables pour moins de huit jours d'ITT (même zéro jour). La peine peut aller de 2 mois à 2 ans de prison avec sursis ou ferme si vous ne plaisez décidément pas au juge ou si la pression sociale est suffisamment forte pour qu'il décide de vous criminaliser. Les flics réclament en outre des dommages et intérêts.
    Le délit de dégradation de biens : casse d'Abribus, de vitrines, de voitures, de magasins, de marchandises ou autres objets, est assez mal vécu par les juges dans notre société capitaliste. Il y a une distinction entre dégradation de bien public et dégradation de bien privé. L'étendue du délit de dégradation est assez vaste, puisqu'il va du simple graffiti au sabotage. Il vous offre la prison ferme ou avec sursis (1 mois à 2 ans) selon l'objet dégradé, le nombre de personnes arrêtées et l'environnement éventuel de luttes sociales, plus un bonus d'amende payable à l'Etat et/ou des dommages et intérêts pour le privé. Si le privé porte plainte, la peine s'alourdit en général.
    Le délit de vol suite à une manif, essentiellement lors des manifs étudiantes, lorsqu'il y a pillage de magasins, est lui aussi mal vu, surtout si vous vous faites attraper avec le fruit du larcin, et si le commerçant porte plainte. Il est très important de ne jamais reconnaître les faits qui vous sont reprochés et basés sur des témoignages policiers. Les arrestations dans les manifs se font toujours dans la confusion générale autant pour les manifestants que pour les flics. Il est courant que les inculpés aient été arrêtés et "paient" pour des faits effectués par d'autres. Il est même arrivé, en décembre 1995, qu'un manifestant soit condamné pour avoir détruit un Abribus Decaux, alors que les débats à l'audience, et notamment une lettre de Decaux, certifiaient que l'Abribus désigné n'avait pas été endommagé. Les juges le savent très bien, vous devez donc toujours jouer le rôle de l'innocent arrêté par erreur.
    Organiser sa défense juridique
    Lorsque vous allez comparaître au procès, le juge va vous interroger sur les faits pour lesquels vous êtes inculpé, à partir des déclarations de policiers. Pour lui répondre correctement, il faut préparer une défense, c'est-à-dire une version des faits construite et plausible, qui vous convient. Il y a de multiples sortes de défenses, en fonction des logiques et des circonstances. Ce qui est proposé ici n'est qu'une piste. Le problème n'est pas que vous soyez innocent ou coupable, mais que vous êtes accusé par des représentants des forces de l'ordre et qu'il faut vous défendre, bien qu'a priori votre parole vaille moins que la leur devant un juge. Que vous niiez ou reconnaissiez, vous serez condamné. Toutefois, le fait de nier de façon construite et cohérente fait souvent planer un doute qui allège la peine, comparativement au fait de reconnaître les faits en espérant la clémence, logique suicidaire au niveau politique et pratique.
    Mais cette distinction n'est pas aussi catégorique qu'elle le parait. Ainsi, lors du procès de Cash-Converter, plusieurs reconnurent avoir fait une chaîne passant des marchandises vers le trottoir, action symbolique qui ne s'apparentait pas à du vol. Ainsi, ils ont nié non pas leurs actes, mais la qualification juridique de vol. Cela était d'ailleurs d'autant plus justifié que la chaîne de magasins Cash-Converter n'avait pas porté plainte pour vol, craignant sans doute que sa réputation en prenne un sale coup.
    Pour la défense, il est commun de prendre un avocat qui plaidera pour vous au procès. L'avocat est un spécialiste et un technicien ; généralement, c'est avec lui que vous préparerez votre défense. Toutefois, I'avocat n'est pas plus apte que vous à juger les enjeux et rapports de force ; il ne doit pas vous imposer une défense, mais vous aider à exprimer et défendre vos actes et votre point de vue. Il est important que ce soit vous qui preniez les décisions quant à la logique de votre défense, après avoir écouté et pesé les différents arguments.
    Pour organiser la défense, il faut d'abord récupérer le dossier d'instruction au tribunal (par le biais de l'avocat), le lire de la première jusqu'à la dernière ligne, et accorder une attention particulière aux procès-verbaux (PV) des policiers témoins moins à charge contre vous. En effet, c'est sur ces déclarations que le procureur a décidé de vous inculper et que le juge va vous juger. Vous devez les critiquer en contestant leur version des faits, d'abord mot à mot. C'est-à-dire que vous devez lire attentivement chacun des faits que le policier avance et y opposer votre version lorsque vous n'êtes pas d'accord. Puis vous devez reconstituer l'action au travers des différentes phases contenues dans le PV, et déterminer les circonstances, la situation avant l'interpellation, les faits qui vous sont reprochés, les circonstances de votre arrestation contenus dans cette déclaration.
    Puis, s'il y a plusieurs PV policiers (c'est souvent le cas), vous devez les confronter entre eux afin de détecter des incohérences, voire des contradictions entre les déclarations des différents policiers. Après avoir fait cela, il faut dégager une défense cohérente, qui puisse s'opposer à la version policière des faits. Il y a plusieurs façons de se défendre. Première distinction : nier ou reconnaître les faits. En règle générale il faut toujours nier, sauf s'il existe une preuve flagrante contre vous. En effet, ainsi, vous pouvez éventuellement bénéficier du doute, ce qui signifie exceptionnellement relaxe, et souvent sursis. Nier implique la contradiction, la contestation de la version policière.
    S'il existe dans le dossier une preuve flagrante contre vous (empreintes sur arme par exemple), vous pouvez alors vous défendre, soit en assumant pleinement vos actes (malheureusement les juges n'apprécient pas), soit en plaidant la légitime défense ou la folie passagère, soit en détournant la qualification juridique (comme pour le vol au Cash-Converter). Après avoir choisi la logique de votre défense, il faut lui faire intégrer la réalité des faits, de manière cohérente. Vous pouvez par exemple reprendre les différentes phases temporelles ou factuelles dans les PV et y substituer votre version des faits, en fonction de la défense choisie. Vous pouvez aussi faire un schéma des rues puis un dessin décrivant l'évolution de la situation, autant pour permettre à l'avocat (qui était absent) de comprendre les faits, que pour vous permettre de reconstituer l'ensemble des données et de trouver une éventuelle issue.
    Pour étayer vos affirmations, il faut trouver des témoins à votre décharge. Ceux-ci doivent avoir été présents au moment des faits, et pouvoir expliquer la situation de manière différente de la version policière. Il faut qu'ils soient utiles, c'est-à-dire qu'ils amènent des éléments qui démontrent votre absence de culpabilité. Ils peuvent être écrits ou oraux au moment du procès. Vous devez faire citer les témoins oraux par un avocat, normalement quelques jours avant le procès. Le fait d'avoir des témoins à la barre est payant, l'argent étant versé au greffe du tribunal. Le tarif est moins cher si vous présentez vos témoins oraux au début de l'audience.
    Le soutien aux inculpé(e)s
    De tous les temps de la répression politique, des comités de soutien ont vu le jour, pour s'élever contre l'arbitraire du tandem police/justice. On se souvient du célèbre Secours Rouge, qui, dans les années 50-60, organisait des comités de soutien dans les quartiers. Toutefois, depuis 20 ans, il n'y a pas de structure permanente de soutien aux inculpés, avec des avocats, des relais, des fonds, une grande capacité d'information. Des comités locaux et ponctuels s'organisent à l'égard des inculpés (souvent lorsqu'il y a un mouvement social ou lorsque les arrêtés ont été victimes de violences policières), plus ou moins radicaux, plus ou moins efficaces. Ils ont toutefois le mente de sortir les inculpés de l'isolement et la répression de l'indifférence dont elle bénéficie généralement. Ce texte veut permettre à chacun de pouvoir constituer un comité de soutien s'il y en a le besoin, afin que partout la résistance s'organise contre la répression.
    Le soutien pratique s'effectue en plusieurs temps :
    Lors de l'arrestation de manifestants, il faut commencer par demander à ce qu'ils soient relâchés, avec un rapport de forces conséquent. S'ils sont emmenés, il faut trouver des témoins de l'arrestation (manifestants, passants et commerçants), prendre leurs noms ou leur donner un numéro de téléphone. Puis noter l'heure et l'endroit exact, les effectifs policiers et de manifestants, les circonstances de l'arrestation, les éventuelles violences. Si les médias sont sur place, informez-les immédiatement. Après il faut prévenir un avocat des arrestations et des circonstances, afin que celui-ci puisse localiser l'endroit où ont été emmenés les arrêtés. Il est nettement préférable de connaître le nom d'un des arrêtés afin de savoir exactement où ils se trouvent. Eventuellement, vous pouvez vous rendre au commissariat où ils sont en contrôle d'identité ou en garde à vue pour, soit demander leur libération si vous êtes nombreux, soit essayer de leur faire passer de la bouffe et montrer aux flics qu'ils ne sont pas seuls. Vous pouvez essayer de glaner des informations mais il est peu probable qu'elles viennent du commissariat.
    Le lendemain, si les arrêtés ont effectué une garde à vue (24h), ils risquent d'être inculpés et donc de passer en procès. Deux possibilités : le procureur les relâche en leur notifiant une convocation ultérieure pour le procès, ou il décide de les faire passer en comparution immédiate. Dans ce cas, l'inculpé passe devant une chambre correctionnelle le jour même (c'est-à-dire le lendemain de l'arrestation), sans avoir pu préparer de défense. Au début du procès, le juge est tout de même tenu de demander à l'inculpé s'il accepte la comparution immédiate ou s'il demande le report du procès. Il est vivement conseillé de refuser la comparution immédiate. Lors des procès de manifestants, pour les mêmes faits reprochés, le décalage dans les condamnations prononcées en comparution immédiate ou à une date ultérieure est impressionnant. Il peut passer du ferme au sursis (ou même à la relaxe) si les avocats ont pu plaider correctement en préparant le dossier. De plus, l'avantage de reculer la date est de mettre de la distance avec les faits. Toutefois, il faut savoir que le juge peut décider de garder l'inculpé en détention provisoire jusqu'au procès. L'avocat doit aller faire une demande de mise en liberté au juge, en apportant des garanties de représentations, c'est-à-dire un justificatif de domicile et si possible un contrat de travail.
    Il est important que le soutien soit présent aux audiences des chambres correctionnelles les lendemains de manifs chaudes, avec un avocat, afin de se renseigner au greffe des chambres correctionnelles (flagrant délit) sur les éventuelles comparutions immédiates et l'identité des inculpés pour prévenir les proches éventuellement, trouver des garanties de représentations pour les mises en liberté, et puis bien sûr pour assister aux audiences, relever les motifs d'inculpation, les peines décidées, les éventuellement mise en détention. L'avocat, quant à lui, rencontre les prévenus peu de temps avant la comparution, il doit leur conseiller de refuser la comparution immédiate, même avec le risque de quelques temps en préventive, se renseigner sur les éventuelles violences, demander à l'inculpé où il peut se procurer les garanties de représentation. Hormis l'importance des comparutions immédiates ce jour-là, il faut aussi se renseigner au greffe sur l'identité et le jour de comparution des autres inculpés, éventuellement les rencontrer lorsqu'ils sortent du dépôt afin de leur proposer du soutien.
    Les jours suivants, plusieurs prises de contact sont nécessaires :
    - Avec les inculpés, par lettre ou par téléphone, afin de savoir s'il veulent un avocat et s'ils ont un revenu suffisant pour les payer.
    - Avec les avocats connus, savoir s'ils peuvent prendre en charge certains des inculpés pour un prix réduit, en relation avec le comité de soutien.
    - Avec les témoins de l'action, pour leur expliquer comment rédiger un témoignage et les mettre en relation avec l'avocat.
    - Avec les incarcérés (en préventive ou accomplissant la peine) pour leur proposer un soutien financier, des visites, leur faire connaître le soutien. Pour cela, il faut se procurer les numéros d'écrou et écrire une lettre. En effet le courrier est important pour le moral, et aussi pour pouvoir régler nombre de problèmes techniques. Attention: sachez que tout le courrier est lu auparavant par l'administration pénitentiaire.
    - Le nom de la maison d'arrêt se trouve au greffe de la chambre correctionnelle ou par l'avocat.
    - Le numéro d'écrou peut être trouvé par les services sociaux de la prison ou par l'avocat.
    - Envoi de mandats. En prison, les prisonniers "cantinent" pour pouvoir vivre. Or, toutes les transactions passent par l'Administration Pénitentiaire, par voie de mandats. Pour envoyer un mandats aux prisonniers, il faut aller à la poste avec de l'argent liquide, le nom et le numéro de l'écrou du prisonnier, le numéro du bâtiment et l'adresse de la prison. Il vaut mieux centraliser l'envois de mandats à un prisonnier, car au-delà d'une certaine somme, l'A.P garde le surplus.
    - Linge et livres : Ils peuvent être déposés à la prison, même avant d'avoir obtenu un parloir. A cette occasion, la rencontre avec d'autres visiteurs peut vous permettre de vous renseigner sur le fonctionnement de la prison. Les livres doivent être non-cartonnés (couverture souple). Il y a une liste précise du linge qui peut rentrer dans la prison (généralement linge de corps et de toilette). De toute façon, il vaut mieux trop emmener, quitte à se voir refuser une partie, que pas assez. Pour le reste, il faudra demander une autorisation selon le règlement spécifique de la prison.
    - Parloirs. Il faut aller demander un permis de visite au Palais de Justice, soit au Greffe de la Chambre concernée, soit apurés du juge d'instruction. Pour les membres de la famille du prisonnier, il suffit de se présenter avec sa carte d'identité et 3 photos d'identités. Sinon, il est possible de demander un parloir en qualité de concubin. Il faut aussi s'assurer que l'avocat à demandé un parloir avocat.
    Après l'urgence, l'organisation du soutien politique
    Avant toute chose, il faut que les comités de soutien respectent la volonté des inculpés, qu'ils soient libres ou emprisonnés. C'est à eux qu'appartiennent les choix de défense. Il faut savoir que la relaxe est exceptionnelle dans les procès de manifestants. Les comités de soutien n'apportent pas de recette miracle en matière de résultat du procès. Leur but est d'organiser la solidarité politique aux manifestants inculpés, en leur offrant un cadre de défense collective.
    - L'organisation de la défense juridique. Elle se fait en relation entre inculpé, avocat et comité de soutien, mais la décision appartient à l'inculpé. Elle s'organise sur la base du dossier d'instruction, avec la lecture des PV policiers notamment.
    - Le relais médiatique, la transmission de l'information. Pour cela, il faut rédiger un communiqué de presse mentionnant les circonstances des arrestations et des procès, le nombre des inculpés et les dates des procès, et le faxer aux quotidiens et hebdomadaires locaux et nationaux en leur laissant un contact téléphonique. Le mieux est de savoir quels journalistes s'occupent de cette rubrique et leur faxer directement. Ne pas oublier les agences de presse, notamment l'AFP.
    - La récolte d'argent pour payer les frais d'avocat, les mandats. Celle-ci peut se faire par l'organisation de collectes, de péages, de concerts ou de fêtes de soutien, éventuellement par une contribution de riches associations subventionnées. Il peut être intéressant d'ouvrir un compte bancaire pour recevoir les chèques.
    - Les actions de soutien politique : actions, réunions publiques dans les facs et les quartiers, manifs, rassemblements, collages, tractages, pétitions, discussions.
    - L'organisation du soutien pendant les procès ultérieurs. Sachant les dates de procès, il faut essayer d'organiser une mobilisation suffisamment importante pour que tous les procès fassent salle comble, éventuellement des rassemblements devant le tribunal. Pour cela, tracter largement les dates des procès et des rendez-vous, harceler la presse jusqu'à ce qu'ils diffusent les dates, répartir les personnes sur les journées d'assistance aux procès.
    Plainte contre les violences des flics
    L'arme de la plainte contre violence d'un agent est à double tranchant. Il faut savoir en premier lieu qu'elle n'aboutit pas souvent, et que la procédure est très chère et peut durer des années avant que la plainte ne soit jugée. De plus, lorsque c'est un inculpé qui porte plainte contre des violences policières, il risque fort de se faire charger au procès et nécessairement condamner, afin de justifier les violences dont il a été victime. Par contre, lorsqu'un témoin, qui n'est pas inculpé, porte plainte contre les flics pour violence, et vient ensuite témoigner au procès d'un inculpé et décrit la violence policière dont il a été victime, L'effet n'est pas le même, puisque les flics n'ont pas de moyen de pression réciproque. Il faut savoir, qu'outre le fait de déposer une plainte qui n'a que très peu de chance d'aboutir, il peut être aussi efficace (et indispensable avant le dépôt de plainte), d'aller faire un certificat médical peu de temps après les faits, qui décrira les éventuelles blessures et donnera une indication de jours d'incapacité temporaire de travail (ITI).
    Modèle d'un témoignage
    Un témoignage écrit pour un procès en correctionnelle doit respecter une certaine forme. Il faut, d'une part, une photocopie recto-verso des papiers d'identité, d'autre part un témoignage sur une feuille blanche datée et signée, comprenant vos nom, prénom, date et lieu de naissance, adresse, nationalité et profession, et certaines formules consacrées : " Je soussigné, certifie avoir été témoin des faits suivants..." " Je déclare n'avoir aucun lien de parenté et n'être ni employeur, ni employé de la personne en cause" " Je sais que ce témoignage va être produit devant un tribunal, et que tout faux témoignage entraînerait des poursuites pénales". En plus de ces formules, vous devez raconter votre version des faits, votre perception de la situation : éventuelles violences policières, oublis du type absence de brassard, et non-déclination de la qualité de policier. Vous devez aussi parler des faits reprochés à l'inculpé, et affirmer sa non-culpabilité.
    Présentation du C.A.M.I
    Le CAMI (Collectif d'Aide aux Manifestant(e)s Interpellé(e)s s'est constitué en décembre 1995, pour faire face à la répression qui touchait les manifestants attrapés par la police. Il a pu trouver des avocats, de l'argent, un soutien des étudiants et lycéens grévistes qui ont été assistés aux procès. Il a organisé des débats, des fêtes de soutien, des concerts. Après le mouvement, il s'est mis "en veille", pour être réutilisé lors de la répression des soutiens aux sans-papiers en septembre 1996. Mais, lors de nombreuses manifestations à Paris ou dans d'autres villes (notamment lors des manifs anti-FN) il y a eu d'autres inculpés, qui ont parfois pris de lourdes peines sans avoir été défendus correctement ni bénéficié d'un mouvement de soutien politique.
    Lors du mouvement des chômeurs et précaires de 1998, le CAMI a été réactivé après les arrestations et les incarcérations de manifestants présents lors d'une action contre un magasin Cash-Converter à Paris. Le CAMI a alors été pris en charge par une partie des personnes participant au mouvement, de façon multiple et assez efficace, la nouvelle s'étendant loin, suscitant d'autres actions contre les Cash-Converter de nombreuses personnes présentes lors des audiences, les fonds utilisés pour les mandats et les avocats étant remplacés par d'autres venus de partout. Sur l'affaire proprement judiciaire, les 4 inculpés ont passé deux semaines en prison préventive après avoir refusé la comparution immédiate, puis ont été relâchés lors de l'audience du 26 février 1998, reportée un mois plus tard à cause de l'absence des flics. Lors du procès le 26 mars 1998, ils ont tous été condamnés à des peines de sursis. Les 2 inculpés poursuivis pour atteinte aux personnes (des flics), ont été plus sévèrement condamnés (pour violence, avec7 mois de sursis avec 2 ans de mise à l'épreuve ; pour aide à la fuite avec 4 mois de sursis et 120h de TIG), alors que les autres, inculpés pour atteinte aux biens (vol et dégradation), ont été tous deux condamnés à 3 mois de sursis et 100h de TIG.
    Puis a été innovée une autre méthode (qui n'a pas vraiment fonctionné). Pour le procès de Napoléon, repéré grâce à son bicorne dans l'amphi de l'Ecole Nationale Supérieure occupée le 7 mars 1998, il a été proposé que toutes les personnes présentes lors des faits et arrêtées après (300) rédigent un témoignage écrit devant servir à relaxer Napoléon. Malheureusement, il faut croire que la parole des personnes présentes vaut bien moins que celle de deux gendarmes qui se contredisent : il a été condamné pour avoir jeté une canette en verre à moins de deux mètres contre un premier gendarme, celui-ci parant de son bouclier, la canette pénétrant alors sous la visière du casque du gendarme suivant, lui fracturant le nez. En sachant que le second gendarme ne se rappelle de rien, n'a rien vu et presque rien senti !
    Le CAMI, structure informelle bénéficiant d'un compte en banque et du soutien de - quelques - bons avocats, ne fonctionne évidemment pas à l'échelle de la répression des mouvements sociaux. C'est un outil qui peut être utilisé et efficace dans le cadre d'actions collectives, dans la mesure seulement où les personnes participant à ces actions prennent en charge la défense collective des personnes inculpées lors de ces actions.

FACE AUX KEUFS


 
 

    A. RUES ET LIEUX PUBLICS1. Contrôle d'identité
    La possession d'une carte nationale d'identité n'est pas une obligation légale. Aussi ne pas avoir ses papiers sur soi n'est pas une infraction, mais on risque alors une vérification d'identité.
    La police peut demander à toute personne circulant dans un lieu public (rue, métro, gare, café...), de justifier son identité, et ce, sans aucune raison particulière. Un policier peut vous contrôler lorsqu'il le souhaite pour prévenir " toute atteinteÉà la liberté des personnes et des biens ". Vous devez donc vous soumettre. Cependant, le contrôle d'identité n'est pas un interrogatoire et la seule obligation qui vous est faite est d'établir votre identité. Vous n'êtes pas obligé de répondre à d'autres questions. Les étrangers doivent de plus justifier de la régularité de leur séjour sur le territoire français (visa), et donc toujours avoir leurs papiers sur eux. Dans le cas ou vous êtes conducteur d'un véhicule, la possession sur soi de la carte grise à l'adresse actuelle du propriétaire, ainsi que de l'attestation d'assurance, est obligatoire sous peine d'amende.
    2. Les fouilles
    En principe, lors d'un contrôle d'identité, les fouilles sont interdites aussi bien sur soi que dans ses bagages ou son véhicule. Seule la palpation de sécurité qui consiste à "appliquer les mains par le dessus des vêtements pour s'assurer que la personne n'est pas armée" est autorisée lors de la vérification d'identité. Toute autre forme de fouille correspond à une perquisition, et ne saurait avoir lieu sans un ordre du procureur de la république ou d'une commission rogatoire signée d'un juge. Néanmoins, deux faits importants permettent à la police de dépasser ce droit :
    - Suite aux lois " Pasqua ", il peut y avoir des fouilles dans le cadre d'une manifestation (or il y a tous les jours des manifestations...). La police peut en abuser pour opérer des fouilles systématiques.
    - Ne parlons pas du plan " Vigipirate " dans le cadre duquel tout devient possible...
    - Les douaniers - qui ne sont pas qu'aux frontières - peuvent déjà opérer une fouille.
    - Les contrôleurs SNCF et RATP ne peuvent vous demander vos papiers que suite à une infraction. La même procédure s'engage alors comme pour les municipaux. Toutes ces forces n'ont absolument aucun pouvoir. Ils peuvent au mieux vous demander votre identité (et vous n'êtes pas obligé de la leur donner) ou vous retenir le temps d'appeler de " vrais " policiers, exception faite dans le cadre d'un flagrant délit. La fouille au corps doit être effectuée dans un commissariat ou à la gendarmerie par un officier de la police judiciaire. Comme tous les policiers ne sont pas officiers de police judiciaire, vous pouvez lui demander sa carte de police pour vous en assurer. L'officier de police judiciaire doit être du même sexe que la personne fouillée. Si vous êtes victime d'une fouille illégale pensez à retenir le n° de matricule du policier (celui-ci se trouve sur la casquette ou au revers de l'uniforme).
    3. Police municipale et vigiles
    En droit ils n'ont aucun pouvoir. Ceci est aussi valable pour les appelés du contingent (bande verte sur la casquette). Ils n'ont pour seul droit que la vérification de votre identité - que vous n'êtes pas obligé de leur donner - et celui de vous retenir le temps d'appeler la police (éventuellement). La loi donne la possibilité a toute personne d'appréhender l'auteur d'un crime ou d'un délit flagrant, et de le conduire devant l'officier de police judiciaire le plus proche.
    4. La vérification d'identité
    Elle complète le contrôle d'identité. La police retient les personnes qui ont refusé ou sont dans l'impossibilité de justifier de leur identité. C'est aussi un moyen de pression utilisé par la police. Cependant ces vérifications sont soumises ont certaines règles :
    - Le vérifié doit être présenté à un officier de police judiciaire (tous les policiers n'étant pas officiers de police judiciaire vous pouvez lui demander sa carte de police pour vous en assurer), qui doit le mettre en mesure de fournir par tous les moyens les éléments qui permettent d'établir son identité.
    - La vérification d'identité peut se faire sur le lieu de contrôle ou dans le local de police dans lequel on est conduit.
    - La vérification d'identité ne peut durer que 4 heures maximum. Cette durée commence au début du contrôle, dès qu'on est retenu par la police.
    - La personne en vérification d'identité ne peut pas être gardée en cellule. Elle ne peut pas être emmenée pour être fouillée ou pour défaire ses lacets. Seule la palpation de sécurité qui consiste à " appliquer les mains par-dessus les vêtements " est permise.
    - La vérification d'identité n'est pas un interrogatoire. Vous n'êtes pas obligé de répondre à des questions qui n'auraient pas comme simple et unique but de prouver votre identité.
    - Le vérifié peut faire prévenir le procureur de sa rétention.
    - Le vérifié peut prévenir à tout moment sa famille ou toute personne de son choix. L'officier de police judiciaire peut aussi le faire à votre place.
    - La prise d'empreintes et de photos n'est possible seulement que si c'est l'unique moyen d'établir l'identité de la personne. De plus, cela ne peut se faire qu'après une autorisation du procureur ou du juge d'instruction.
    - La vérification d'identité fait l'objet d'un P. V. sur lequel sont mentionnés :
    1. Le jour et l'heure du contrôle.
    2. La durée de la rétention et le motif de la vérification d'identité.
    3. Les conditions dans lesquelles le vérifié a été avisé de ses droits et a pu les exercer.
    4. Les mesures prises.
    Vous n'êtes pas oblige de signer le P. V, surtout si certaines règles n'ont pas été respectées. Si on ne vous présente pas de P.V, réclamez-le. Refusez de signer si une obligation légale ne vous semble pas respectée et contactez un avocat dès votre sortie. Une copie vous est adressée dans le cas de votre refus.

    B. LES PERQUISITIONS
    La perquisition - fouille d'un lieu privé (domicile ou voiture) - ne peut être effectuée que dans le cadre d'une enquête préliminaire, d'un flagrant délit, ou d'une commission rogatoire.
    1. Enquête préliminaire
    Parce qu'ils ont des éléments sur l'infraction qui va se commettre ou qui a été commise, les officiers de police judiciaire procèdent à une enquête. Dans le cadre d'une enquête préliminaire, la perquisition ne peut avoir lieu qu'avec votre accord écrit express qui doit être acté dans le P. V.
    2. Flagrant délit
    II se définit comme une infraction qui vient de se commettre. II y a donc recherche et/ou arrestation immédiate du ou des auteurs de l'infraction.
    3. Commission rogatoire
    C'est l'autorisation donnée par le juge d'instruction saisi d'une affaire d'effectuer des actes (perquisitions, interrogatoires...)

    Règles que la police doit toujours respecter pendant une perquisition :
    - La présence d'un officier de la police judiciaire est obligatoire. La plupart des policiers en uniforme ne le sont pas. S'assurer lors d'une perquisition de la présence d'un officier de police judiciaire en lui demandant sa carte. De simples agents poursuivant en flagrant délit une personne qui s'est réfugiée dans un lieu privé, doivent attendre la venue d'un officier de la police judiciaire pour perquisitionner.
    - Les horaires : après 6 h du matin et avant 21 h (dans le cadre d'une enquête ou d'un flagrant délit se rapportant à la législation sur les stupéfiants, ces limites ne sont pas applicables).
    - La perquisition ne peut être effectuée qu'en présence de l'intéressé, d'un tiers le représentant, ou de deux personnes réquisitionnées par la police. Le témoin doit assister à l'ouverture et à la fermeture du lieu, et être présent dans chaque pièce au moment ou elle est visitée.
    - Au cours de la perquisition, ne peuvent être saisis que des objets ayant lien avec l'affaire. Cependant, en cas de découverte d'objet délictueux (armes, stupéfiants...), la perquisition peut déboucher sur l'ouverture d'une procédure incidente de flagrant délit.
    - En fin de perquisition, un procès-verbal rédigé par l'officier de police judiciaire doit obligatoirement être établi sur place. Insistez sur le fait qu'il doit être rédigé sur place et non au commissariat. Tous les objets saisis doivent être inscrits sur le P. V. ainsi que le lieu exact où ils ont été trouvés. La personne perquisitionnée est invitée à signer le P.V, mais n'est pas obligée de le faire. Relisez attentivement le P. V. avant de le signer, et veillez à ce qu'il n'y ait aucun blanc ni rature. Les objets saisis doivent être scellés sur place avec un cachet de cire. L'intéressé est aussi invité à signer les étiquettes placées sur les objets portant la date de la saisie. Refusez de signer si vous ne reconnaissez pas un objet.
    - On ne peut s'opposer physiquement a une perquisition illégale. Apres une perquisition illégale, il faut porter plainte pour violation de domicile et/ou voie de fait. Même si cette perquisition permet de découvrir des éléments prouvant que l'intéressé a commis un délit, la procédure peut être purement et simplement annulée ; ce sera à la défense de l'accusé de prouver l'illégalité de la procédure.
    - Souvent les policiers opèrent des perquisitions au bluff, en jouant sur l'ignorance des gens et sur l'intimidation. A la fin d'une perquisition au bluff. Ils font mention dans le P.V d'une autorisation que leur aurait donné la personne. Refusez de signer le P. V, car vous venez de subir une perquisition illégale. En cas de tapage nocturne, les agents de police n'ont aucun droit pour pénétrer dans votre domicile.
    - Les tentatives d'intimidation sur le recel d'objets volés dont vous ne possédez pas les factures ne doivent pas vous impressionner. Ce n'est pas a vous de prouver que ces objets ne sont pas volés, mais à la police de faire la preuve de leur provenance.
    C. LA GARDE A VUE (GAV)
    C'est une privation de liberté. L'intéressé, bien qu'il ne soit pas encore mis en examen, est détenu dans les locaux de la police pour les besoins d'une enquête.
    On peut être placé en GAV :
    - En cas de flagrant délit.
    - Dans le cadre d'une enquête judiciaire.
    - Par le juge d'instruction ou dans le cadre d'un tribunal pour un supplément d'enquête.
    On ne peut être gardé à vue pour une contravention ou un délit puni d'une simple amende. La décision de mise en GAV est prise par un officier de police judiciaire sous le contrôle du procureur ou du juge d'instruction. Le procureur doit être obligatoirement prévenu.
    1. Durée de la garde a vue
    La garde a vue commence dès la privation de liberté, l'arrestation, ou la perquisition. Dans le pire des cas elle ne peut excéder 4 jours. Le plus souvent elle ne dépasse pas 48 heures, soit le renouvellement des premières 24 heures.
    2. Modalités de la garde a vue
    La notification de vos droits doit être faite des le début de la garde a vue, et ce dans une langue que vous comprenez. L'officier de police judiciaire doit indiquer à la personne ses droits :
    a) Le droit de faire prévenir sa famille ou un proche.
    b) Le droit a être examiner par un médecin.
    c) Le droit a un entretien avec un avocat.
    a) Droit de faire prévenir sa famille ou un proche
    On peut faire prévenir par téléphone la personne avec laquelle on vit, un parent, ou son employeur. L'officier de police judiciaire peut estimer que pour les besoins de l'enquête, il vaut mieux ne prévenir personne. C'est le procureur qui doit prendre la décision.
    b) Droit à être examiné par un médecin
    On peut le demander soi-même une fois par 24 heures. On ne peut pas vous le refuser.
    c) Droit à un entretien avec un avocat
    La loi prévoit que l'avocat a le droit d'intervenir dès la 20ème heure de la garde à vue. Dans le cadre de proxénétisme ou d'association de malfaiteurs, le délai est repoussé à 36 heures ; et dans le cadre de stupéfiants et de terrorisme il est repoussé à 72 heures. Le gardé à vue peut faire appel à un avocat de son choix ou à un avocat commis d'office. La nuit et le week-end, c'est l'avocat commis d'office qui intervient. La police doit tout mettre en Ïuvre pour contacter l'avocat choisi ou la permanence des commis d'office, et en justifier dans les P.V. Si l'avocat n'a pu être contacté par manque de diligence de l'officier de police judiciaire, toute la procédure de GAV peut être annulée. L'avocat peut s'entretenir avec la personne durant une demi-heure. N'hésitez pas à l'informer sur tout ce qui vous a semblé étrange au cours de la GAV, car l'avocat peut rédiger une note écrite qui sera jointe à la procédure. Le P.V de la garde à vue doit mentionner les pauses et les repas accordés entre chaque interrogatoire. Il est à noter que l'on doit être nourri, et ce, même si on n'a pas d'argent. Les dépenses seront alors inclues dans les frais de justice. Vos objets personnels (lacets, montres, cravatesÉ) sont confisqués le temps de la garde. Normalement vous n'êtes pas obligé de répondre lors de 1'interrogatoire. Cependant, si vous êtes en garde a vue sous commission rogatoire, vous risquez 1200 a 3000 francs d'amende. Des photos et empreintes peuvent être prises. Tout est noté dans le procès-verbal d'audition. Vérifiez qu'aucun blanc n'est laissé et qu'il n'y a pas de rature. Comme pour tout P.V, vous pouvez refuser de le signer. N'hésitez surtout pas !
    3. Les mineurs
    Les mineurs sont soumis à traitement spécial :
    1. De 10 a 13 ans, la garde à vue n'est possible que si le prévenu est soupçonné d'un délit excédant 7 ans de prison. L'avocat peut alors intervenir dès la première heure. Un examen médical a lieu dès le début de la garde et les parents doivent être avertis. La garde à vue ne peut excéder 10 heures, et elle ne pourra être renouvelée qu'une fois, toujours sur demande du magistrat.
    2. De 13 a 16 ans il en va de même, sauf que la durée de la garde a vue est de 24 heures et que le magistrat doit voir le prévenu pour la renouveler.
    3. De 16 a 18 ans rien ne change, excepté que la prévention des parents peut être différée de 12 ou 24 heures sur décision du magistrat.
    4. Fin de la garde a vue
    A la fin de la garde a vue vous pouvez :
    - Soit être relâché sans rien
    - Soit être convoqué ultérieurement pour votre procès (la convocation ne pouvant être inférieure a 2 semaines).
    - Soit passer en procès le jour même ou le lendemain en " comparution immédiate ", uniquement dans le cadre d'un flagrant délit ou bien si vous l'acceptez vous-même (dans ce cas la peine ne peut excéder 5 ans de prisons). Si vous refusez, vous pouvez être gardé en prison sous mandat de dépôt (il vous reste un recours pour demander à être libéré sous 24h).
    Il vaut mieux tout faire pour éviter la comparution immédiate, quitte à rester un peu en dépôt. En cas de détention provisoire le juge doit signer une prolongation tous les 4 mois.
    Votre convocation à une audience doit arriver 10 jours avant l'audience, par voie d'huissier, dans le cas contraire vous pouvez demander un report.
    Si vous êtes jugé par défaut - généralement on prend un "maximum" -, c'est à dire que vous n'avez pas été prévenu de la date du procès, vous avez 10 jours pour faire opposition. A ce moment là, un nouveau procès aura lieu.
    Si vous avez subit des préjudices par les forces de l'ordre, vous pouvez porter plainte. Le plus simple est d'écrire au Procureur de la République. Cette lettre doit raconter les faits avec le plus de précision possible (noms, lieux, dates, témoins...). Elle doit indiquer vos noms, prénoms, date et lieu de naissance, profession et adresse. S'il y a eu des témoins vous pouvez y joindre leurs déclarations écrites, un certificat médical, des photos, et un constat d'huissier. Datez, signez et envoyez-la en recommandé avec accusé de réception. Vous pouvez " l'appuyer " en envoyant un double au juge d'instruction pour plainte avec constitution partie civile (dommage et intérêt). Cela n'est pas gratuit, mais pouvez demander une aide judiciaire.
     

    LE CASIER JUDICIAIRE
    Votre casier judiciaire se découpe en 3 volets :
    1. Le B1 qui comporte toutes vos condamnations (seuls les tribunaux peuvent y avoir accès).
    2. Le B2 qui comporte les condamnations les moins graves.
    3. Le B3 qui comporte les condamnations les plus graves.
    Le B2 est accessible à l'administration, tandis que votre employeur (privé) n'a accès qu'au B3 ( s'il vous le demande ). Lors d'un jugement vous pouvez demander à ce que votre condamnation ne soit pas inscrite sur votre B2 ou B3, mais c'est le tribunal qui décide. Vous pouvez faire cette demande plus tard en écrivant au procureur de la république du tribunal qui vous a condamné.
    En cas d'amnistie, les affaires amnistiées disparaissent du B2 et B3.


    TECHNIQUES DE LUTTES SYNDICALES
    Source ?
    Ce qui suit consiste à remémorer, faire découvrir ou populariser les techniques de lutte syndicale car dans toute bataille, il faut partir de quelques idées fortes:Porter à l'adversaire plus de coups qu'il ne peut vous en porter, voire lui porter des coups qu'il ne peut rendre.
    Analyser le rapport de force :
    — Numériquement, combien nous sommes ;
    — L'impact sympathie/rejet de la lutte par les autres salariés, par la population ;
    — Les contraintes financières, c'est à dire les moyens en fric pour continuer la lutte.
    Eviter l'épuisement des forces, des luttes dures d'emblée peuvent être une faiblesse : le patronat a, dans sa gestion, programmé ce type d'effets sporadiques: production transférable, reprise de production ailleurs, stocks, jaunes, intérim, réserves financières, etc.
    Savoir stopper une lutte, éviter le jusqu'au-boutisme quand on n'est pas en situation favorable. Continuer à occuper minoritairement l'entreprise finit par offrir au patron des mécontents manœuvrables contre les grévistes. Les pertes de salaires sont telles que la reprise d'une lutte deviendra difficile. L'écœurement joue contre la mobilisation.
    Prévoir des solutions de replis, de luttes ou de revendications.
    Analyser l'histoire, la stratégie, les buts des forces en jeu : Bourgeoisie/salariés (patronat dur ou modéré, salariés plutôt revendicatifs ou pas) Organisation/luttes (si les syndicats sont plutôt mous ou radicaux, si les luttes bénéficient d'expérience autonome, etc.)
    LES LUTTES SE DEFINISSENT PAR LES CATEGORIES SALARIALES,
    LEUR TERRITORIALITE OU ENCORE PAR LEUR CONTENU
    Catégories salariales : Luttes des OS, des ouvriers qualifiés, des postiers ou des infirmières, des IATOSS ou des enseignants etc…, appelées luttes catégorielles. Si la luttes est le fait de toute une entreprise ou établissement et porte sur des revendications pour l'ensemble du personnel, la lutte est inter-catégorielle.
    Territorialité : Si la lutte a lieu dans un seul établissement, c'est une lutte au niveau du site. Exemples : luttes au CHU de Caen, à Moulinex, Caen.
    Une lutte au niveau du groupe se situe sur plusieurs sites mais au sein d'un même groupe. Exemple : luttes au niveau du groupe Renault.
    La lutte peut être celle d'un secteur d'activité (branche). Exemples : secteur santé, chimie ou métallurgie. Une lutte peut avoir lieu sur l'ensemble des secteurs d'activité et des sites.
    Contenu : Le contenu revendicatif de la lutte peut être matériel (salaires, retraites, condition et temps de travail, Sécu …), politique (retrait d'une loi, critique d'une politique anti-sociale, conquête de nouveaux droits syndicaux, constitution de contre pouvoirs salariés dans une entreprise …). Il peut aussi évidemment mélanger les 2 aspects : par exemple, simplification et homogénéisation par le haut d'une grille de qualification dans une branche donnée. Cette revendication matérielle permet également de favoriser l'unification des travailleurs de cette même branche et donc d'ouvrir des perspectives de luttes plus importantes.
    Les luttes peuvent aussi être menées tout simplement en solidarité avec d'autres luttes.
    LES DIFFERENTS TYPES DE LUTTE
    — La protestation verbale : c'est le type de lutte le plus simple.
    — La pétition : c'est un écrit dénonçant, réclamant, exprimant un désaveu, un désir. La pétition peut quelque fois influencer, faire obtenir de menus avantages le plus souvent illusoires et démagogiques. Certains syndicats ne faisant ou ne voulant rien faire, ils se dédouanent par une pétition à des fins électorales ou pour avoir bonne conscience
    — Le débrayage : c'est la cessation d'activité pendant une courte durée maximum quelques heures. Le débrayage exprime déjà un mécontentement plus grand, la naissance d'une certaine radicalité. Le débrayage est utilisé comme pression pour des négociations sur des effets à court terme ou des revendications mineures. Exemple : manque de chauffage, problèmes de primes, de salissures ou de casse-croûte etc.
    — La grève perlée : débrayage d'une partie du personnel puis reprise tandis qu'une autre partie débraye et ainsi de suite. Avantage : perte de salaire minimum par individu tandis que l'établissement est pratiquement paralysé et que l'employeur paie ses salariés devenus peu productifs voire inactifs. L'employeur tentera de faire travailler les non grévistes, l'encadrement, ou les intérimaires. Si cela ne s'avère pas suffisant, il fermera l'entreprise pour un temps, c'est le lock out qui lui évite de verser des salaires à des gens inactifs.
    — Le coulage : freiner la production en étant le moins productif possible.
    — La grève du zèle : application stricte ou excessive des consignes et des règlements entravant le bon fonctionnement de la production.
    — La grève limitée : les salariés cessent le travail pour une durée limitée.
    — La grève illimitée : cessation du travail par les salariés jusqu'à ce que ceux-ci décident de reprendre le travail. Avantage : exprime une certaine radicalité, une participation à la lutte, bloque tout ou partie de la production. Inconvénient : perte de salaire importante pour les grévistes. L'établissement peut continuer à produire avec des intérimaires, des non grévistes. La production peut être réalisée sur un autre site.
    — Le piquet de grève : mise en place de barrages pour empêcher les non grévistes de pénétrer dans l'établissement pour réaliser l'ouvrage. Les conditions matérielles du piquet sont souvent déplorables : pas d'abris, soumis aux intempéries. Une partie des non grévistes arrivent parfois à pénétrer dans l'établissement ou bloqués à l'intérieur ils continuent d'assurer la production.
    — La grève avec occupation : les grévistes investissent le secteur visé, évacuent les non grévistes, détournent à leur profit la logistique : salles de réunions, réfectoires, dortoirs, photocopieuses, téléphones et véhicules.
    — La lutte intra muros : se limite à l'intérieur de l'établissement.
    — La lutte extra muros : aller envahir et occuper tel établissement ou une administration favorable à l'employeur : Direction Départementale du Travail et de Emploi, justice, mairie, local de parti politique, siège d'un journal, Chambre de Commerce et d'Industrie, quartier résidentiel des cadres ou de l'employeur, entreprise où a été transférée la production.
    LA LUTTE DOIT CHERCHER LA COMPLICITE ET LE SOUTIEN DE LA POPULATION,
    EXPLIQUER LES REVENDICATIONS
    ET EVITER DE GENER LE PLUS POSSIBLE LES SALARIES ET/OU LES USAGERS.




    — La manifestation de ville : elle fait découvrir le conflit, popularise la lutte, maintient la pression, permet de jauger le rapport de force.
    — La manifestation nationale voire internationale obéit aux mêmes règles que celle de ville mais à une plus grande échelle.
    — L'intox : produire rumeurs, informations en tout genre pour fragiliser l'adversaire.
    — Le discrédit : rendre publiques des critiques sur la qualité des produits ou services de l'établissement.
    — Le sabotage : (voir cahier de l'anarcho-syndicalisme n°15: "Le sabotage" par Emile Pouget) Cette vieille méthode de lutte est toujours pratiquée bien que non médiatisée. Elle doit être manipulée par des individus conscients des risques ou de l'effet catastrophique à terme de certaines destructions pouvant entraîner la fermeture de l'entreprise. Peut être qu'une graduation doit être introduite pour éviter des problèmes néfastes. Le sabotage est une arme très efficace, peu coûteuse pour les grévistes, très nocive pour l'employeur. Il faut toujours conserver à l'esprit que la lutte doit nuire à l'employeur mais pas aux usagers salariés eux-mêmes, ex : les services publics, les transports, EDF, santé, alimentation, etc.
    — La réappropriation : reprise sous le contrôle des salariés de biens produits par l'entreprise c'est-à-dire par eux-mêmes.
    — La vente sauvage : vente par les grévistes des stocks de l'entreprise pour constituer un trésor de guerre qui les indemnisera.
    — La production sauvage : les grévistes utilisent les machines de l'entreprise pour produire des biens qu'ils vendent directement à la population en en réduisant le prix ce qui satisfera tout le monde et apportera des liquidités aux grévistes.
    — Le travail sauvage : utilisant leurs propres outils les grévistes réparent fabriquent ou rendent des services aux particuliers moyennant finances. Exemples les coiffeurs de Rennes qui, sur une place publique coupèrent les cheveux. L'argent payé pour ce service allait à la caisse de grève. En Australie, les chauffeurs de tramway, pendant une grève mirent les trams en circulation gratuitement pour la population.
    — Le boycott : sur demande des salariés en lutte dans une entreprise, ne pas utiliser ou acheter telle production ou tel service fournis par cette même entreprise. Exemple : le comité de lutte appelle la population à ne pas consommer telle marque de produit tant que les revendications ne sont pas satisfaites.
    — La désobéissance civile : refus d'appliquer, de se soumettre aux lois de l'Etat. Exemple : soutenir et aider des personnes réprimées. Ne pas payer l'impôt, refuser de présenter ses papiers d'identité, de faire l'armée... etc.
    — La grève généralisée : situation de grève touchant tout un secteur ou plusieurs secteurs de production ou bien une région, un pays ou un groupe de pays.
    — La grève générale : grève intercatégorielle, intersectorielle sur un territoire donné région, pays, international. Action consciente et concertée, ce qui la différencie de la grève généralisée. C'est l'arme voulue, souhaitée, défendue par les anarcho-syndicalistes. C'est l'acte ou toute une masse, qu'elle le sache ou non, s'anarchosyndicalise. En effet, à ce stade, les gens en lutte entendent défier leurs adversaires. Ils ne s'en remettent pas au verdict des urnes, ni au gouvernement qui en est issu, ni aux promesses à venir. Les gens en lutte, s'appuyant sur l'action directe, entendent ici et maintenant faire aboutir leurs revendications. La grève générale marque et exprime l'affrontement de classes clairement. Si elle est massive, le rapport de force est optimum et d'autres choix peuvent apparaître.
    — La grève générale insurrectionnelle : les grévistes, pour diverses raisons, deviennent émeutiers, barricadiers. Partout le peuple en armes se soulève ouvrant la perspective d'une possible expropriation des capitalistes.
    — La grève générale expropriatrice : les grévistes, maîtres de la rue, s'emparent des moyens de production, d'échange, de communication. Les entreprises, le commerce, les administrations sont placés sous le contrôle des comités de luttes. C'est le prélude à un changement social profond d'où, à notre avis, devrait sortir le communisme libertaire.
    QUELQUES CONSEILS

    Voici donc présentés un certain nombre de techniques de luttes faisant partie de la culture syndicale. Il appartient à chacun d'en juger l'usage. Mais je pense que chaque technique doit correspondre à l'enjeu. Inutile de déployer de gros moyens pour un petit enjeu. Exemple : pour une petite revendication, le débrayage, la grève perlée, le coulage, le zèle sont suffisants.
    Si cela s'avérait insuffisant, graduer le passage à des luttes plus radicales. Toujours maintenir la pression, aller crescendo car partir fort puis revenir en arrière marque une faiblesse que l'adversaire sait analyser et travailler.
    Se méfier des faux radicaux, analyser si ceux qui propagent le radicalisme sont sincères, même s'ils ont raison ou tort sur le moment. Ceux qui poussent à un conflit dur non adapté, tentent soit de jouer dur pour coller avec les grévistes afin d'obtenir leur confiance et, par la suite, tuer la lutte, ou bien, sachant que l'échec est assuré, veulent capitaliser en terme d'élection la sympathie obtenue. S'ils sont de mèche avec l'adversaire, ils feront éclater un conflit dur aboutissant à un échec qui pèsera lourd quand une attaque du patron (restructuration, licenciements, etc.) sera à l'ordre du jour car les pertes de salaire subies ne permettront pas aux travailleurs de redémarrer un conflit.
    Analyser les rapports de force. Exemple : la proximité d'élections syndicales ou politiques qui poussent les pouvoirs publics à éviter des conflits,
    Analyser le niveau de mécontentement de l'opinion publique ou encore la situation financière et économique des établissements où les grévistes veulent agir.
    Examiner l'état des stocks, s'ils sont importants, l'employeur pourra continuer à vendre ses produits et, parallèlement, baisser sa masse salariale (salaires versés) pour des raisons de grève. En revanche, des stocks faibles ou périssables le gênent beaucoup. Attention à l'annualisation du temps de travail (flexibilité) qui l'avantage suivant la loi d'annualisation, l'employeur peut faire faire plus d'heures de travail que la durée légale hebdomadaire et, de fait, reproduire plus rapidement ses stocks et honorer les commandes en retard suite au conflit (voir le cahier de l'anarcho-syndicalisme n°5 : "Réflexion sur le chômage").
    Examiner l'état des commandes, l'importance des réserves financières, les possibilités de transfert de production sur un autre site. On peut préparer le terrain d'une lutte en utilisant, combinés ou pas, la grève perlée, le zèle, le coulage, le sabotage, l'absentéisme pour réduire la production.
    Eviter la répression en faisant en sorte que les grévistes ne soient pas identifiés, que l'adversaire ignore le plus possible qui est qui et qui fait quoi. Occulter si possible le nombre de personnes en conflit, les dates et lieux de leurs réunions. Décider au tout dernier moment des actions pour éviter les divulgations.
    Opter pour un comité de lutte plus large que les seules sections syndicales. Le comité de grève, lieu unitaire, doit être géré par l'assemblée générale des grévistes.
    Multiplier les commissions : médias, bouffe, propagande, finance, production sauvage, travail sauvage. Cela oblige l'adversaire à multiplier l'intervention de jaunes contre les grévistes.
    Appliquer la démocratie directe des assemblées générales souveraines pour éviter qu'un petit groupe s'empare de la lutte à des fins autres que celles décidées par l'A.G.
    Inutile d'envoyer des personnes discuter avec le patron, le directeur, le conseil d'administration. Inutile d'envoyer les délégués du personnel et autres personnes soi-disant spécialistes de la négociation. Elles ne servent à rien sinon à vous faire croire à leur utilité ou vous obliger à la délégation de pouvoir et vous persuader de la nécessité des syndicats réformistes. La bourgeoisie sait utiliser et utilise des outils pour analyser un malaise. Ex : que la production ralentisse ou que la mauvaise qualité de l'ouvrage, l'absentéisme ou le sabotage augmentent, elle conclura très vite que les salariés sont mécontents même si elle le nie ou le cache. Qu'une grève éclate ne nécessite en rien que les soi-disant représentants élus des salariés se précipitent devant la direction pour le lui dire, elle le sait, elle sait même ce qu'elle proposera aux grévistes. Le délégué du personnel ne sert à rien.
    Envoyez à la presse, à la population ou à l'employeur par courrier signé du comité de lutte vos revendications.
    Si l'employeur veut négocier ou proposer ou satisfaire les revendications, qu'il fasse connaître ses propositions par la presse, par voie d'affichage ou prise de parole devant les salariés. Le comité répondra par écrit. Inutile d'envoyer des délégués négocier, ils risquent fort de se contenter de miettes ou de défendre leurs idées plutôt que les vôtres surtout s'il s'agit d'élus des syndicats réformistes.
    Obligez l'adversaire à signer un accord de non répression suite au conflit. Le contraindre au paiement des jours de grève. Il faut tenter de minimiser les incidences financières du conflit pour les salariés, de cette façon, si le patron tente de contre-attaquer, les salariés, non affaiblis, pourront déclencher un nouveau conflit.
    Dans cette logique, faites des collectes, des concerts, des fêtes de soutien financier. Agissez sur les mairies, les aides sociales, les caisses de secours (Sécu, ASSEDIC, Comités d'Entreprise, etc.) pour trouver du fric.
    LEGALISME - ILLEGALISME


    Il faut user le plus possible de la légalité et éviter ainsi des problèmes de répression éventuelle. Mais nous devons constater que la légalité s'accommode mal de nos intérêts. Très vite, pour satisfaire leurs objectifs, les travailleurs doivent agir illégalement : piquets de grève, occupations, production sauvage. Mais nous devons en analyser froidement les avantages et les répercussions. Vous découvrirez très vite que la loi légitimée par l'Etat n'est pas neutre et sert l'intérêt de la bourgeoisie.
    Partant de l'idée de Bakounine "Le droit n'est que le fait illustré par la force", deviendra légal ce que nous imposerons.
    VIOLENCE - NON VIOLENCE

    A l'occasion ce n'est pas forcément l'une ou l'autre, ça peut être les deux un conflit plutôt pacifique avec des poussées violentes et vice versa.
    Tantôt un conflit non violent et déterminé peut être efficace, tantôt ce sera le contraire. Une bonne manifestation massive et sage peut être efficace mais une manifestation violente peut l'être tout autant. C'est une question de contexte et de choix des gens en lutte.
    Toutefois, se méfier de la violence et de qui la provoque (si ce sont les grévistes ou les adversaires).
    Les anarcho-syndicalistes sont partisans d'un monde sans violence, sans armes tel est leur but.
    Hélas, nous constatons que la résistance agressive active des salariés est légitime face à la violence de la bourgeoisie : exploitations, licenciements, guerres, prisons, pollutions.. .etc.
     
     
    S'ORGANISER
    Nous devons aussi penser le mode d'organisation adéquat pour lutter. Le syndicalisme actuel de gauche défend-t-il réellement les intérêts des travailleurs ou quels autres intérêts ? Est-il adapté à la lutte, la défend-t-il, n'introduit-il pas des modes de concertation, de médiation favorables à la bourgeoisie ? Pacifie-t-il ? Faut-il radicaliser ? Les protections juridiques des élus sont-elles efficaces ? Les élus syndicaux sont-ils bien protégés?
    Apparemment, vu les milliers d'entre eux qui ont été licenciés, non. De fait, élu ou pas, protégé ou pas, participer à des actions illégales vous expose aux licenciements. Donc les protections dans ce cadre ne servent à rien.
    Pire, essayer de se protéger par les moyens légaux conduit les adeptes de ces pratiques à respecter la loi favorable aux patrons, à ne pas participer aux luttes sortant du cadre légal donc à défendre la légalité bourgeoise et à être contre-révolutionnaire.
    Jouer le double langage, légaliste en façade et illégaliste dans les faits, n'est souvent pas tenable car les élus syndicaux ou politiques, consciemment ou inconsciemment, sont obligés de défendre le cadre légal donc de le renforcer et de taire leurs critiques pour obtenir les protections légales dues à leur mandat. Surtout que, par la suite, le cadre légal offrant des avantages à l'individu, il devient difficile de le rejeter (voir cahier de l'anarcho-syndicalisme n°10, "A propos des institutions représentatives du personnel").
    Et puis, n'ayez crainte, si la lutte menace la bourgeoisie, celle-ci saura faire fi des lois et renverra les élus de toute sorte méditer sur le droit.



    Un militant anarcho-syndicaliste

    Temps critiques
    The show must go on !
    INTERVENTIONS n°3 — novembre 2003
    Gratuit
    Éditions de l'impliqué
    BP 2005
    34024 Montpellier cedex 02
    http://membres.lycos.fr/tempscritiques/
    Le statut originel des intermittents correspond exactement au mode de régulation fordiste des rapports sociaux et plus particulièrement à la conception du chômage qu'il induit. Un chômage considéré comme un temps d'activité non pas parce qu'il correspondrait à un travail concret réel, mais parce qu'il fait partie du processus global de travail abstrait. C'est en cela qu'il continue donc à être rétribué, non pas en tant que salaire direct et privé (un salaire lié au travail d'un individu déterminé), mais en tant que salaire social. La remise en cause de ce statut, aujourd'hui, se situe dans une perspective plus large qui cherche toujours plus vainement à déterminer ce qui est travail de ce qui ne l'est pas, ce qui conduit à faire la chasse au non travail dans le temps de travail... tout en disant contradictoirement, que tout est travail et qu'il faut «revaloriser le travail»!Dans la lutte actuelle des intermittents contre l'abandon du système d'indemnisation de leur chômage périodique, il y a eu une assez grande unité pour s'opposer au nouveau projet de l'État, même si les techniciens semblent avoir été plus actifs que les artistes, les acteurs du «spectacle vivant» plus que ceux du spectacle enregistré, les intervenants des petites compagnies plus que ceux des grandes entreprises de production.
    Si, lors du mouvement du printemps dernier contre la réforme des retraites, le fait d'envisager le boycott du bac a pu parfois faire dire que les enseignants allaient scier la branche sur laquelle ils sont assis, cela a immédiatement été la phrase choc reprise par tous les commentateurs, qu'ils appartiennent aux médias ou au public, à l'égard des méthodes prises par la lutte des intermittents du spectacle. Mais au-delà de son caractère défaitiste, cette réaction communément partagée exprimait aussi une limite politique du mode d'action des intermittents. Transformer leur pratique de manière à supprimer le spectacle, ce à quoi se réduit l'art aujourd'hui, est une aspiration qui aurait pu se manifester dans les assemblées du mouvement. Cela aurait d'autant plus pu se faire que nombre d'activistes appartenaient à ces troupes de rues qui échappent au ronron culturel. Or, si la grève a souvent pris un tour d'automutilation c'est qu'elle n'a jamais exprimé cette critique de l'activité en tant que telle ni la dépendance qu'instaure automatiquement l'existence de spectateurs-consommateurs. Ce qui était visé n'était donc pas l'abolition du spectacle comme activité humaine séparée, mais sa suspension. De même que les enseignants les plus radicaux partisans de l'annulation du bac se sont heurtés au front majoritaire de la raison d'État et de sa morale de préservation de l'Éducation nationale et de «la valeur des diplômes», les intermittents ont fait une fois de plus l'expérience qu'il n'est pas possible de rallier le «public» aux revendications et aux actions, sans dissoudre l'existence même du spectacle, sans casser des fonctions et des rôles déterminés. Face à des réactions comme : «Amusez-nous et fermez votre gueule» [1] qui signalent une non reconnaissance de l'artiste en tant qu'individu humain, celui-ci peut alors répondre, plus ou moins consciemment : si vous me refusez cette reconnaissance, vous n'aurez pas accès à mon art. Tout le monde reste alors dans la séparation originelle, celle du contrat d'échange entre vendeur et acheteur, créateur et consommateur.
    Les formes autres que la grève, plus ludiques, comme celles inventées au festival de théâtre de rue d'Aurillac : prise en otage fictive du directeur et occupation du bureau de presse, chaînes de caddies à travers la ville, cris quotidiens de refus, aisés à qui professionnellement mime et feint, perdent du même coup leur impact symbolique ; en jouant les actions décisives au lieu de les réaliser, les gens de scène continuent à faire leur métier, celui du leurre et du simulacre. Certes de telles animations sauvages ont contenté de nombreux télésympathisants, mais elles détournaient de l'effort collectif pour approfondir l'activité critique en vue d'un monde sans spectacle. Par cet écart entre idée et représentation, les intermittents nient la dimension politique de leur mouvement.
    Comme nous l'avons dit, le statut des intermittents est un sous-ensemble de l'ancien mode de régulation qui a fait de toute activité un travail débouchant sur une production (et peu importe qu'elle soit matérielle ou pas). L'artiste ou le travailleur du spectacle entre alors dans un système qui l'inclut dans le salariat général avec tous les avantages afférents (sécurité sociale, allocations-chômage, etc.). Ce fait n'est pas sans influer sur la couleur politique des gens du spectacle (majoritairement des «degôche»). Ce statut de travailleur-producteur du spectacle peut être considéré comme un modèle de fordisme puisque les périodes de chômage sont comme inscrites naturellement dans son activité globale. Cette conception qui conçoit le chômage comme une période courte et transitoire entre deux périodes d'emploi est celle de l'État et de la statistique officielle, celle de l'idéologie économique. Elle présuppose que perdure encore la centralité du travail vivant dans l'essor de la «domination réelle» du capital.
    Il n’en est plus de même aujourd'hui avec l’achèvement de cette domination réelle qui voit valeur et travail vivant se dissocier (ce que nous désignons par la tendance à la valeur sans le travail) dans une phase où se sont les dispositifs technologiques, les réseaux et la puissance de l'information, de la communication et de la «gestion des compétences» qui sont au centre du processus de valorisation et non plus le travail vivant. La discussion pour savoir ce qui, désormais, relèverait de la production et du travail matériel (logistique du spectacle et techniciens) effectués dans un temps de travail clairement quantifiable, de ce qui relèverait d'une production immatérielle difficilement mesurable en terme de temps de travail de type industriel, s'avère casuistique car nous ne sommes plus dans la même situation. Nous sommes passés du temps des «artistes» au temps des «intervenants du spectacle» et la croissance de leur nombre a été exponentielle. Mais cette gestion généralisée de «l'intervention culturelle» doit maintenant se réaliser sans le soutien de l'État providence et de ses dispositifs de régulation ; elle repose sur une mise en concurrence et une rationalisation des subventions sur un marché où l'État intervient de plus en plus comme un entrepreneur en spectacles au même type que les grosses «boîtes de production» privées. Ceux qui se définissent encore comme «artistes» et comme «créateurs» n'ont alors plus de place dans un monde qui a tout réduit au travail et a donc engendré une «production culturelle» et son cortège de «fonctionnaires» qui ont longtemps rêvé du statut de leurs confrères des pays staliniens. Ils n'ont même plus la ressource de se situer «en marge», de se dire «maudit» comme c'était le cas dans la société bourgeoise. Des questions comme : L'art doit-il changer la vie? Un art subversif est-il encore possible? Doit-on, en tant qu'artiste, aspirer à (ne) vivre (que) de son art ou doit-on admettre, ce qui va dans le sens d'une démocratisation de celui-ci — idéalement accessible à tous — que ce genre d'activité ne peut être exclusif d'autres, plus rémunératrices? «L'art pour rien» comme disait un poète. Toutes ces questions semblent d'un autre temps.
    C'est pourtant se méprendre que de chercher à extraire «les créations» de l'équivalence généralisée dans laquelle sont englobées leurs produits ou bien encore de tenter  de «purifier» les productions culturelles comme s'il s'agissait de les sauver. Il n'y a pas plus à sauver de culturel qu'il n'y a à sauver de valeur d'usage [2] de n'importe quelle marchandise du circuit économique. Elles sont englobées dans le système de reproduction capitaliste et sont maintenant directement des opérations de création de... valeur.
    Pour avoir le droit de rentrer dans le dispositif instauré par la réforme, le «travailleur du spectacle» doit alors auto-valoriser sa «ressource humaine» avant même de travailler. C'est ce qui explique qu’elle ne lui sera pas payée et que le nouveau projet fasse la chasse au faux temps de travail. C'est une situation que connaissent bien aujourd’hui, les nouveaux rentrants sur le marché du travail, quel que soit leur secteur professionnel. D’autre part, les grands spectacles sont de moins en moins consommateurs de force de travail : les effets spéciaux au cinéma remplacent maintenant les milliers de figurants hollywoodiens d’autrefois. Là encore il y a domination du capital fixe sur le travail vivant et substitution de l’un à l’autre. La contradiction est évidente : la croissance des productions culturelles engendre, dans le cadre d’un statut protégé, la croissance des travailleurs du culturel, mais la flexibilité intrinsèque de ces productions aboutit au développement d’une force de travail presque exclusivement intermittente qui représente une sorte de caricature de ce qui pourrait arriver dans les autres secteurs si la précarité se généralisait[3]. Comme dans les secteurs plus traditionnels de l’industrie, il s’agit alors de dégraisser, de chasser le faux travail (les faux artistes donc) qui s’abrite derrière des lois trop protectrices. Dans une perspective de dépassement, il ne s’agit pas de dénoncer cela d’un point de vue moral (tricherie, fraude, imposture). Ce serait encore se rattacher à l’idéologie du vrai travail, du travail bien fait, de la vraie création [4]. Toute chose que le capital a renvoyée aux poubelles de l’histoire. Il ne s'agit pas non plus [5] de remplacer l'ancienne fierté ouvrière pour le métier par une nouvelle fierté de l'intermittent pour l'auto-valorisation ! [6]
    Il nous faut plutôt renouer le fil historique avec les anciens mouvements de critique de l'art séparé [7] et de la culture autonomisée pour les repenser dans l'époque de la reproduction technique [8].

    [1] Entendu au festival de Cahors de cet été.[2] Après avoir très justement critiqué des rapports sociaux qui produisent de plus en plus de surnuméraires, «d'hommes en trop» et contesté un utilitarisme qui détermine nos «besoins» et les «utilités», la Déclaration du Collectif 53 se termine malheureusement par une apologie de la valeur d'usage du produit artistique, qu'il faudrait défendre contre une valeur d'échange déterminée par les requins de la finance !
    [3] Dans son livre, Portrait de l'artiste en travailleur. Métamorphoses du capitalisme, (Seuil, 2003), P.M. Menger décrit cette forte potentialité sociale du modèle des intermittents en ces termes : «Dans les représentations actuelles, l'artiste voisine avec une incarnation possible du travailleur du futur, avec la figure du professionnel inventif, mobile, indocile aux hiérarchies, intrinsèquement motivé, pris dans une économie de l'incertain et plus exposé aux risques de concurrence individuelle et aux nouvelles insécurités des trajectoires professionnelles; (tout se passe comme si) l'art était devenu un principe de fermentation du capitalisme». Si la description du processus reste judicieuse, nous ne partageons pas son interprétation qui voit dans cette «fermentation» des enzymes finalement positifs parce que créateurs «d'autonomie» et vecteurs de «créativité»... ces deux opérateurs majeurs de la société capitalisée ! Opérateurs toujours plus actifs tant qu'un mouvement historique ne viendra pas dialectiser ces tendances de façon à en faire des armes de la critique.
    [4] C'est le sens des interventions que Chéreau, Mnouchkine, Bartabas et d'autres célébrités ont faites dans le conflit : ils ont présenté la position des «professionnels» et celle de la défense du «métier». La nouvelle loi permettrait finalement de désengorger un secteur dans lequel sévit la même déqualification que dans les secteurs plus traditionnels de l'activité économique.
    [5] Comme le fait Valérie Marange dans son article «Le monadisme affirmatif dans le mouvement des intermittents» pour le numéro de la revue Vacarme consacré au mouvement.
    [6] C'est pourtant ce que prône M.Lazzarato dans son article : «L'intermittence et la puissance de métamorphose» (publié dans L'Intermutin) où après avoir justement remarqué que «la gauche et les syndicats s'acharnent à défendre l'existant que nous ne sommes déjà plus alors que le capitalisme exploite ce que nous sommes en train de devenir en nous séparant de ce que nous pouvons», énonce ensuite que l'intermittence est un modèle de précarité créatrice et une nouvelle base de lutte ! La critique sombre dans la pensée affirmative et l'immanence.
    [7] Dadaïsme, surréalisme, lettrisme et situationnisme.
    [8] Cf. Les écrits sur l'art d'Adorno et Benjamin.




CARLOS MARIGHELA
MANUEL DU GUERILLERO URBAIN
Source : ? 

En rédigeant ce manuel, je désire rendre un double hommage. Le premier, à la mémoire d'Edson Luis José de Almeida, «Escoteiro» et tant d'autres combattants et guérilleros urbains, assassinés par la police politique (la D.O.P.S.) et par l'armée de la dictature militaire qui sévit au Brésil. Le second à nos courageux camarades, hommes et femmes, qui croupissent dans les geôles qui n'ont rien à envier aux crimes commis par les nazis. Comme ce le fut pour eux, notre seul devoir est de lutter.AVERTISSEMENT
Toute personne hostile à la dictature militaire ou tout autres formes d'exploitation et d'injustice, désireuse de combattre peut faire quelques choses, même si cette action est modeste, plusieurs petites action en feront naître une immense. Ceux qui, après avoir lu ce manuel, auront conclu qu'ils ne peuvent rester passifs, je les invite à suivre les instructions que je propose et à s'engager tout de suite dans la lutte. Car, en toute hypothèse et dans toutes circonstances, le devoir du révolutionnaire est de faire la révolution.
S'il importe de lire cet ouvrage, il est également très souhaitable de le divulguer. Que ceux qui acceptent les idées qui s'y trouvent défendues, le fasse ronéotyper ou imprimer, fût-ce sous la protection d'un groupe armé.
Si je l'ai signé, c'est parce qu'il est le résultat systématisé d'une expérience vécue par un groupe d'hommes qui, au Brésil, luttent les armes à la main et dont j'ai l'honneur de faire partie. Contre ceux qui mettent en doute ce que j'y recommande, qui continuent d'affirmer que ne sont pas encore réunis les conditions propre au combat ou qui nient les faits décrits, le mieux est que je revendique ouvertement la responsabilité de mes paroles et de mes actions. Je refuse donc les commodités ambiguës de l'anonymat.
Mon but est de recruter le plus grand nombre possible de partisans. Le nom d'agresseur ou de terroriste n'a plus le sens qu'on lui donnait jadis. Il ne suscite plus la terreur ou le blâme ; il éveille des vocations. Être appelé «agresseur» ou «terroriste», dans le Brésil d'aujourd'hui, honore le citoyen, puis que cela signifie qu'il lutte, les armes à la main, contre la monstruosité et l'abjection que représente l'actuelle dictature militaire.
- Préface Québécoise
Qu'est-ce qu'un guérillero urbain ?
Les qualités personnelles de guérillero urbain
Comment vit et subsiste le guérillero urbain ?
La préparation technique du guérillero urbain
Les armes du guérillero urbain
Le tir, raison d'être du guérillero urbain
- Les " groupes de feu "
La logistique du guérillero urbain
La technique du guérillero urbain
L'aide aux blessés
La sécurité du guérillero
Les 7 erreurs du guérillero urbain
L'appui de la population
La guérilla urbaine, école du formation du guérillero
PREFACE QUEBECOISE
Cette brochure relève, bien sûr, de la situation pré-révolutionnaire existant déjà au Brésil au moment où elle a été publiée, en juin 1969. Il faut donc bien comprendre, au départ, que son utilisation dans le contexte québécois a pour but véritable la formation de militants révolutionnaires pour le moment tactique où seront réunies les conditions objectives permettant de mettre en pratique les méthodes qu'elle préconise. Non pas que le Brésil soit plus ou moins colonisé et victime de l'impérialisme mondiale que le Québec, mais tout simplement parce que le mouvement révolutionnaire est passé à l'action directe dans ce pays depuis longtemps et que, par conséquent, il est d'ores et déjà possible de se livrer là-bas à cette phase directe de la lutte.
Ce que les militants québécois doivent savoir dès aujourd'hui, c'est la véritable dimension de la lutte qu'ils entendent mener, soit une organisation révolutionnaire québécoise dans l'objectif d'une libération mondiale. Ce que chacun de nous doit déterminer immédiatement, c'est s'ils veulent vraiment la libération totale des exploitéEs de l'emprise du capitalisme mondiale en vue de l'instauration d'une Masse véritablement libre où 7 milliards de personnes libérés pourront s'autogérer dans les structures les plus démocratiques, à la lumière des expériences socialistes, anarchistes et autogestionnaire qu'ont vécues certains pays à un moment ou l'autre des 80 dernières années. Si c'est vraiment là le but que nous poursuivons, il n'y a qu'une voie, la révolution, et qu'un moyen d'accès à cette voie, la guérilla.
Ces prémices étant posées, il faut, si l'on est sérieux, lire avec respect la brochure de Carlos Marighela. Elle repose sur une vaste expérience pratique qui a permis, entre autres, aux guérilleros brésiliens d'accomplir les premiers, une série d'enlèvements de diplomates étrangers qui ont amené la libération de plusieurs prisonniers politiques. On pourra y trouver la formation académique et technique essentielle à la mise sur pied, dans un avenir rapprocher de plus en plus, d'une guérilla urbaine québécoise, arme essentielle de la prochaine phase de notre combat.
Bien sûr, pour le moment encore, l'essentiel de nos efforts doit être consacré à la politisation, à l'éducation, à l'information des masses, mais il importe de former parallèlement des militants directs dont le rôle ne comporte aucune équivoque et sera absolument essentiel à plus ou moins brève échéance.
QU'EST-CE QU'UN GUERILLERO URBAIN ?
La crise chronique des structures qui caractérise la situation au Brésil et l'instabilité politique qui en découle ont favorisé le déclenchement de la guerre révolutionnaire. Celle-ci se manifeste en termes de guérilla urbaine, de guérilla rurale ou de guerre psychologique. C'est au guérillero urbain qu'il incombe de faire, dans les villes, la guérilla aussi bien que la guerre psychologique. C'est de lui que je parlerai.
Le guérillero urbain est un homme armé qui lutte contre la dictature militaire ou tout autres formes d'oppression par des moyens non conventionnels. Révolutionnaire sur le plan politique et vaillant patriote, il lutte pour la libération de son pays, il est ami du peuple et de la liberté. Son champ de bataille, ce sont les grandes villes du pays.
Dans ces villes agissent également des bandits communément traités, au Brésil, de «marginaux». Il arrive souvent que des attaques lancées par ces hors-la-loi passent pour des actions opérées par de guérilleros. Ceux-ci diffèrent cependant radicalement de ceux-là. Le «marginal» n'a en vue que son profit personnel et attaque sans discrimination les exploiteurs ou les exploités, ce qui fait que nombre de victimes sont des hommes et des femmes du peuple. Le guérillero urbain, lui, lutte dans un but politique et n'attaque que le gouvernement, les grands capitalistes et les agents de l'impérialisme, en particulier les Américains du Nord.
D'autres éléments aussi nuisibles que les hors-la-loi sévissent dans les villes ; ce sont les contre-révolutionnaires de droite, qui sèment la confusion, dévalisent des banques, enlèvent ou assassinent des guérilleros, des prêtres révolutionnaire, des étudiants et des citoyens ennemis du fascisme et amants de la liberté. Le guérillero urbain est un implacable ennemi du gouvernement ; il porte systématiquement préjudice aux autorités et aux hommes qui dominent le pays et détiennent le pouvoir. Sa tâche principale est de déjouer, discréditer et harceler les militaires et toutes les forces de répression, de détruire ou de saccager les biens appartenant aux nord-américains, aux chefs d'entreprise étrangers ou à la grande bourgeoisie brésilienne.
Le guérillero urbain ne craint pas de démanteler et de détruire le système économique, politique et social en vigueur, car son objectif est d'aider la guérilla rurale et de contribuer à l'instauration de structures sociales et politiques entièrement nouvelles et révolutionnaires, où le pouvoir sera donné au peuple armé.
Le guérillero urbain doit acquérir un minimum de connaissances politiques. Il convient qu'il cherche à lire les écrits suivants :
- La Guerre de guérilla, de Che Guevara (publié dans Écrits militaires, petite Maspéro, Paris)
- Quelques questions sur les guérillas au Brésil
- Opérations et tactiques de guérilla (publié dans le numéro de 1969 des temps modernes)
- Problèmes et Principes de stratégie (publié dans le numéros de 1969 des temps modernes)
- Quelques principes tactiques pour les camarades qui réalisent des opérations de guérilla
- Questions touchant l'organisation (publié dans le numéro de 1969 des temps modernes)
- Le rôle de l'action révolutionnaire dans l'organisation (publié dans le numéro de 1969 des temps modernes)
- Le guérillero, journal des groupes révolutionnaires brésiliens.
LES QUALITES PERSONNELLES DU GUERILLERO URBAIN
Le guérillero urbain se caractérise par le courage et l'esprit d'initiative. Il doit être un grand tacticien et bon tireur. Il compensera par l'astuce son infériorité sur le plan des armes, des munitions et de l'équipement.
Le militaire de carrière ou le policier au service du gouvernement disposent d'un armement moderne et de bons véhicules ; ils peuvent circuler librement, aller où ils veulent, puisqu'ils ont pour eux l'appui du pouvoir. Le guérillero urbain, qui ne peut compter sur toutes ces ressources, agit dans la clandestinité. Il arrive qu'il ait déjà été condamné ou que pèse contre lui un décret de prison préventive ; il est, dans ce cas, contraint de faire usage de faux papiers.
Le guérillero urbain possède toutefois un gros avantage sur le soldat conventionnel ou sur le policier : il défend une juste cause, celle du peuple, tandis que les deux autres se rangent du côté de l'ennemi que le peuple déteste.
Les armes du guérillero urbain sont inférieures à celles de son ennemi ; mais, sur le plan moral, sa supériorité est indiscutable.
C'est grâce à elle qu'il peut remplir ses tâches principales qui sont d'attaquer et de survivre.
Le guérillero urbain doit, pour pouvoir lutter, prendre à l'ennemi ses armes. Comme celles-ci tombent entre ses mains dans les circonstances les plus diverses, il finit par se trouver en possession d'un armement assez varié et pour lequel manquent les munitions correspondantes.
Le guérillero urbain ne dispose d'aucun lieu où il puisse s'exercer au tir.
Ces difficultés, il les vaincra grâce à son pourvoir d'imagination et à sa capacité créatrice, qui sont indispensable s'il veut mener à bien sa tâche de révolutionnaire.
Le guérillero urbain doit être doté d'esprit d'initiative, d'une grande mobilité, de souplesse, du sens de l'adaptation et de beaucoup de sang-froid, la qualité principale étant l'esprit d'initiative, car on ne peut pas toujours tout prévoir et le guérillero urbain ne peut se permettre de tomber dans la perplexité ni attendre que lui soit donné un ordre. Il doit agir, envisager, pour chaque problème qui se présente, la solution correspondante, et ne pas remettre à plus tard. Il vaut mieux agir et se tromper que ne rien faire par souci d'éviter l'erreur. C'est bien connu l'humain apprend de ses erreurs. Sans esprit d'initiative, il n'y a pas de guérilla urbaine. D'autres qualités sont souhaitées ; il faut être bon marcheur, pouvoir résister à la fatigue, la faim, à la pluie et à la chaleur ; il faut savoir se cacher et veiller, connaître l'art du déguisement, ne jamais craindre le danger, être capable d'agir de nuit comme de jour, ne pas agir avec précipitation, être doté d'une patience sans limites, garder son calme et son sang-froid dans les pires situations, ne pas laisser la moindre trace et ne pas se décourager.
Face aux difficultés qu'ils considèrent comme presque insurmontables, certains guérilleros faiblissent, se désistent ou démissionnent.
La guérilla urbaine n'est pas une affaire commerciale, un centre d'embauche ni la représentation d'une pièce de théâtre. On s'y engage comme on s'engage dans la guérilla rurale. Si on manque des qualités requises, il vaut mieux renoncer à devenir un guérillero urbain mais vous pouvez faire parti des réseaux de soutien et d'information.
COMMENT VIT ET SUBSISTE LE GUERILLERO URBAIN ?
Le guérillero urbain doit savoir-vivre au milieu du peuple et veiller à ne se distinguer en rien du citoyen ordinaire.
Il ne peut se vêtir d'une façon qui attire l'attention. Des vêtements excentriques et à la mode détonnent dans les quartiers ouvriers. Il en va de même pour ceux qui vont du nord au sud du pays et vice versa, où la façon de s'habiller varie.
Le guérillero urbain doit vivre de travail, de son activité professionnelle.
S'il est recherché par la police ou connu d'elle, s'il est condamné ou fait l'objet d'une mesure de prison préventive, il doit entrer dans la clandestinité et parfois vivre caché.
En toutes circonstances, le guérillero urbain ne doit parler à personnes de ses activités ; celles-ci ne concernent que l'organisation révolutionnaire à laquelle il appartient. Il doit avoir une grande capacité d'observation, être très bien informé, en particulier sur les mouvements de l'ennemi, être un bon enquêteur et bon connaisseur du terrain sur lequel il agit. Étant donné qu'il lutte les armes à la main, il ne lui est guère possible de s'acquitter pendant longtemps de ses obligations professionnelles courantes sans se faire repérer. C'est alors que la tâche appelée «expropriation» s'impose à lui avec clarté. Il devient en effet impossible au guérillero urbain de subsister ou de survivre sans s'engager dans la lutte pour l'expropriation.
Dans le cadre de la lutte de classe, dont l'approfondissement est aussi inévitable que nécessaire, la lutte armée du guérillero urbain vise deux buts :
- la liquidation physique des chefs et des subalternes des forces armées et de la police
- L'expropriation d'armes ou de biens appartenant au gouvernement, aux grands capitalistes, aux latifondiaires et aux impérialistes.
Les expropriations mineures servent à l'entretien personnel du guérillero urbain ; les autres à alimenter la révolution. Ces deux buts n'en excluent pas d'autres, secondaires.
Une caractéristiques fondamentales de la Révolution brésilienne est qu'elle passe, dès le début, par la dépossession de la grande bourgeoisie, de l'impérialisme, des latifondiaires et aussi des commerçants les plus riches et les plus puissants, liés à l'importation ou à l'exportation.
Les attaques contre les banques, réalisées au Brésil, ont porté préjudice à de grands capitalistes comme Moreira Salles, à des compagnies étrangères chargées d'assurer ces mêmes banques, à des firmes impérialistes, aux gouvernements fédéral et des États, jusqu'ici systématiquement «expropriés»
.
Le produit de ces expropriations est destiné à l'apprentissage et au perfectionnement technique du guérillero urbain, à l'achat, à la fabrication et au transport des armes et des munitions destinées au secteur rural, à l'organisation du réseau de sécurité des révolutionnaires, à la subsistance quotidienne des combattants, en particulier des camarades délivrés de la prison par d'autres compagnons armés, des blessés ou des camarades pourchassés par la police ou les soldats de la dictature et qui doivent vivre dans la clandestinité.
C'est sur les exploiteurs et les oppresseurs du peuple que doivent retomber les terribles charges de la guerre révolutionnaire. Les hommes du gouvernement, les agents de la dictature et de l'impérialisme doivent payer de leur vie les crimes commis contre le peuple brésilien.
Au Brésil, le nombre d'actions violentes pratiqué est déjà très élevé. Il comporte des mises à mort, des explosions de bombes, des captures d'armes, d'explosifs et de munitions, des «expropriations» de banque, des attaques contre des prisons, etc. autant d'actes qui ne peuvent laisser de doutes sur intentions des révolutionnaires. La mise à mort de l'espion de la C.I.A. Charles Chandler, militaire américain qui, après avoir passé deux ans au Viêt-nam, vint s'infiltrer dans le mouvement étudiant brésilien, celle de plusieurs barbouzes et de plusieurs membres de la police militaire, prouvent que nous sommes entrés dans un état de guerre révolutionnaire, et que cette lutte passe nécessairement par la violence. Le guérillero urbain doit donc concentrer tous ses efforts sur l'extermination des agents de la répression et l'expropriation des exploiteurs du peuple.
LA PREPARATION TECHNIQUE DU GUERILLERO URBAIN
Personne ne peut devenir guérillero sans passer par une phase de préparation technique. Elle va de l'entraînement physique à l'enseignement de professions ou d'activités de tout genre, mais surtout manuelles. On ne peut acquérir une bonne résistance physique qu'en s'entraînant. On ne peut devenir un bon lutteur qu'en apprenant l'art de lutter. Le guérillero urbain apprendra donc à pratiquer les différents types de luttes, qu'ils regardent l'attaque ou la défense personnelle.
Outre la préparation technique, je considère comme utiles les formes d'entraînement telles que les excursions à pied, le camping et des séjours prolongés en forêt, l'ascension des montagnes, la natation, le canotage, les plongées et les chasses sous-marines, à la manière des hommes-grenouilles, la pêche, la chasse aux volatiles et au gibier de petite et grande taille.
Il est très important d'apprendre à conduire une voiture, piloter un avion, gouverner une embarcation à moteur ou à voile, d'avoir des notions de mécanique, de radiophonie, de téléphonie, d'électricité et même d'électronique. Il est également important de posséder de notions de topographie, de savoir s'orienter, calculer les distances, établir des cartes et des plans, chronométrer, transmettre des messages, utiliser la boussole, etc.
Des connaissances de chimie, sur la combinaison des couleurs, sur la fabrication des cachets, sur l'art d'imiter l'écriture d'autrui et autres habiletés, font partie de la préparation technique du guérillero urbain. Pour pouvoir survivre dans la société qu'il propose de détruire, celui-ci est obligé de falsifier des documents, comme des passeports, des permis de conduire, des cartes d'assurance maladies et divers papiers d'identités.
En ce qui concerne les soins médicaux, il est clair que jouent un rôle spécial et important les guérilleros médecins, infirmiers ou pharmaciens, ainsi que ceux qui possède des connaissances correspondantes (les premiers soins), prescription et emploi de médicaments et notions de chirurgie.
La partie la plus importante de la préparation technique reste, toutefois, le maniement des armes telles que la mitraillette, le revolver, les armes automatiques, le mortier, le bazooka, le fusil FAL et d'autres types de carabine, S'y ajoute la connaissance des différentes sortes de munitions et explosifs. La dynamite est un de ces explosifs ; il importe de bien savoir s'en servir, comme il importe de savoir utiliser les bombes incendiaires, les grenades fumigènes, le C-4 et autres. Il faut apprendre à fabriquer des cocktails Molotov, des bombes, des mines, à détruire des ponts, démonter ou détruire des rails et des traverses de chemin de fer.
Le guérillero urbain parachèvera sa formation dans un centre technique organisé à cet effet, mais seulement après être passé par l'épreuve du feu, c'est-à-dire avoir déjà combattu contre l'ennemi.
LES ARMES DU GUERILLERO URBAIN
Les armes du guérillero urbain sont légères, facilement remplaçables, en général prises à l'ennemi, achetées ou fabriquées sur place. L'armement léger peut être manié et transporté rapidement. Cet armement se distingue par son canon qui est court ; il comporte plusieurs armes automatiques et semi-automatiques, qui augmentent considérablement la puissance de feu du guérillero urbain, mais qui sont difficilement contrôlables. De plus, celles-ci entraînent une forte consommation, voire un certain gaspillage de munitions que seule une grande précision de tir peut compenser.
L'expérience nous a montré que l'arme de base du guérillero urbain est la mitraillette. Elle est efficace et peut être facilement dissimulée ; elle impose de plus le respect à l'adversaire. Il faut connaître à fond le maniement de cette arme devenue si populaire.
La mitraillette idéale est l'INA, calibre 45. D'autres de différents calibres, peuvent également être utilisées mais il est moins facile de pourvoir à leur chargement. On souhaitera donc que la base logistique industrielle en arrive à produire un type uniforme de mitraillette à munitions standardisées.
Chaque groupe de guérilleros doit disposer d'une mitraillette maniée par un bon tireur. Les autres auront des revolvers 38, notre arme commune. L'usage du revolver 32 est permis mais nous donnons la préférence au 38, à cause de sa force d'impact.
Les grenades à main et les grenades fumigènes peuvent être considérées comme des armes légères, utiles à la défensive et pour protéger la retraite des guérilleros.
Les armes à canon long sont plus difficilement transportables et attirent davantage l'attention. Parmi ces dernières se rangent les FAL, les mausers, les fusils de chasses et les Winchesters. Les fusils de chasse peuvent être efficaces lorsqu'ils sont employés pour des tirs a faible portée ou à bout portant, ce qui arrive surtout la nuit. Un fusil à air comprimé peut-être avantageusement employé pour le tir à la cible. Des bazookas et des mortiers peuvent être utilisés mais par des gens bien entraînés.
Les armes de fabrication artisanale sont parfois aussi efficaces que les armes conventionnelles, ainsi que les fusils à canon raccourci.
Les camarades qui sont armuriers jouent un rôle important. Ils entretiennent les armes, les réparent et peuvent même monter un atelier où ils en fabriqueront. Les ouvriers métallurgistes, les mécaniciens et les tourneurs sont des personnes tout indiquées pour assumer ce travail de logistique industrielle. Ils peuvent, à partir de leurs connaissances, aussi bien fabriquer secrètement des armes chez eux. On organisera aussi des cours sur l'art de fabriquer des explosifs et l'art de saboter ; on y prévoira la possibilité de faire des expériences.
Les cocktails Molotov, L'essence, les instruments destinés au lancement de pétards, les grenades faite au moyen de tuyaux et de boîtes, les mines, les explosifs fabriqués avec de la dynamite et du chlorate de potasse, le plastic, les capsules fulminantes, etc. constituent l'arsenal du guérillero soucieux de remplir sa mission. Le matériel nécessaire à la fabrication des ces engins sera acheté ou dérobé à l'ennemi au cours d'opérations soigneusement planifiées et exécutées. Le guérillero veillera à ne pas garder longtemps près de lui ce matériel susceptible de provoquer des accidents ; il cherchera à s'en servir tout de suite.
L'introduction d'armes modernes, comme toute innovation en ce domaine, influe directement sur les tactiques de la guérilla urbaine. Ces tactiques changeront dès que sera généralisé l'usage de la mitraillette standardisée. Les groupes de guérilleros qui parviennent uniformiser leur armement et leurs munitions acquièrent un pouvoir d'efficacité supérieur aux autres car leur puissance de feu devient plus grande.
LE TIR, RAISON D'ETRE DU GUERILLERO URBAIN
La raison d'être du guérillero urbain, son action, sa survie, tout cela dépend de son art de tirer. Il est indispensable qu'il s'en acquitte bien. Dans la guerre conventionnelle, le combat se fait à distance et avec des armes à longue portée. Dans la guérilla, c'est le contraire ; s'il ne tire pas le premier, il risque de perdre la vie. De plus, comme il n'a sur lui que peu de munitions et que son groupe est réduit, il ne peut perdre du temps ; il sera donc prompt au tir.
Un autre point sur lequel il convient d'insister jusqu'à l'exagération, c'est que le guérillero urbain ne peut tirer jusqu'à épuisement de ses munitions. Il est, en effet, possible que l'ennemi ne riposte pas, précisément parce qu'il attend que l'autre ait fait usage de toutes ses balles, s'exposant ainsi à la capture ou à la mort.
Afin d'éviter d'être une cible facile, le combattant ne cessera de se mouvoir, tout en tirant.
On devient un bon tireur en s'exerçant systématiquement par les moyens les plus divers : en tirant à la cible dans les fêtes foraines ; en tirant, chez soi, avec un fusil à air comprimé, etc. Le bon tireur pourra devenir un franc-tireur, c'est-à-dire un guérillero solitaire, capable d'opérer des actions isolées. En tant que tel, il devra pourvoir tirer à longue et courte distance, avec des armes appropriées à l'une ou l'autre fonction.
LES «GROUPES DE FEU» (CELLULES)
Les guérilleros urbains seront organisés en petits groupes. Chaque groupe, appelé «groupe de feu» (cellule), ne peut dépasser le nombre de 4 ou 5 personnes.
Un minimum de 2 groupes (cellules), rigoureusement compartimentés et coordonnés par 1 ou 2 personnes, s'appelle une «équipe de feu» (réseau).
Au sein de chaque groupe (cellule) doit régner la plus grande confiance. Celui qui tire le mieux et sait manier la mitraillette se chargera d'assurer la protection de ses camarades au cours des opérations. Chaque groupe planifiera et exécutera les opérations qu'il aura décidées, gardera des armes, discutera et corrigera les tactiques employées. Le groupe agit de sa propre initiative, sauf dans l'accomplissement des tâches décidées par le commandement général de la guérilla (cellule centrale ou comité central). Pour donner libre cours à cet esprit initiative, on évitera toute rigidité à l'intérieur de l'organisation. C'est d'ailleurs pour cela que la hiérarchisation caractéristique de la gauche traditionnelle n'existe pas chez nous.
Parmi les initiatives possibles laissées à la décision de chaque groupe (cellule), citons : les raids contre des banques, les enlèvements de personnes, les exécutions d'agents notoires de la dictature ou de la réaction ou des espions et délateurs au sein de l'organisation, toute forme de propagande ou de guerre de nerfs. Il n'est pas nécessaire, avant de décider de l'une de ces opérations, de consulter le commandement général de la guérilla (cellule centrale ou comité central). Aucun groupe ne doit, du reste, attendre, pour agir, que lui viennent des ordres d'en haut. Tout citoyen désireux de devenir guérillero peut, de lui-même, passer à l'action et s'intégrer à notre organisation, En procédant de la sorte, il est plus difficile de savoir à qui doit être attribué tel ou tel coup, l'essentiel étant qu'augmente le volume des actions réalisées.
Le commandement général de la guérilla (cellule centrale ou comité central) compte sur ces groupes (cellules) pour les envoyer remplir des missions en n'importe quel point du pays. Lorsqu'ils sont en difficulté, il se chargera de les aider. Notre organisation révolutionnaire est constituée par un réseau vaste et indestructible de «groupes de feu» (cellules). Son fonctionnement est simple et pratique ; le commandement général de la guérilla (cellule centrale ou comité central) l'oriente ; ceux qui le composent participent aux même coups car tout ce qui n'est pas l'action directe ne nous intéresse pas.
LA LOGISTIQUE DU GUERILLERO URBAIN
La logistique conventionnelle peut s'exprimer par la formule N.C.E.M. qui veut dire:
N = Nourriture
C = Combustible
E = Équipement
M = Munitions
Le guérillero urbain, lui, ne fait pas partie d'une armée régulière; son organisation est intentionnellement fragmentée. Il ne dispose pas de camions, de bases fixes et la logistique industrielle de la guérilla urbaine est difficile à implanter.
La logistique du guérillero urbain correspondra donc à la formule M.A.M.A.E. :
M = Motorisation
A = Argent
M = Munitions
A = Armes
E = Explosifs
La logistique révolutionnaire comporte donc la motorisation qui est un facteur essentiel. Il faut des chauffeurs. Ceux-ci doivent, comme les autres guérilleros, subir un bon entraînement. D'ailleurs, tout bon guérillero sera aussi un bon chauffeur.
Les véhicules dont il a besoin, il les «expropriera» s'il ne dispose pas de ressources pour en acheter. Comme pour l'achat d'armes, de munitions et d'explosif, le guérillero prélèvera l'argent des banques. Ces «expropriations» sont, au départ, indispensables à notre organisation. Il faut aussi bien dérober les armes en vente dans les magasins que celles que portent en bandoulière les soldats de la garde civile ou de la garde militaire. Postérieurement, lorsqu'il s'agira de développer la force logistique, les guérilleros tendront des embuscades à l'ennemi afin de capturer ses armes, ses munitions et ses moyens de transport. Sitôt dérobé, le matériel doit être caché, même si l'ennemi cherche à riposter ou à poursuivre les assaillants. Il importe donc qu'ils connaissent très bien le terrain où ils agissent et qu'ils s'annexent des guides spécialement préparés.
LA TECHNIQUE DU GUERILLERO URBAIN
La technique est, en gros, l'ensemble des moyens qu'utilise un homme pour exécuter un travail. La technique du guérillero, qui concerne aussi bien la guérilla proprement dite que la guerre psychologique, repose sur cinq données de base :
LES CARACTERISTIQUES DE LA LUTTE DE GUERILLA
La technique employée par le guérillero urbain présente les caractéristiques suivantes:
- Elle est agressive ou offensive. Pour le guérillero, dont la puissance de feu est inférieure à celle de l'ennemi, qui ne put compter sur l'appui du pouvoir et ne peut répondre à une attaque massive des forces adverses, la défensive ne peut qu'être fatale. C'est pourquoi jamais il ne cherchera à fortifier ou à défendre une base fixe; jamais il n'attendra d'être encerclé pour riposter.
- Elle repose sur l'attaque suivie d'une retraite immédiate, nécessaire à la préservation des forces de la guérilla.
- Elle vise à harceler, décourager, distraire les forces dont l'ennemi dispose dans les villes afin de favoriser le déclenchement et l'implantation de la guérilla rurale dont le rôle, dans la guerre révolutionnaire, est décisif.
LES AVANTAGES DU GUERILLEROS URBAIN SUR L'ENNEMI
La dynamique de la guérilla urbaine aboutit à l'affrontement violent du combattant et des forces de répression de la dictature. Celles-ci disposent de forces supérieures à celles du premier. Il n'en incombe pas moins au guérillero urbain d'attaquer le premier. Les forces militaires et policières riposteront en mobilisant des ressources infiniment plus grandes. Le guérillero urbain ne pourra échapper à la persécution et à la destruction qu'en exploitant à fond les avantages dont, au départ, il jouit. Ce sera sa façon de compenser sa faiblesse matérielle.
Ces avantages consistent à:
- Attaquer l'ennemi par surprise
- Mieux connaître que l'ennemi le terrain sur lequel il combat
- Jouir d'une plus grande mobilité ou d'une plus grande rapidité que les forces de répression
- Disposer d'un réseau d'information meilleur que celui de l'ennemi
- Faire preuve d'une telle capacité de décision que ses compagnons se sentent encouragés et ne puissent même pas hésiter alors qu'en face d'eux, l'ennemi ne saura où donner de la tête.
LA SURPRISE
La surprise est donc un élément très important et qui permet de compenser l'infériorité du guérillero sur le plan des armes. Contre elle, l'ennemi ne peut rien opposer; il tombe dans la perplexité et court à sa perte. Dans le déclenchement de la guérilla urbaine au Brésil, l'effet de surprise a été largement exploité. Il est fonction de quatre données de base que l'expérience nous fait définir comme suit:
- Nous connaissons la situation de l'ennemi que nous allons attaquer, généralement grâce à des informations précises et à une observation méticuleuse, alors que lui-même ignore qu'il va être attaqué et quelle sera la position de l'attaquants
- Nous connaissons la force de ceux que nous attaquons et eux méconnaissent la nôtre
- Nous pouvons mieux que l'ennemi économiser et préserver nos forces
- C'est nous qui choisissons l'heure et le lieu de l'attaque, qui décidons de sa durée et des objectifs à atteindre. L'ennemi en ignore tout.
LA CONNAISSANCE DU TERRAIN
Le guérillero urbain, s'il veut que le terrain soit son meilleur allié, doit le connaître jusque dans ses moindres détails. Ce n'est pas qu'ainsi qu'il pourra intelligemment faire usage de son relief, des ses talus et des ses fossés, de ses accidents, de ses zones laissées à l'abandon, etc. Afin de faciliter le tir, les opérations de retrait, et aussi de se cacher.
Les points d'étranglement tels que les impasse, les cul-de-sac, les rues en chantier, les poste de contrôle de la police, les zones militaires, les entrés ou sorties de tunnels, les viaducs, les carrefours garnis d'agents de la circulation, de sémaphores ou de toute autre signalisation, doivent être soigneusement repérés si l'on veut éviter des erreurs fatales. Ce qui importe, c'est de bien connaître les chemins par lesquels les guérilleros passeront et les endroits où ils se cacheront, laissant l'ennemi à la merci du lieu qu'il ignore. Familiarisé avec les rues, les coins et les recoins des centres urbains, connaissant bien les terrain vague, les égouts, les massifs de verdure, les immeubles en construction, le guérillero urbain peut semer facilement la police ou la surprendre en lui dressant un piège ou une embuscade. S'il connaît le terrain, le guérillero pourra indifféremment le parcourir à pied, à bicyclette, en automobile, en Jeep ou en camion sans ce faire arrêter.
S'il agit au sein d'un petit groupe de combattants, il pourra facilement le reconstituer en un endroit choisi d'avance, avant de déclencher une nouvelle opération. C'est pour la police un véritable casse-tête que de retrouver ou contre-attaquer un guérillero, dans un dédale de rues que lui seul connaît.
L'expérience nous a montré que l'idéal, pour un guérillero urbain, est d'agir dans sa propre ville puisque c'est celle-là qu'il connaît le mieux. Celui qui vient d'ailleurs ne peut, avec autant de compétence que le premier, mener à bien une opération de guérilla.
MOBILITE ET RAPIDITE
La mobilité et la rapidité du guérillero urbain doivent être supérieures à celles de la police. A cet effet, il veillera:
- à être motorisé ;
- à bien connaître le terrain ;
- à saboter ou entraver les communications ou les moyens de transport de l'ennemi ;
- à s'assurer la possession d'un armement léger.
Lorsqu'il réalise des opérations qui ne durent que quelques minutes et s'il quitte le lieu de son action au moyen d'un véhicule à moteur, le guérillero ne pourra échapper à ceux qui le poursuivent que si, au préalable, il a déjà reconnu l'itinéraire. Il n'opérera que dans des endroits éloignés des bases logistiques de la police afin de faciliter sa fuite.
Il devra aussi viser à entraver les communications de l'ennemi, sa première cible étant le téléphone dont il fera couper les fils.
Les forces de répression disposent de moyens de transport très modernes ; il faut s'efforcer de leur faire perdre du temps lorsqu'elles doivent traverser le centre congestionné des grandes villes. Les embouteillages peuvent également nous désavantager. Nous veillerons donc nous assurer une position favorable, en adoptant les moyens suivants:
- La simulation d'une panne ou le barrage d'une route, que d'autres compagnons assumeront, en utilisant des véhicules dont les plaques seront fausses ;
- L'obstruction du chemin au moyen de troncs d'arbres, de pierres, de fausses plaques de signalisation, de trous ou par tout autre moyen efficace et astucieux;
- La pose de mines de fabrication artisanale aux endroits par où devra passer la police et l'incendie de ses moyens de transport avec de l'essence ou des cocktails Molotov ;
- Le mitraillage, surtout dans le but de faire éclater. les pneus des véhicules de la police. Le rôle du guérillero urbain est d'attaquer puis aussitôt de battre en retraite ; c'est ainsi que, doté d'un armement léger, il peut mettre en échec l'ennemi lourdement et fortement armé. Sans un armement léger, on ne peut jouir d'une grande mobilité.
Les guérilleros pourront toujours être motorisés si la police les attaque à cheval. De l'intérieur de leur voiture, ils pourront facilement tirer contre ces attaquants. Le grand désavantage de la cavalerie est qu'elle offre aux guérilleros deux cibles: le cheval et son cavalier.
L'utilisation par les forces do répression de l'hélicoptère n'offre guère d'avantages ; il sera difficile à ceux qui l'occupent de tirer de si haut et impossible de se poser sur la voie publique. Volant à basse altitude, il pourra facilement être atteint par le tir des guérilleros.
L'INFORMATION
Les chances qu'a le gouvernement de découvrir et de décimer les guérilleros diminuent fortement dans la mesure où, au milieu de la population, se multiplient les ennemis de la dictature. Ceux-ci, en effet, nous informeront sur les activités de la police et des agents gouvernementaux qu'ils ne renseigneront jamais sur nos propres activités. Pour les embarrasser, ils chercheront plutôt à leur donner de fausses informations. De toute façon, les sources de renseignements du guérillero urbain sont potentiellement plus grandes que celles de la police. Celle-ci se sait observée par la population, mais elle ignore qui se rend complice du guérillero et dans la mesure où elle commet des injustices et fait violence à des citoyens, elle favorise cette complicité entre le peuple et les guérilleros.
Même si les informations nous proviennent que d'une très petite fraction de la population, elles constituent pour nous une arme précieuse. Elles ne nous dispensent cependant pas de créer notre propre service de renseignements, et d'organiser ce réseau d'intelligences.
Des informations sûres données au guérillero signifient que des coups également sûrs pourront être portés contre le système de la dictature.
Afin de s'opposer plus efficacement à nous, l'ennemi stimulera la délation, et s'infiltrera en nous envoyant ses espions. Les traîtres et les délateurs, aussitôt qu'ils seront connus, devront être dénoncés auprès de la population. Dans la mesure où le gouvernement se rendra impopulaire, celle-ci se chargera de les châtier. En attendant, dès qu'ils les connaîtront, les guérilleros devront procéder à leur élimination physique, ce que la population ne manquera pas d'approuver et ce qui diminuera considérablement l'infiltration et l'espionnage de l'ennemi.
Cette lutte, on la complétera en organisant un service de contre-espionnage.
C'est en vivant au milieu de la population, en prêtant attention à tous les types de conversations et de relations humaines, non sans dissimuler avec un maximum d'astuce sa curiosité, que le guérillero complétera son information. Celle-ci concernera tout ce qui peut se passer sur les lieux de travail, dans les écoles et facultés, dans les quartiers où habitent les combattants, qu'il s'agisse des opinions ou de l'état d'esprit des gens, de leurs voyages, de leurs affaires, de leurs fréquentations, de tout ce qui les occupe.
Le guérillero urbain ne se déplace jamais sans avoir toujours à l'esprit la préoccupation de mettre au point un éventuel plan d'opération. Il n'y a pas d'interruption dans la vie du combattant ; il doit toujours être en éveil et enrichir sa mémoire do tout ce qui peut lui être utile dans l'immédiat comme pour le futur. Il lira attentivement les journaux et s'intéressera aux autres moyens de communication, il enquêtera, ne cessera de transmettre à ses compagnons tout ce qui attire son attention ; c'est là tout ce qui constitue 1'immense réseau d'informations donnant au guérillero urbain un net avantage.
L'ESPRIT DE DECISION
Un manque d'esprit de décision annule aussitôt les avantages que nous venons d'énumérer. S'il n'est pas sûr de lui, le guérillero risque d'échouer, pour bien p1anifiée qu'ait été son action. Cette capacité de décision doit être maintenue jusqu'au bout, sans quoi une opération bien commencée peut, par la suite, se retourner contre lui, car l'ennemi profitera de sa panique ou de son hésitation pour l'anéantir.
Il n'existe pas d'opérations faciles. Elles doivent être exécutées avec le même soin et par des hommes soigneusement choisis, précisément en fonction de leur esprit de décision. C'est au cours de la période de préparation que 1'on verra dans quelle mesure les candidats à la guérilla en sont dotés. Ceux qui, au cours de ces périodes, arrivent en retard aux rendez-vous, confondent facilement les hommes, ne les trouvent pas, oublient l'une ou l'autre chose, n'observent pas les normes élémentaires du travail, se révèlent être des gens peu décidés et susceptibles de porter préjudice à la lutte Ñ il vaut mieux les écarter. Être décidé, cela signifie exécuter avec une détermination, une audace et une fermeté incroyables un plan tracé. Un seul indécis peut perdre tout un groupe.
 
 
LES OBJECTIFS VISES PAR LE GUERILLERO
Les objectifs que visent les attaques déclenchées par les guérilleros urbains sont, au Brésil, les suivants:
- Ébranler le polygone de sustentation de l'État et de la domination nord-américaine. Ce polygone est constitués par le triangle Rio-Sao Paulo-Belo Horizonte, triangle dont la base correspond à 1'axe Rio-Sao Paulo. C'est là que se situe le gigantesque complexe industriel, financier, économique, politique, culturel et militaire du pays, c'est à dire le centre de décision national;
- Affaiblir le système de sécurité de la dictature en forçant l'ennemi à mobiliser ses troupes pour la défense de cette base de sustentation, sans qu'il sache jamais quand, où, comment il sera attaqué ;
- Attaquer de toutes parts, avec beaucoup de petits groupes armés, bien compartimentés et même sans éléments de liaison, afin de disperser les forces gouvernementales. Plutôt que de donner à la dictature 1'occasion de concentrer son appareil de répression en lui opposant une armée compacte, on se présentera avec une organisation très fragmentée sur tout le territoire national ;
- Donner des preuves de combativité, de détermination, de persévérance et de fermeté afin d'entraîner tous les mécontents à suivre notre exemple, à employer, comme nous, les tactiques de la guérilla urbaine. En procédant ainsi, la dictature devra envoyer des soldats garder les banques, les industries, les magasins d'armes, les casernes, les prisons, les bâtiments de l'administration, les stations de radio et de télévision, les firmes nord-américaines, les gazomètres, les raffineries de pétrole, les bateaux, les avions, les ports, les aéroports, les hôpitaux, les ambassades, les entrepôts d'alimentation, les résidences des ministres, des généraux et des autres personnalités du régime, les commissariats de police, etc.
- Augmenter graduellement les troubles par le déclenchement d'une série interminable d'actions imprévisibles, forçant ainsi le pouvoir maintenir le gros de ses troupes dans les villes, ce qui affaiblit la répression dans les campagnes ;
- Obliger l'armée et la police, ses commandants, ses chefs et leurs subordonnés à quitter le confort et la tranquillité des casernes et de la routine et les maintenir dans un état d'alarme et de tension nerveuse permanentes, on les attirer sur des pistes qui ne mènent nulle part ;
- Éviter la lutte ouverte et les combats décisifs, en se limitant à des attaques-surprise, rapides comme l'éclair ;
- Assurer au guérillero urbain une très grande liberté de mouvement et d'action, pour qu'il puisse maintenir une cadence soutenue dans l'emploi de la violence, aider ainsi au déclenchement de la guérilla rurale et, postérieurement, à la formation de l'armée révolutionnaire de libération nationale.
 
 
LES MODES D'ACTION DU GUERILLERO
Pour atteindre les objectifs énumérés ci-dessus, le guérillero urbain est obligé de recourir à des modes d'action les plus diversifiés possible, mais non pas arbitrairement choisis.
Certaines de ces actions sont simples ; d'autres, plus complexes. Aussi le guérillero qui débute devra-t-il suivre cette échelle allant du simple au compliqué. Avant d'entreprendre une mission, il doit considérer les moyens et les personnes dont il dispose pour l'accomplir. Il ne s'assurera la collaboration que de gens techniquement préparés. Ces précautions une fois prises, il pourra envisager les modes d'action suivants:
- L'attaque
- L'incursion ou invasion d'un lieu
- L'occupation d'un lieu
- Les embuscades
- Le combat tactique de rue
- La grève ou toute interruption de travail
- La désertion, le détournement ou 1' " expropriation " d'armes, de munitions et d'explosifs
- La libération de prisonniers.
- La mise à mort.
- L'enlèvement
- Le sabotage
- Le terrorisme
- La propagande armée
- La guerre des nerfs.
L'ATTAQUE
Certains raids doivent être réalisés de jour, par exemple quand il s'agit d'attaquer un fourgon postal ; d'autres, la nuit, lorsque c'est plus avantageux pour le guérillero. L'idéal serait que toutes les attaques aient lieu la nuit ; cela augmente l'effet de surprise et favorise la fuite.
On distingue les attaques contre des objectifs fixes, tels que les banques, les maisons de commerce, les casernes, les prisons, les stations de radio etc., des attaques contre des objectifs mobiles comme les voitures, les camions, les trains, les embarcations, les avions, etc. S'il s'avère difficile de détruire ces objectifs en mouvement, on cherchera à les arrêter, par exemple en dressant des barrages sur les routes, en tendant des embuscades.
Les véhicules lourds, les trains, les bateaux ancrés dans les ports, les avions peuvent être attaqués et leurs conducteurs ou pilotes maîtrisés par les guérilleros qui les dévieront de leur itinéraire.
Les raids contre des banques sont les modes d'action les plus populaires. Au Brésil, ils sont largement pratiqués ; nous en avons fait un peu comme un examen d'entrée dans l'apprentissage de la technique de la guerre révolutionnaire. Au cours de ces attaques, on peut faire usage de techniques variées: enfermer le personnel de la banque dans les toilettes on le faire asseoir sur le sol, immobiliser les soldats charges de la garder, leur prendre leurs armes, tandis qu'on forcera le gérant à ouvrir le coffre-fort. On peut, pour égarer la police, se déguiser ; et, dans la fuite, on tirera dans les pneus des véhicules qui chercheraient à prendre en chasse les guérilleros. Le fait d'y installer des sonneries d'alarme ou d'autres moyens électroniques destins à avertir la police n'empêche pas le guérillero de poursuivre ses opérations. Il emploiera, lui aussi, des moyens nouveaux, fera usage d'une puissance de feu croissante, sera entouré d'un plus grand nombre de compagnons et préparera l'attaque jusque dans les moindres détails.
Dans ce genre d'expropriations, les révolutionnaires souffrent d'une double concurrence:
- celle des bandits ;
- celle des contre-révolutionnaires de droite.
Ceci constitue un facteur de confusion pour la population. Le guérillero cherchera dès lors à l'éclairer sur le sens politique de son action, de deux façons:
- Il refusera de se comporter comme un bandit, c'est-à-dire d'abuser de la violence et de s'approprier de l'argent et des objets personnels des clients qui se trouveraient dans la banque.
- Il joindra, à l'expropriation, des actes de propagande, en écrivant sur les murs des slogans stigmatisant les classes dominantes et l'impérialisme, répandra des tracts, divulguera des circulaires énonçant les fins politiques qu'il poursuit.
LES INCURSIONS ET LES INVASIONS
Les incursions et les invasions sont des attaques-éclairs pratiquées contre des bâtiments situés dans les quartiers périphériques et même dans le centre des villes. Certaines incursions auront un double but exproprier, exercer des représailles, délivrer des camarades prisonniers, détruire la logistique de l'ennemi et aussi le forcer à se déplacer, l'entraîner loin de ses bases.
Certaines incursions auront pour objectif l'appréhension de documents ou de papiers secrets prouvant la corruption, les malversations, le trafic d'influence, les transactions criminelles passées avec des Nord-Américains dont sont coupables les hommes du gouvernement.
LES OCCUPATIONS DE LIEU
Un groupe de guérilleros urbains peut attaquer un lieu, s'y installer et résister à l'ennemi pendant un certain temps, afin de réaliser un acte de propagande. Les occupations d'école ou de fabrique on d'une station de radio sont particulièrement importantes car elles ont une très grande répercussion. Mais comme le danger de perdre des hommes et du matériel est plus grand, on veillera à préparer soigneusement la retraite. De toute façon, plus on est rapide dans l'accomplissement de l'opération de propagande projetée, mieux ça vaut.
LES EMBUSCADES
Les embuscades sont des attaques réalisées par surprise. Elles consistent à attirer l'ennemi dans un piège, par exemple en lui adressant un faux appel au secours. Le but des embuscades est de punir l'ennemi de mort ou de lui prendre ses armes.
Le guérillero franc-tireur peut facilement dresser des embuscades car il lui est aisé, puisqu'il est seul, de se cacher. Il peut se dissimuler sur les toits, à l'intérieur de certaines constructions, dans la nature.
LES COMBATS TACTIQUES DE RUE
Par les combats tactiques de rue, les guérilleros visent à s'allier la participation des masses contre l'ennemi. Au cours de l'année 1968, les étudiants brésiliens ont réussi à réaliser d'excellentes opérations tactiques, en lançant des milliers de manifestants dans les rues à sens unique et à l'encontre des voitures, en utilisant des lance-pierres et des billes de verre qu'ils répandaient entre les pattes des chevaux de la police montée. À part cela, on peut dresser des barricades, dépaver les chaussées, lancer, du haut des immeubles et des gratte-ciel, des bouteilles, des briques et autres projectiles.
Il faut aussi savoir répondre aux attaques de l'ennemi. Lorsque la police avance, armée de boucliers, il faut se scinder en deux groupes, l'un attaquant par-devant et l'autre par-derrière, l'un se retirant quand l'autre lance ses projectiles.
Lorsque les forces ennemies détachent un groupe de soldats ou de policiers pour encercler un ou plusieurs de nos camarades, nous devons, à notre tour, détacher un groupe plus important pour encercler ceux qui les encerclent.
Lorsque l'ennemi encercle des écoles, des usines, des lieux de rassemblement de la population, les guérilleros urbains ne doivent jamais ni se rendre ni se laisser surprendre. Dans ce but, ils auront soin, avant de pénétrer dans un de ces endroits, d'en étudier au préalable les issues possibles, les moyens de briser l'encerclement, et déterminer les points stratégiques et les chemins par où devront nécessairement passer les véhicules de la police. Ensuite, ils choisiront leurs propres points stratégiques, à partir desquels ils affronteront l'ennemi. Les chemins par où doivent passer les véhicules de la police seront minés.
Les guérilleros n'organiseront aucune réunion, assemblée ou occupation en des lieux dépourvus de bonnes possibilités de fuite.
C'est de cette façon que s'articule l'action des guérilleros urbains avec les mouvements de masses. Les guérilleros ont alors pour tâche d'encadrer, d'appuyer et de défendre les manifestations de masses. Contre ceux qui veulent assaillir les manifestants, ils tireront, incendieront les véhicules, séquestreront leurs occupants ou les fusilleront, en particulier les barbouzes et les chefs des polices parallèles qui, pour ne pas attirer l'attention, s'amènent dans des voitures particulières munies de fausses plaques.
Une autre de leurs missions est d'orienter les manifestants et de faciliter leur fuite. Ils seront, d'autre part, aidés par les francs-tireurs qui leur donneront la meilleure couverture possible.
LES INTERRUPTIONS DE TRAVAIL
La grève intéresse avant tout ceux qui étudient ou ceux qui travaillent. Comme elle constitue pour les exploités un moyen de pression très redouté, l'ennemi cherchera à l'empêcher ou à la briser en multipliant, s'il le faut, sa puissance de feu. Il cherchera à frapper les grévistes, à les arrêter ou même à les tuer.
Dans l'organisation des grèves, les guérilleros doivent donc procéder sans laisser le moindre indice pouvant mener à l'identification des responsables. Ils prépareront ces grèves, avec des petits groupes et dans le plus grand secret. Ils se muniront d'armes, d'explosifs, de cocktails Molotov et de bombes de fabrication artisanale afin de pouvoir affronter l'ennemi. Et pour que celui-ci soit gravement atteint, on aura aussi mis au point un plan de sabotage que l'on exécutera au bon moment. Les interruptions de travail ou d'étude, pour brèves qu'elles soient, n'en inquiètent pas moins l'ennemi. Il suffit, en effet, que surgissent, de différents points d'un lieu, des groupes troublant le rythme de vie quotidien et opérant comme un mouvement de flux et de reflux, pour créer une agitation qui est, elle aussi, une opération do guérilla.
Au cours de ces interruptions de travail, les guérilleros pourront occuper le local qui les intéresse afin d'y faire des prisonniers, d'emmener des personnes en otages, particulièrement des agents notoires de l'ennemi, afin de les échanger contre des grévistes détenus.
Ces grèves peuvent éga1ement favoriser la préparation d'embuscades dans le but de liquider physiquement les policiers les plus sanguinaires et les responsables des tortures infligées aux patriotes.
LES DESERTIONS ET LES DETOURNEMENTS OU «EXPROPRIATIONS» D'ARMES, DE MUNITIONS ET D'EXPLOSIFS
Les détournements d'armes sont pratiqués dans les casernes, sur les bateaux, dans les hôpitaux militaires, etc. Le guérillero urbain, qui est aussi soldat, caporal, sergent, sous-officier ou officier de l'armée, désertera au bon moment, emportant avec lui le plus d'armes possibles, les plus modernes, et des munitions qu'il mettra au service de la révolution.
Un de ces «bons moments» se présente quand le soldat est appelé à quitter sa garnison pour aller combattre ses camarades guérilleros ; il lui sera alors plus facile de leur remettre ses armes, les véhicules qu'il conduit ou l'avion qu'il pilote.
Ce moyen d'approvisionnement offre un grand avantage c'est avec les moyens de transport du gouvernement en place que, sans qu'ils se donnent beaucoup de peine, les guérilleros sont pourvus d'armes et de munitions.
Les camarades qui sont militaires seront, de toute façon, attentifs à choisir d'autres occasions d'aider ainsi les révolutionnaires. Si ceux qui les commandent sont mous, versent dans le bureaucratisme, s'acquittent mal de leurs tâches, ils ne feront rien pour y remédier ; ils se contenteront d'en aviser l'organisation révolutionnaire à laquelle ils sont liés et prépareront, seuls ou avec d'autres compagnons, leur désertion, non sans veiller à emporter tout ce qu'ils peuvent.
Les incursions de guérilleros à l'intérieur des casernes et autres bâtiments militaires, réalisées dans le but de dérober des armes, pourront être préparées avec la collaboration des camarades soldats.
S'il n'est vraiment pas possible de déserter en emportant des armes, ces camarades devront alors se vouer au sabotage, faire exploser ou incendier des dépôts d'armes, d'explosifs et de munitions. Toutes ces activités affaiblissent et découragent fortement l'ennemi.
Les guérilleros captureront encore des armes en saisissant celles que portent les sentinelles ou toute personne remplissant une mission de surveillance ou de répression. On procédera par la violence ou par la surprise et l'astuce. Lorsqu'on désarme un ennemi, il faut toujours le fouiller afin de savoir s'il ne possède pas une autre arme cachée dont il pourrait se servir contre celui qui l'assaille.
Dans la mesure où se multiplie le nombre de patriotes décidés à passer à l'action, ces captures d'armes se font de plus en plus nécessaires. Souvent, le guérillero commencera à lutter avec une arme qu'il aura achetée ou dérobée ; ensuite il lui faudra agir avec audace et esprit de décision ; notre force est celle de nos armes.
Lors des attaques contre des banques, on saisira aussi systématiquement les armes des soldats de la garde civile charges de les protéger ainsi que celles des gérants ou des trésoriers.
Enfin, on pourra s'armer aux frais des commissariats de police, des magasins spécialisés dans la vente de ces objets et des fabriques d'armes, en opérant contre eux des raids. On dérobera aussi les explosifs dont on se sert dans les carrières.
LA LIBERATION DES PRISONNIERS
Certaines actions à main armée sont destinés à délivrer des guérilleros sous les verrous. Tout révolutionnaire court le risque d'être, un jour, arrêté et condamné à de nombreuses années de détention. Son combat n'en sera pas pour autant terminé ; l'expérience de la prison sera un enrichissement et, en prison toujours, il devra continuer la lutte.
Il cherchera d'abord à bien connaître le lieu de sa détention avant de pouvoir s'échapper rapidement et facilement, lorsque des camarades armés viendront le libérer. Aucune prison, qu'elle soit située dans une île du littoral, en ville ou à la campagne, ne peut être considérée comme inexpugnable, face à l'astuce et à la puissance de feu des révolutionnaires.
Le guérillero en liberté cherchera, lui, à connaître les établissements pénitentiaires de 1'ennemi car il sait qu'y croupissent beaucoup de ses frères d'armes.
C'est du travail du guérillero en liberté et du guérillero emprisonné que dépend le salut des prisonniers.
Les opérations pouvant y conduire sont les suivantes:
- Les mutineries à l'intérieur des maisons de correction, des colonies pénitencières, dans les îles réservées aux détenus, sur les navires-prisons ;
- Les attaques partant de l'extérieur ;
- Les attaques contre les trains et les véhicules de transport des prisonniers ;
- Les embuscades dressées contre les soldats ou les policiers chargés de les escorter.
LA MISE A MORT
Seront punis de mort des gens comme les espions américains, les agents de la dictature, les tortionnaires, les personnalités fascistes du gouvernement coupables de crimes et de poursuites contre les patriotes, les délateurs et les informateurs de la police. Ceux qui, de leur propre gré, se rendent à la police pour dénoncer des militants, fournir des renseignements, aider les enquêteurs, s'ils tombent sur des guérilleros, ceux-ci devront les abattre.
Ces mises à mort sont des actions secrètes ; n'y participe que le plus petit nombre possible de guérilleros. Très souvent, un simple franc-tireur, patient et inconnu, qui agit dans la plus rigoureuse clandestinité et avec le plus grand sang-froid, pourra s'acquitter de cette tâche.
L'ENLEVEMENT
On pourra kidnapper et détenir dans un endroit secret un agent de la police, un espion nord-américain, une personnalité politique ou un ennemi notoire et dangereux du mouvement révolutionnaire. On ne libérera la personne enlevée que quand les conditions formulées par les ravisseurs auront été remplies : la remise en liberté de révolutionnaires emprisonnés ou la suspension des tortures appliquées dans les geôles du gouvernement.
L'enlèvement de personnalités connues pour leurs activités artistiques, sportives ou autres, mais qui ne manifestent pas d'opinion politique, peut constituer une forme de propagande favorable aux révolutionnaires mais cet enlèvement ne se fera que dans des circonstances très spéciales et de telle sorte que le peuple l'accepte avec sympathie.
L'enlèvement de personnalités américaines résidant au Brésil ou y venant en visite constitue une forme importante de protestation contre la pénétration de l'impérialisme des États-Unis dans notre pays.
LE SABOTAGE
Le but des sabotages est de détruire. Peu de personnes, parfois une seule, peuvent réaliser ces opérations. Quand un guérillero envisage de saboter, il le fait d'abord seul. Postérieurement, il agira avec d'autres personnes de telle sorte que se généralise, parmi le peuple, cette pratique.
Un sabotage bien fait exige étude, planification et parfaite exécution. Les formes les plus caractéristiques du sabotage sont le dynamitage, l'incendie et le minage. Un peu de sable, la moindre fuite de combustible, une lubrification mal faite, un boulon mal vissé, un court-circuit, des pièces de bois ou de fer mal agencées peuvent causer des désastres irréparables.
En sabotant, on cherchera à affaiblir, détériorer ou même anéantir les appoints vitaux de l'ennemi tels que :
- L'économie du pays, en s'attaquant en particulier au réseau commercial interne et externe, aux secteurs cambiste, bancaire et fiscal ;
- La production agricole et industrielle ;
- Le système des transports et communications ;
- Le système de répression militaire et policier, surtout leurs établissements et leurs dépôts ;
- Les firmes et les biens des Nord-Américains établis dans le pays.
Pour les opérations de sabotage industriel, les éléments les mieux placés sont les ouvriers. Ceux-ci connaissent en effet comme personne les fabriques dans lesquelles ils travaillent, les machines ou les pièces dont la destruction peut paralyser tout le processus de production.
Dans les attaques contre les moyens de transport, il faut veiller à ne pas provoquer la mort des voyageurs, surtout en ce qui concerne les trains de banlieue et ceux qui parcourent de longues distances, puisque ceux qui les prennent sont des gens du peuple. D'ailleurs, c'est avant tout les services de communication utilisés à des fins militaires qu'il faut détruire. Faire dérailler les wagons d'un train chargé de combustible signifie atteindre l'ennemi dans ce qui, pour lui, est vital. Il en va de même pour le dynamitage des ponts et chemin de fer, car il lui faudra des mois pour réparer les dommages causés. Les file des lignes télégraphiques et téléphoniques pourront être systématiquement coupés et les centres de transmission détruits. Les oléoducs, les stocks de combustible, les réserves de munitions, les arsenaux, les casernes, les moyens de transport de la police et de l'armée doivent être systématiquement sabotés.
Le volume des actes de sabotage contre les firmes et les biens nord-américains doit être égal, sinon supérieur, à celui des actes pratiquée contre des objectifs nationaux.
LE TERRORISME
Nous entendons par terrorisme le recours aux attentats à la bombe. Ne pourront s'y livrer que ceux qui ont acquis une bonne connaissance technique dans la fabrication des explosifs et qui seront dotés du plus grand sang-froid. Parfois, on inclura dans les actes de terrorisme la destruction de vies humaines et l'incendie d'installations nord-américaines ou de certaines plantations.
Si l'on envisage de piller des stocks de produits alimentaires, il faut veiller à ce que la population puisse en profiter, surtout dans les moments et aux endroits où sévissent la faim ou la cherté de la vie. Le guérillero sera toujours disponible à l'égard du terrorisme révolutionnaire.
LA PROPAGANDE ARMEE
L'ensemble des actes perpétrés par les guérilleros urbains, et chaque action à main armée en particulier, constituent le travail de propagande armée. Les «mass media» d'aujourd'hui, par le simple fait de divulguer ce que font les révolutionnaires, sont d'importants instruments de propagande. Leur existence ne dispense cependant pas les militants d'organiser leur propre presse clandestine, de posséder leurs propres imprimante qu'ils auront «expropriées» s'ils n'ont pas de quoi les acheter. Car il faut publier et répandre, parmi le peuple, des journaux clandestins, des manifestes et des tracts dénonçant les méfaits de la dictature ou favorisant l'agitation. L'existence de cette presse sert, par ailleurs, à rallier de nombreuses personnes à notre cause.
Les camarades qui ont l'esprit inventif fabriqueront des catapultes destinées au lancement de ces tracts et manifestes. On cherchera encore à faire passer sur les antennes des stations de radio des messages révolutionnaires enregistrés sur bandes. On écrira aussi des slogans sur les murs et à des endroits difficilement accessibles. On enverra aussi des lettres de menaces, de propagande, ou bien visant à expliquer le sens de notre lutte à certaines personnalités qui chercheront à les divulguer pour impressionner la population.
Comme on ne ralliera jamais tous les citoyens, on peut populariser le slogan suivant «Que celui qui ne veut rien faire pour la révolution ne fasse non plus rien contre elle.»
LA GUERRE DES NERFS
La guerre des nerfs ou guerre psychologique est une technique de lutte basée sur l'utilisation directe ou indirecte des media ou du " téléphone arabe ". Son but est de démoraliser le gouvernement. On y arrive en divulgant des informations fausses, contradictoires, en semant le trouble, le doute et l'incertitude parmi les agents du régime. Dans la guerre psychologique, le gouvernement se trouve en position de faiblesse, aussi censure-t-il les moyens de communication. Cette censure se retourne contre lui, car il se rend impopulaire ; il lui faut par ailleurs exercer une surveillance sans relâche, ce qui mobilise beaucoup d'énergie. Les moyens de la guerre des nerfs sont les suivants:
- Le téléphone et l'envoi de lettres. Par ces moyens, on informera la police sur la prétendue localisation de bombes à retardement, sur des projets d'enlèvement ou d'assassinat de certaines personnalités, ce qui obligera les forces de répression à se mobiliser pour rien, à perdre du temps, à douter de tout;
- Livrer à la police de faux plans d'attaque ;
- Répandre des rumeurs sans fondement ;
- Exploiter systématiquement la corruption, les erreurs et les méfaits de certains gouvernants, les forçant ainsi à se justifier ou à démentir les bruits répandus par les moyens de communication qu'ils ont eux-mêmes censurés. En informant les ambassades étrangères, l'O.N.U., la nonciature apostolique, les commissions internationales de juristes et des droits de l'homme, les associations chargées de défendre la liberté de la presse, sur la violence et les tortures exercées par les agents de la dictature.
 
 
LES METHODES QU'IL FAUT SUIVRE
Le citoyen qui veut devenir guérillero ne pourra agir que s'il domine parfaitement les méthodes qu'il faut suivre. Les hors-la-loi commettent souvent sur ce point des erreurs graves et qui les perdent. Les patriotes auront donc soin d'user d'une technique révolutionnaire et non pas d'emprunter celle des bandits. C'est en fonction de la méthode employée qu'on saura si c'est bien un guérillero qui a commis tel ou tel acte. Les méthodes qu'il faut suivre sont constituées par l'usage ou l'application des éléments suivants:
- L'enquête et le service d'informations.
- L'observation qu'il convient de combiner avec ce qui précède pour voir s'il y a correspondance avec les renseignements cueillis.
- L'exploration du terrain.
- La reconnaissance et le chronométrage des itinéraires.
- La planification.
- La motorisation.
- La sélection du personnel et son renouvellement.
- La sélection basée sur les capacités de tir.
- La simulation de l'action projetée en guise de répétition.
- L'exécution.
- La protection des exécutants.
- La retraite.
- L'enlèvement ou le transport des blessés, en évitant de le faire à bord de véhicules où se trouvent des enfants. Le mieux est d'emporter, à pied, les blessés, en empruntant des chemins assez étroits pour que l'ennemi ne puisse passer avec ses moyens de locomotion.
- Le brouillage des pistes.
L'AIDE AUX BLESSES
Au cours des opérations de guérilla urbaine, il peut arriver qu'un des compagnons soit victime d'un accident ou soit blessé par la police. Si, dans le " groupe de feu ", se trouve quelqu'un qui est secouriste, il lui donnera les premiers soins. En ce sens, il faudra veiller à ce que des cours de secourisme soient organisés à l'intention des combattants. Le rôle des guérilleros médecins, étudiants en médecine, infirmiers, pharmaciens, est important. Ceux-ci pourront rédiger un petit manuel de secourisme à l'intention de leurs camarades.
En aucun cas le guérillero blessé ne devra être abandonné sur le lieu du combat.
Lorsqu'il préparera une opération, le groupe devra s'assurer un appoint médical. Il utilisera, par exemple, une petite infirmerie mobile montée à l'intérieur d'une automobile, ou il placera à un endroit proche du lieu de l'opération, un camarade muni d'une trousse pour les soins. L'idéal serait de disposer d'une clinique propre à l'organisation mais cela coûterait si cher qu'on ne pourrait guère l'envisager qu'en " expropriant " du matériel nécessaire à son équipement.
En attendant, il faudra bien recourir aux cliniques légales, non sans faire usage des armes pour forcer les médecins à soigner nos blessés. Au cas où nous aurions besoin d'acheter du sang ou du plasma sanguin dans des " banques de sang ", il ne faudra jamais donner les adresses où sont hébergés les blessés ni celles des personnes chargées de s'en occuper. Ces adresses ne seront, du reste, connues que du très petit groupe chargé du transport et du traitement des blessés.
Les linges, bandages, mouchoirs, etc. tachés de sang, les médicaments et tout autre objet ayant servi aux soins seront obligatoirement retirés des maisons par où sont passes les blessés.
LA SECURITE DU GUERILLERO
Le guérillero urbain est sans cesse exposé à la dénonciation ou à la découverte par la police. Pour y parer, il doit s'entourer d'assez de garanties touchant sa cachette, sa personne et celle de ses camarades. Nos pires ennemis sont, en effet, les espions infiltrés dans nos rangs. On punira de mort ceux qui seront découverts, ainsi que les déserteurs qui se mettraient à renseigner la police sur ce qu'ils savent. Le meilleur moyen d'empêcher cette infiltration est la prudence et la sévérité que l'on observera dans le recrutement.
On ne permettra pas non plus que tous les militants se connaissent ou qu'ils soient au courant de tout. Chacun ne saura que ce qui est nécessaire à l'accomplissement de sa mission. La lutte que nous menons est dure; c'est une lutte de classe et, comme telle, c'est une question de vie ou de mort, lorsque les classes qui s'affrontent sont antagoniques.
Par manque de vigilance, un guérillero peut avoir l'imprudence de révéler son adresse ou tout indication également secrète à un ennemi de classe. C'est là chose inadmissible. Les annotations dans la marge des pages de journal, les documents oubliés, les cartes de visite, les lettres et les billets sont des indice que la police ne négligera pas. L'usage d'un carnet d'adresses, de papiers portant des numéros de téléphone, des noms, des indication biographiques, des cartes et des plans, doit être aboli. Les lieux de rendez-vous seront retenus de mémoire. Celui qui transgressera ces normes sera averti par le premier camarade qui s'en rendra compte; s'il persévère dans l'erreur, on cessera de travailler avec lui.
Les mesures de sécurité à prendre pourront varier en fonction des mouvements de l'ennemi. Cela suppose, évidemment, que l'on soit bien renseigné, que le service d'information fonctionne normalement. Il sera dès lors utile de lire les journaux, en particulier la page qui rapporte les activités de la police.
En cas d'arrestation, le guérillero ne pourra rien révéler qui puisse nuire à l'organisation, causer l'arrestation d'autres camarades ou la découverte des dépôts d'armes et de munitions.
LES SEPT ERREURS DU GUERILLERO URBAIN
Quand bien même le guérillero urbain suivrait rigoureusement les normes de sécurité, il n'en resterait pas moins sujet à l'erreur. Il n'y a pas de guérillero parfait ; on peut tout juste s'efforcer de diminuer la marge de ces erreurs. Nous en voyons sept que nous chercherons à combattre:
- L'inexpérience, qui fait que l'on juge l'ennemi stupide, que l'on sous-estime ses capacités, que l'on trouve les choses faciles à faire et, de ce fait, qu'on laisse des traces qui peuvent être fatales. Cette même inexpérience peut conduire le guérillero à surestimer les forces adverses. Son assurance, son esprit de décision, son audace, s'en ressentiront ; il en sera plus facilement intimidé.
- La vantardise, qui fait que l'on propage aux quatre vents ses faits d'armes.
- La surestimation de la lutte urbaine. Ceux qui se laissent enivrer par les actes de guérilla dans les villes risquent de ne pas se préoccuper beaucoup du déclenchement de la guérilla rurale. Ils finissent par considérer la guérilla urbaine comme décisive et par y consacrer toutes les forces de 1'organisation. La ville est susceptible d'être l'objet d'un encerclement stratégique, que nous ne pourrons éviter ou rompre que lorsque sera déclencher la guérilla rurale. Tant que celle-ci n'aura pas surgi, l'ennemi pourra toujours nous porter des coups graves.
- La disproportion dans l'action par rapport à l'infrastructure logistique existante.
- La précipitation en vertu de laquelle on perd patience, on s'énerve et on passe à l'action au risque de subir les plus grosses pertes.
- La témérité, qui fait que l'on attaque l'ennemi à un moment où celui-ci se fait particulièrement agressif.
- L'improvisation.
 
L'APPUI DE LA POPULATION
Le guérillero urbain cherchera toujours à situer son action dans un sens favorable aux intérêts du peuple, afin d'obtenir son appui. Là où apparaîtront l'ineptie et la corruption du gouvernement, le guérillero urbain devra montrer que c'est cela qu'il combat. Ainsi, une des exigences les plus lourdes du gouvernement actuel concerne la perception d'impôts très élevés. Le guérillero s'attachera dès lors à attaquer le système fiscal de la dictature, à entraver, avec tout le poids de la violence révolutionnaire, son fonctionnement. Il n'épargnera pas les hommes et les institutions du régime responsables de la hausse du coût de la vie, les riches commerçants brésiliens et strangers, les grands propriétaires, tous ceux qui, grâce à la cherté de la vie, aux mauvais salaires et à l'augmentation des loyers, font de fabuleux bénéfices.
L'insistance que met le guérillero à intercéder en faveur du peuple est la meilleure manière d'obtenir son appui. À partir du moment où une bonne partie des citoyens commence à prendre au sérieux son action, la victoire lui est assurée. Le gouvernement ne pourra plus qu'intensifier la répression, ce qui rendra la vie des citoyens plus insupportable. Les foyers seront violés, des battues de police organisées, des innocents arrêtés, des voies de communication fermées. La terreur policière s'installera, les assassinats politiques se multiplieront ; ce sera la persécution politique massive. La population refusera de collaborer avec les autorités qui ne pourront plus, pour vaincre les difficultés, que recourir à la liquidation physique des opposants. La situation politique du pays se transformera en situation militaire et les «gorilles» passeront pour être les responsables de toutes les violences, des erreurs et des calamités qui pèsent sur le peuple. Lorsqu'ils verront qu'en conséquence du développement de la guerre révolutionnaire, les militaires de la dictature roulent vers l'abîme, les éternels temporisateurs des classes dominantes et les opportunistes de droite, partisans de la lutte pacifique, supplieront les «gorilles» d'entamer le processus de «redémocratisation», de réformer la constitution, etc. afin de tromper les masses et d'affaiblir l'impact de la révolution. D'ores et déjà, cependant, aux yeux du peuple, les élections ne seront plus qu'une farce. Et cette farce, le guérillero urbain doit la combattre en redoublant de violence et d'agressivité. En agissant ainsi, on empêchera la réouverture du Congrès, la réorganisation des partis, celui du gouvernement et celui de l'opposition tolérée, qui dépendent du bon plaisir de la dictature et dont les représentants sont comme les marionnettes d'un même guignol.
C'est de cette façon que les guérilleros gagneront l'appui des masses, renverseront la dictature et secoueront le joug nord-américain. À partir de la rébellion dans les villes, on arrivera vite à déclencher la guérilla rurale dont la préparation dépend de la lutte urbaine.
LA GUERILLA URBAINE, ECOLE DE FORMATION DU GUERILLERO
La révolution est un phénomène social qui dépend des armes et des fonds. Ceux-ci existent dans le pays ; il suffit d'avoir des hommes pour s'en emparer. Ces hommes devront, pour leur part, être dotés de deux exigences révolutionnaires fondamentales:
- Une forte motivation politique
- Une bonne préparation technique.
On les trouvera dans l'immense contingent des ennemis de la dictature militaire et de l'impérialisme des États-Unis. Il en arrive presque quotidiennement qui sont désireux de s'intégrer dans la guérilla urbaine. C'est ce qui explique que chaque fois que la réaction annonce la liquidation d'un groupe de révolutionnaires, celui-ci renaît de ses cendres. Les hommes les mieux entraînés, les plus riches d'expérience tant sur le plan de la guérilla urbaine que sur celui de la guérilla rurale, constituent l'épine dorsale de la guerre révolutionnaire et le point de départ de la future armée de libération nationale. Ce noyau central, dont les membres n'ont rien à voir avec les bureaucrates et les opportunistes des lourds appareils politiques, les radoteurs et les signataires de motions, n'hésite pas à participer aux actions révolutionnaires. Il est armée d'une discipline solide, d'une vue tactique et stratégique à long terme, de la théorie marxiste, du léninisme et du castro-guévarisme appliqués aux conditions concrètes de la réalité brésilienne.
De ce groupe se détacheront les hommes et les femmes d'excellente formation politico-militaire qui, après la victoire de la révolution, auront pour tâche de construire la nouvelle société brésilienne. Ces hommes et ces femmes se recruteront parmi les ouvriers, les étudiants, les intellectuels, les prêtres et les religieux révolutionnaires, les paysans qui affluent vers les villes, attirés par le besoin de trouver du travail et qui, politisés et entraîné, retourneront dans les campagnes. Et c'est dans la guérilla urbaine que se forgera l'alliance armée de ces différents groupes. Les ouvriers connaissent bien le secteur industriel des villes qu'il s'agit d'attaquer. Les paysans connaissent d'instinct la terre, sont astucieux et peuvent admirablement communiquer avec la multitude des humiliés. Ils organisent les points d'appui nécessaires à la lutte dans les campagnes, aménagent les cachettes pour les hommes, les armes et les munitions, constituent des réserves alimentaires à partir de la culture des céréales, s'occupent du bétail qui nourrira les guérilleros, forment des guides et organisent les services d'information.
Les étudiants, dont le tranchant est bien connu, renversent à souhait les tabous pacifistes et opportunistes, acquièrent en peu de temps une bonne formation politique, technique et militaire. Et comme ils n'ont pas grand-chose à faire, une fois qu'ils ont été expulsés des écoles où ils étudiaient, ils peuvent se consacrer entièrement à la révolution. Les intellectuels jouent un rôle fondamental dans la lutte contre l'arbitraire, l'injustice sociale et l'inhumanité de la dictature. Jouissant d'un grand prestige et d'un grand pouvoir de communication, ils entretiennent la flamme révolutionnaire. La participation d'intellectuels et d'artistes à la guérilla urbaine est un des plus beaux acquis de la Révolution brésilienne. L'adhésion de pasteurs de diverses confessions et de religieux est importante sur le plan de la communication avec le peuple et, en particulier, avec les ouvriers, les paysans et les femmes du pays. Certaines de nos concitoyennes, intégrées dans la guérilla urbaine, ont fait preuve d'une combativité et d'une ténacité extraordinaires, en particulier au cours d'attaques contre des banques et des casernes et, aussi, en prison.
La guérilla urbaine est une excellente école de formation. Qu'ils soient chauffeurs, messagers, tireurs d'élite, informateurs, propagandistes ou saboteurs, les guérilleros luttent, souffrent, et courent ensemble les mêmes risques. Ils affrontent ensemble les épreuves de sélection.

CARLOS MARIGHELA 
ACTION DE LIBERATION NATIONALE, JUIN 1969

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